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La bio-impression 3D de peau humaine passe du modèle de labo au bloc opératoire

Alexandre Couto

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La bio-impression 3D de peau humaine passe du modèle de labo au bloc opératoire

© Capture d'écran Poietis

La bio-impression 3D de peau a été mise en avant lors du salon virtuel Additiv Medical, qui a rassemblé le 26 janvier les spécialistes de l’impression 3D dédiée au médical. Cette technologie jugée prometteuse se prépare à passer à des applications à but thérapeutique.

Imprimer de la peau en 3D ? Cette technologie prometteuse a été mise en avant le 26 janvier lors du salon Additiv Medical, dédié à l'impression 3D et organisé par le média 3D Natives. Fabien Guillemot, co-fondateur et directeur technique de Poietis et Christophe Marquette, directeur de chercheur CNRS et coordinateur de la plateforme 3D.Fab (3D Fabric of Advanced Biology), ont présenté leurs travaux dans l’impression de tissus cutanés humains.

Cette technologie consiste à imprimer couche à couche des cellules humaines contenues dans des « encres » biologiques. Une phase de croissance des cellules est ensuite nécessaire pour aboutir à un tissu fonctionnel. « Outre le fait que nous pouvons obtenir une peau dotée de certaines fonctions, La bio-impression permet d’accélérer le temps nécessaire à la maturation des tissus d’un facteur 2 ou 3 par rapport à la technologie in vitro», souligne Christophe Marquette.

De l’échantillon pour l'industrie cosmétique aux essais cliniques de greffe

Jusqu’à présent cantonnée à la mise en point de modèles de peau humaine, destinés notamment à l’industrie cosmétique pour évaluer ses produits en laboratoire, la bio-impression cherche maintenant ses marques dans des applications à visée thérapeutique. « Depuis deux ans nous adaptons notre technologie pour soigner des patients confrontés à des problèmes de cicatrisation, par exemple pour des  grands brulés, dans le cas de plaies chroniques ou d’ulcère », précise Fabien Guillemot.

En février 2020, Poietis a démarré des essais précliniques avec Assistance publique – Hôpitaux de Marseille (AP-HM), en vue de la première greffe d’un tissu humain bio-imprimé. « Nous prévoyons de débuter les essais cliniques dans un délai de 12 à 18 mois », assure Fabien Guillemot. En préparation de ces essais, la société bordelaise a lancé dans le courant de l’été 2020 un tour de table de 3 millions d’euros et envisage une nouvelle levée de fonds de 10 millions d’euros en 2021.

La bio-impression au bloc opératoire

De son côté, la plateforme 3D.Fab, dédiée à la médecine régénérative, a travaillé ces dernières années avec la Direction générale des armées (DGA) pour mettre au point des techniques de bio-impression pouvant être déployées directement dans les blocs opératoires. L’unité d’impression est montée sur un bras robotisé et permet de produire une peau constitué d’un derme et d’un épiderme.

Le projet, conduit par un consortium composé de 3D.Fab, de l’entreprise Labskin Creations, du laboratoire des substituts cutanés des Hôpitaux civils de Lyon et du laboratoire d’ingénierie moléculaire et physiopathologie articulaire (IMoPA), devrait aussi passer prochainement le cap des essais cliniques. « Nous travaillons encore à la mise au point du procédé, notamment sur la partie robotique », explique Christophe Marquette.

Un défi technique et réglementaire

De l’aveu de Fabien Guillemot, le passage de la technologie à l’échelle supérieure est un véritable défi. « Comparé à l’impression de modèle pour les labos, c’est un autre monde », avoue-t-il « Il y a tout d’abord des critères nouveaux au niveau des dimensions du tissu imprimé. Nous passons de quelques centimètres carrés à, parfois, un mètre carré de tissu biologique. » Un constat partagé par Christophe Marquette : « Dans le cas de notre technologie, qui reste dans le bloc opératoire, il n’est parfois pas possible d’utiliser suffisamment de cellules autologues ou homologues pour refaire de la peau. Nous travaillons sur d’autres sources pour produire la peau, mais cela nécessite de répondre à de nouvelles exigences réglementaires ».

La question de la réglementation est également centrale chez Poietis  « La peau bio-imprimée est classée en tant que « médicament de thérapie innovante » et doit ainsi répondre à de nombreuses exigences réglementaires. », explique Fabien Guillemot, « En tant que producteur de tissus et de l’imprimante nous devons nous conformer aux GMP (good manufacturing practices). Le niveau de fiabilité demandé au procédé est très élevé. »

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