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La Calypso en route pour la restauration en Turquie

Jean-François Preveraud

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La Calypso en route pour la restauration en Turquie

La Calypso au temps de sa splendeur

© DR

Il est des bateaux dont la simple évocation du nom fait briller les yeux. Calypso est de ceux-là. Symbole de l’action du Commandant Cousteau, écologiste militant convaincu bien avant que cela ne soit à la mode, il a su passionner les foules en médiatisant ses travaux sur toutes les mers du monde, en nous comptant avec force de documentaires télévisés et de livres les aventures du navire qui lui servait de base : la Calypso. Bien fatiguée, celle-ci, quasiment 74 ans jour pour jour après son lancement, va partir aujourd’hui vers une restauration bien méritée.

Le 21 mars 1942 est un jour comme les autres sur le chantier naval de la Ballard Marine Railway Company situé à Seattle au Nord-Ouest des USA. On y construit à tour de bras, comme dans des dizaines d’autres chantiers américains, des navires de guerre pour combattre les forces de l’Axe. Là il s’agit de dragueurs de mines à destination de la Royal Navy britannique qui, du fait de leur future fonction, ont des coques en bois. Et en ce 21 mars, on y lance le BYMS-26, 42 m de long pour 400 tonnes, un dragueur parmi tant d’autres. Le BYMS-26 rejoindra la Royal Navy en février 1943 et sera affecté à Malte en Méditerranée sous le matricule HMS J-826, puis BYMS-2026 en 1944. Le bâtiment, comme nombre d’autres une fois la paix revenue, sera radié des effectifs en 1947, sa tâche de déminage accomplie.

1947 : démobilisation

Il est alors vendu et débute une deuxième carrière. Il est transformé en ferry pour desservir l’Ile de Gozo depuis Malte. Cette nouvelle tâche de servitude lui vaut toutefois de troquer son matricule contre un nom plus seyant : Calypso. Ce patronyme est celui d’une nymphe de la mythologie grecque ayant retenu par amour Ulysse sur l’ile d’Ithaque pendant sept ans.

En 1950, le milliardaire irlandais Thomas Loel Guinness achète Calypso et un sister-ship dans le but de les faire transformer en yachts de luxe. Mais il rencontre un jeune Capitaine de Corvette, Jacques-Yves Cousteau, qui vient de quitter la Marine Nationale. Celui-ci, après avoir mis au point en 1943 avec Emile Gagnan, alors qu’il était en congé d’armistice, le détendeur pour la plongée sous-marine autonome, a fondé au sein de la Royale, le Groupement de recherche sous-marine (GRS). Début 1950, Jacques-Yves Cousteau quitte la Royale pour créer les Campagnes océanographiques française (COF) et il est à la recherche de mécènes. Thomas Loel Guinness sera l’un d’eux, puisqu’il lui confiera Calypso en juillet 1950. Le navire est alors convoyé vers Antibes où il est transformé en navire de recherche océanographique pouvant servir de base de soutien à des équipes de plongeurs. Basé à Toulon, une nouvelle vie commence pour lui.

1950 : un bâtiment océanographique

Calypso sert alors à de nombreuses campagnes océanographiques en Méditerranée et en Mer Rouge, qui feront l’objet de multiples documentaires, notamment la série L’Odyssée sous-marine du commandant Cousteau. Mais Calypso participera aussi à des campagnes de prospection pétrolière dans le Golfe Persique pour financer les frais des expéditions. Cela lui permet aussi de disposer des derniers perfectionnements en terme d’équipements de plongée, notamment dès 1959 d’une soucoupe plongeante biplace SP-350 (Denise) capable de résister à une immersion à 900 m, mais qui en pratique ne dépassait pas 350 m. Une grue hydraulique placée à l’arrière de la Calypso servait à sa mise à l’eau. Elle fût secondée en 1967 par deux autres submersibles monoplaces, les SP-500 surnommés Puces de mer, capables de descendre à 500 m.

Calypso au fil des années reçu de nombreux équipements supplémentaires, telle une fausse étrave avec un puits permettant d’accéder à une chambre d’observation scientifique située à 3 m sous la ligne de flottaison. Autre équipement d’importance une plate-forme permettant d’accueillir un hélicoptère biplace Hugues 300 C.

La Calypso sera rejointe en 1985 par un second bâtiment océanographique, l’Alcyon, dont la particularité réside dans le mode de propulsion hybride moteur et deux TurboVoile utilisant l’effet Magnus pour tirer le bateau. On aurait dû retrouver ce principe sur la Calypso II si elle avait été construite.

