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La formidable ascension des logiciels et services

Mirel Scherer

Leur part dans la dépense informatique des entreprises a crû de manière exponentielle. Et ce n'est pas fini...

En trente ans, l'investissement informatique des entreprises a explosé. Il est passé, en France, de 7 milliards d'euros en 1976 à 75 milliards d'euros en 2006. Cela va-t-il durer ? Exercice difficile, Jean-François Perret et Élisabeth de Maulde, respectivement président du directoire et directeur général de Pierre Audoin Consultants (PAC) tentent de répondre à la question. Ils ont scruté leur boule de cristal pour découvrir de quoi sera fait le monde des logiciels et services informatiques de demain. Plus précisément, dans dix ans, à l'horizon 2015.

L'offre open source dopera la croissance

Depuis trente ans, les sauts technologiques ont été considérables et, selon PAC, ils continueront sur leur lancée. Avec une loi de Moore qui régira toujours les microprocesseurs et autres circuits intégrés ? La question reste ouverte. Trois domaines, en revanche, sont assurément porteurs. L'intelligence embarquée d'abord aura, sans aucun doute, le vent en poupe avec, selon les prévisions, plus de 50 milliards d'objets intelligents en 2015. « Pour une raison simple, estime Jean-François Perret : la demande de débit, de mobilité et de contenu dans les télécommunications ne cessera de croître. Avec un prix toujours en baisse pour ne pas dire... nul. » Côté informatique pure et dure, les technologies de convergence comme le SOA (architecture orientée services) ou le Web services et les nouveaux modèles économiques innovants (ASP, open source...) doperont la croissance et accroîtront la valeur ajoutée. Enfin, « l'offre open source favorisera les industries de service informatique », prévoit Jean-François Perret.

Autre bouleversement : l'évolution des espaces de marché. Après l'ère du B to B (business to business) et autres B to C (business to consumer) un autre sigle fera florès, le C to C (du consommateur au consommateur) voire X to C avec l'apparition des entreprises e-medias. « On assistera ainsi à une certaine convergence des marchés, pense l'expert de PAC. Elle se manifestera à tous les étages de l'architecture informatique, entre un système d'information qui couvrira l'entreprise étendue et l'espace interentreprise et une communication de bas en haut entre objets-produits, processeurs-logiciels intégrés et systèmes de contrôle-commande. »

Tout en gardant les modèles de fonctionnement traditionnels (conseil, services de proximité, intégration de systèmes), les services informatiques, eux, connaîtront une nouvelle jeunesse. Grâce à la diversification de l'externalisation via les téléservices, la BPO (Business process outsourcing ou externalisation des processus métier) et un mouvement massif vers la distribution en ligne.

L'infogérance, qui consiste à confier tout ou partie de la gestion de son informatique à un prestataire extérieur, est née au début des années 1960. Depuis les années 1990, elle a connu un formidable engouement. Selon PAC, elle continuera à se banaliser jusqu'en 2015, mais en devenant plus sélective. Les utilisateurs feront appel à plusieurs prestataires qui, dans le même temps, industrialisent leur offre. « Avec un effet immédiat sur la productivité des prestations et sur les prix », souligne Élisabeth de Maulde.

De nouvelles formes de gérance informatique

Ce n'est pas cependant le fin du fin car d'autres formes concurrentes de gérance informatique apparaissent : l'ASP pour Application service provider (ou hébergement d'applications accessibles par le Net), la TMA ou tierce maintenance applicative, la gestion du patrimoine applicatif, les téléservices... L'offshore constitue également une alternative à l'infogérance dans cette quête permanente de la réduction des coûts. « Cette démarche capte une partie du marché du développement applicatif ainsi que de la TMA et commence à attaquer la gestion des infrastructures », estime Élisabeth de Maulde.

Alors l'infogérance à l'horizon 2015 ? « Un marché mûr, mais qui garde son dynamisme, soumis à des alternatives de sourcing (réduction des coûts oblige), levier fort de transformation des services informatiques, des nouveaux prestataires... », prévoit la spécialiste de PAC.

