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La betterave à sucre s’attaque à la pétrochimie

Baptiste Cessieux
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La betterave à sucre s’attaque à la pétrochimie

La France produit plus de 30 millions de tonnes de betteraves à sucre par ans. Elle en est le premier producteur européen et le second au monde.

© Cosun

Energies, plastiques et produits chimiques. Dans tous ces domaines, le pétrole reste prédominant. Pourtant, d’autres sources naturelles peuvent générer ces produits tout en étant plus respectueuses de l’environnement. Parmi les challengers issus du végétal, la betterave à sucre présente plusieurs qualités et Royal Cosun, une entreprise Néerlandaise de production et de transformation, compte bien les mettre à contribution. Si la betterave fait aujourd'hui la Une de l'actualité avec la grêve des salariés du groupe Téréos, son innovation, elle, est plutôt à chercher du côté de l'industrie chimique.

La betterave à sucre ? Un tubercule sans grand intérêt esthétique mais qui peut se targuer d’être à l’origine d’une industrie vieille de plus de deux cents ans. Une longévité qui ne l’empêche évidemment pas d’innover et aujourd’hui la majorité du bioéthanol français est produit à base de betterave sucrière. Cette destinée alcoolique ne sied pourtant pas aux betteraves néerlandaises de la coopérative Royal Cosun. Le bioéthanol n’apporte que peu de valeur ajoutée aux tubercules et la filiale Cosun Biobased Product espère démultiplier les usages, et les profits, en misant sur la biochimie.

Première destination de choix pour une petite partie des betteraves récoltées depuis le début du mois d’octobre : les plastiques biosourcés à base de sucre. Ces plastiques ont émergé il y a déjà plusieurs années et en sont à leur deuxième génération. Plus résistants et issus de processus industriels maîtrisés, ces plastiques s’insèrent de plus en plus dans nos produits quotidiens et les différents producteurs de saccharoses sont habitués à traiter avec des entreprises chimiques. Le saccharose est vendu tel quel, sous forme de monomère, avant d’être transformé en plastique biosourcé.

Des bouteilles de Coca-cola en plastique de betterave

Mais ce n’est pas la seule utilisation des constituants d’une betterave. Le site Suiker Unie de la coopérative contient une raffinerie sucrière et les exploitants extraient, en plus des sucres, de l’acide déhydromumique, ou acide 2,5-Furandicarboxylique. Derrière ce nom barbare se cache en fait un précurseur du PEF (polyéthylène furanoate), un plastique 100 % biosourcé et cherchant à concurrencer les plastiques issus du sucre et, surtout, le fameux PET (polytéréphtalate d'éthylène), qui constitue la majorité de nos bouteilles en plastique. Pour la coopérative, les contraintes industrielles sont faibles : une simple extraction à l’eau suffit à fournir l’acide nécessaire à l’entreprise Avantium. C’est cette dernière qui s’occupe de la transformation en plastique au moyen de catalyses chimiques ou enzymatiques inaccessibles au cœur d’une industrie agricole. Cette filière n’en est qu’à ses balbutiements mais elle compte des grands noms de l’agroalimentaire, comme Coca-cola ou Danone, parmi ses investisseurs.

Si les sucres et les acides sont récupérés du jus de la racine, un peu comme si l’on "saignait" la betterave, les fibres sont pour l'instant indemnes. Plusieurs utilisations sont en cours de recherches pour ce mélange d’oligosaccharides, cette chair de betterave, principalement pour l’alimentation animale et humaine. Des usages plus étonnants sont également de la partie, notamment un mélange de fibres qui pourrait s’intégrer dans du béton. Vingt pour cent de la masse sèche des betteraves pourrait ainsi s’insérer dans des bétons biosourcés, mais le prix reste encore prohibitif (7 €/kg). Ce même mélange de fibres peut également être transformé en céramique, comme le fait l’entreprise néerlandaise Nova Lignum.

Racine, peau, feuille… rien ne se perd, tout se transforme

Béton, plastique et alimentation de bétail. La betterave semble loin de la chimie fine à haute valeur ajoutée. C’est sans compter les protéines végétales et autres molécules complexes de la plante. Sur le site de Cosun, par exemple, l’entreprise Rosendal a mis en place une usine pilote utilisant le carboxymethyl-inuline (CMI) de la plante pour faire des produits chimiques, comme des antitartres. D’autres exemples sont en cours de recherche, à différents niveaux d’avancement. De la fibre démultipliant le pouvoir sucrant aux sucres transformés en produits de soins… La betterave sucrière se réinvente et n’est pas prête de quitter nos campagnes.

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