1996 : le naufrage

Car en effet, la Calypso est vieillissante et sert de moins en moins aux travaux de la Cousteau Society qui a depuis 1973 remplacée les COF. Le coup de grâce sera donné le 8 janvier 1996 par une barge qui heurtera la Calypso, alors amarrée dans le port de Singapour. La Calypso coule et git sur le flanc dans des eaux heureusement peu profondes. Jacques-Yves Cousteau souhaite que son bateau reste au service de la science et de l’éducation. « Calypso, ma compagne des 45 plus belles années de ma vie, toi qui as pris tous les risques de cyclones et d’ouragans, toi qui a délivré?, aux indiscrets que nous sommes, des visas pour les contrées interdites et qui as révélé? aux nouveaux venus des océans de vie exigeants et fragiles, toi, ma nymphe associée pour toujours aux humains de bonne volonté?, nous allons tout faire pour te rendre la Vie », promet-il. Calypso est donc renfloué et rapatrié sur le pont d’un cargo à Marseille.

Un projet est alors monté en 1998 en collaboration avec le Musée maritime de La Rochelle pour restaurer et exposer le bâtiment. Mais Jacques-Yves Cousteau est décédé et les péripéties juridiques entre les héritiers s’enchainent. La Calypso pourri alors doucement à quai. On parle en 2004 d’une reprise par Carnival Cruise Lines qui s’engage à restaurer le navire et à l’exposer aux Bahamas, mais rien ne se fait. La Cousteau Society souhaite transférer la Calypso aux USA en 2006 pour la faire restaurer, sans succès. Finalement, la Calypso quitte La Rochelle en octobre 2007 à destination des Chantiers Piriou à Concarneau où les travaux débutent, mais ils s’arrêtent en février 2009, suite à des désaccords à la fois techniques et financiers entre le chantier et l’Equipe Cousteau. Le bateau désossé est stocké sous un hangar. Ce qui ne l’empêchera pas d’être classé en 2012 ‘‘bateau d’intérêt patrimonial’’ par la Fondation du patrimoine maritime et fluvial.

2016 : en route vers la restauration

Début 2016, un accord est finalement trouvé entre les héritiers du bateau et le chantier. Des financements sont aussi trouvés pour la restauration. La Calypso doit partir vers l’Italie au cours du premier trimestre 2016 pour y être restauré. « Lorsque Calypso reviendra en Méditerranée, elle sera navigante et propulsée par ses propres moteurs, comme le souhaitait le Commandant Cousteau », promet Francine Cousteau.

La Calypso doit être rénovée dans une configuration qui sera le plus proche possible de celle d’origine. « Nous allons garder les mêmes infrastructures, les mêmes équipements et objets avec pour seule exception certains équipements plus modernes de navigation et permettant d’assurer une meilleure sécurité des opérations. Bien sûr, il y aura également de nouveaux moteurs Volvo, plus efficaces que les anciens et plus respectueux de l’environnement. A bord de la Calypso existaient de nombreux équipements emblématiques qui ont marqués l’histoire de la découverte des mondes sous-marins, comme par exemple de la fameuse soucoupe plongeante jaune Denise. Nous les avons précieusement conservés et désirons également les rénover ». C’est l’ingénieur naval italien Marco Cobau qui va suivre la rénovation sur le chantier naval de destination.

Finalement, la Calypso va quitter Concarneau ce soir 14 mars 2016 dans le cargo Abis Dusavik de 115 m de long. Muni de 2 bigues (grosses grues) de 150 tonnes chacune, il va soulever et mettre dans sa cale la Calypso posée sur son ber, un ensemble de 112 tonnes mesurant 47x6,5 m, qui a été transféré de 400 m, du chantier au bord du quai, par une plate-forme munie de 200 roues.

Destination la Turquie. « Finalement c’est dans des pays de la partie orientale de la Méditerranée (Turquie, Grèce, Chypre, Albanie, Monténégro, Liban…) que l’on peut trouver encore la technologie traditionnelle des constructions navales en bois. Le choix s’est porté sur un spécialiste à Istanbul qui est associé à une société Américaine. Le Dr. Marco Cobau sera sur le site pendant toute la durée de la restauration, pour représenter l’Equipe Cousteau », précise l’Equipe Cousteau.

La restauration complète devrait demander 2 années. Espérons que cette fois sera la bonne !

Et ça c’est nouveau !

Jean-François Prevéraud

Pour en savoir plus : http://www.cousteau.org/fr/calypso

La vidéo du transfert de la Calypso vers son point d'embarquement

 

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