Moyennant quoi, l'externalisation des dépenses informatiques fera, selon PAC, encore un bond pour se situer en 2015 à 45,5 %.

Quid des grands acteurs des logiciels et services ? « Microsoft, IBM, SAP, Oracle... les gros seront toujours plus gros », estime PAC. Ils devront toutefois compter avec les champions de l'Internet comme Google, Yahoo !, eBay... Quitte à collaborer avec ces entreprises d'un nouveau type qui ne cessent de grossir. On s'oriente aussi, selon PAC, vers une ou deux mégafusions dans ce petit monde... Quant aux autres éditeurs, ils en seront réduits à adopter une stratégie de niches mondiales et sectorielles-fonctionnelles, à une diversification de leurs modèles de distribution et à conclure des accords de partenariat avec les grands acteurs.

Côté SSII, il restera toujours quatre grandes familles d'entreprises. Cinq groupes à vocation généraliste mondiale, "drivés" par l'outsourcing ; quinze à vingt groupes à vocation généraliste régionale ; cinquante à soixante "champions locaux" et vingt à trente sociétés à vocation de niches régionales/mondiales. Et les autres ? Ils assureront des services locaux flexibles, des activités de sous-traitance et spécialisées.

Les intégrateurs high-tech seront, quant à eux, poussés par le développement des systèmes et services liés à l'intelligence embarquée. N'oublions pas, pour cloturer cet exercice de prospective, les entreprises de télécoms.

A-t-on encore besoin de dire qu'elles seront présentes dans la bataille informatique des années 2010 ?

Enfin, dernier message découvert dans la boule de cristal de PAC : il y aura au moins une entreprise informatique indienne dans le Top 10 mondial des SSII. -

SSII L'ÉCRASANTE DOMINATION AMÉRICAINE

- Entre 1976 et 2006, le marché européen des services informatiques a multiplié sa taille par 35 pour atteindre 140 milliards d'euros. Une évolution qui s'est accompagnée d'une externalisation continue des dépenseset des investissements informatiques. Comment les SSII ont-elles traversé cette période ? « En consolidant et en mondialisant leurs activités », répondent les responsables de Pierre Audoin Consultants (PAC).Et, surtout, en assistant à l'inexorable poussée des entreprises américaines. Le leader européen en net recul En 1990, le Top 10 en France était encore exclusivement occupé par des SSII autochtones. En tête, Capgemini avec 40 millions d'euros de chiffre d'affaires et un effectif de 2 000 personnes. En 2004, Capgemini a conservé une part de marché quasiment stable (6 %). Mais elle pèse 7 milliards d'euros et emploie quelque 60 000 personnes ! Seulement, elle n'est plus numéro 1. IBM lui a damé le pion. Quant au Top 10, il compte, outre IBM, trois autres américains. Même évolution sur le marché européen. Capgemini était leader en 1988. Il est cinquième en 2004. Devant lui, trois américains (IBM, EDS, HP) et... un français Atos Origin. Le marché mondial du service est lui aussi dominé d'une manière écrasante par les sociétés américaines. IBM est en tête avec plus de 48 milliards d'euros de chiffre d'affaires en 2004, et sept des dix premiers sont américains. Capgemini reste la seule SSII française à figurer dans le Top 10 mondial, mais elle est passée entre 1989 et 2004, de la sixième à la dixième place avec un chiffre d'affaires qui est le dixième de celui d'IBM.

PRÈS DE 40 FOIS PLUS EN TRENTE ANS

Dépense informatique des entreprises françaises

Part des logiciels et services

total 1976 7 milliards d'euros

0,805 milliard d'euros 11,5 %

TOTAL 2006 75

milliards d'euros

30,75 milliards d'euros 41 %

En trente ans, la dépense informatique des entreprises françaises a été multipliée par un facteur 10. Dans le même temps, la dépense en matière de logiciels et services, passant de 11,5 à 41 % des dépenses totales, a été multipliée par un facteur 38.

SOURCE : Pierre Audoin Consultants

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