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L'usine zéro gaspillage

THOMAS BLOSSEVILLE tblosseville@industrie-technologies.com

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Réduire son impact environnemental à moindre coût ? Un vrai casse-tête ! Mais pas chez Carrier. Pour améliorer son bilan énergétique et sa gestion des déchets, l'usine rhônalpine du spécialiste en climatisation explore toutes les pistes. Caisses en bois pliables, cellules photovoltaïques, eau de pluie... Nous sommes allés sur place découvrir les meilleures recettes menant à "l'usine propre".

Au bord des lotissements résidentiels de Montluel, dans l'Ain, l'usine de Carrier s'affaire. Avec 10 000 groupes de production d'eau fabriqués chaque année pour le chauffage ou la climatisation, ce site semble un ogre énergétique. Il a englouti 11 GWh d'électricité, l'équivalent de la consommation annuelle (hors chauffage) de 3 000 familles françaises, et 238 000 m3 d'eau l'an passé. Mais, grâce à un processus de réduction de son impact environnemental, Carrier a réduit sa consommation.

Les résultats sont incontestables. Tandis que son volume de production augmentait de 8 % entre 2006 et 2008, l'usine a réduit de 23 % et de 14 % ses besoins en eau et en électricité. Pour générer ce cercle vertueux, le site de 550 personnes s'est fixé un leitmotiv : réduire ses consommations et son volume de déchets pour réinvestir les économies réalisées dans de nouvelles actions, d'une année sur l'autre.

L'éclairage des ateliers, par exemple. Il a été asservi à la luminosité extérieure. Au-dessus de 80 à 100 lux (l'unité d'éclairement lumineux), les néons sont progressivement éteints. Dans les bureaux, Carrier en a même dévissé 600, jugés superflus. Autre idée pour l'eau : au lieu du renouvellement hebdomadaire des bacs de brasage, un opérateur a proposé de changer l'eau selon leur durée de fonctionnement. Gain à l'arrivée : 37,5 m3 en un an.

Pragmatisme et participation

Si ces solutions frappent par leur simplicité, cette méthode a été mûrement réfléchie. Le principe : lister ce qui est consommé dans l'usine, définir où, comment, pourquoi... puis trouver comment réduire les besoins. La procédure, à la fois pragmatique et participative, se décline sur trois niveaux. D'abord, un poste de "technicien environnement" a été créé et confié à un vieux routier : Patrick Manus, vingt ans de maison. Sa mission : suivre l'évolution des lois liées à l'environnement. « Cette veille réglementaire est hautement stratégique pour anticiper nos plans d'investissements sur cinq ans », juge Didier Da Costa, le directeur général du site. Deuxième niveau : Patrick Manus rassemble les pistes d'économies suggérées par les salariés. Il pilote deux équipes pluridisciplinaires (achats, bureau d'études, marketing...). La première équipe s'occupe des déchets, la seconde, de l'énergie. Leurs réunions mensuelles permettent d'identifier les solutions pratiques pour mettre en oeuvre les mesures antigaspillage. Le comité de direction, enfin, arbitre entre les solutions envisagées.

« Lors de la revue d'avancement trimestrielle, des ajustements sont possibles, mais à moyens financiers et humains constants », précise Fabienne Coruble, la responsable environnement, hygiène et sécurité. C'est donc dès le départ qu'il faut évaluer correctement chaque mesure. Quand ils sont découverts, les potentiels d'économie sont donc précisément chiffrés. Une fiche formalise la solution envisagée, comme des détecteurs de présence dans les zones communes, en précisant le gain attendu (en euros et en équivalent CO2) et le délai avant retour sur investissement.

Certaines mesures sont rejetées, comme le recours à l'eau de pluie, dont les propriétés (pH, dureté...) ont été jugées trop inconstantes pour le process de Carrier, et les panneaux photovoltaïques, pas assez rentables. Mais nombre de solutions ont vu le jour. En 2006, Carrier a décidé d'éteindre ses équipements la nuit et le week-end. L'économie de 3 % sur la consommation électrique annuelle a été en partie réinvestie en 2007 dans l'achat d'automates. « Nos deux compresseurs fonctionnaient en doublon. Un seul reste désormais allumé, le second démarre en cas de besoin », explique Fabienne Coruble.

C'est avec les déchets que la traque au gaspillage est la plus avancée : 95 % sont triés pour le recyclage. Les entreprises Butin-Terrier pour les métaux, Dehon pour les fluides frigorigènes et Veolia pour les produits courants sont chargées de les évacuer. Les matières premières (aluminium, cuivre, papier, carton, plastique...) sont revendues. Pour les autres déchets, leur tri pour valorisation est un argument pour négocier les contrats d'évacuation. Le bois est broyé pour faire du compost ou chauffer les villes environnantes. Les absorbants souillés (torchons...) sont brûlés dans des cimenteries ou des déchetteries et les palettes, remises en état.

La principale clé pour parvenir à une telle part de recyclage est de centraliser le déballage des composants dans le magasin de réception. Le reste découle d'initiatives individuelles. « Un opérateur jetait systématiquement de petits bouchons en plastique et a proposé que le fournisseur les récupère », indique Patrick Manus. Le réemploi des déchets reste en effet la solution idéale. Incités par Carrier, des fournisseurs ont conçu des emballages réutilisables, comme des caisses en bois pliables ou des contenants en plastique. En livrant les pleins, les sous-traitants récupèrent les vides.

Seul bémol : en équivalent CO2, la fabrication ne compte que pour 5 à 10 % dans l'impact environnemental des produits Carrier. Mais la démarche est lancée. Au-delà des économies d'eau, d'électricité et de déchets, Carrier s'inscrit dans une politique de réduction de ses émissions. L'industriel travaille avec le conseil régional pour modifier les horaires d'arrêt à la gare de Montluel, pour que les salariés laissent leur voiture au garage. Pour l'expédition des marchandises, il discute avec le port autonome de Lyon pour associer le ferroviaire au fluvial. Le chemin vers "l'usine propre" est long, mais les premiers pas sont faits.

FABIENNE CORUBLE RESPONSABLE ENVIRONNEMENT, HYGIÈNE ET SÉCURITÉ CHEZ CARRIER

Mobilisation générale

« Notre critère de comparaison, c'est le CO2. Le gaz carbonique n'est certes pas le seul polluant. Mais comme il peut être traduit en kilométrage automobile, il sert de mètre étalon à tous nos projets pour sensibiliser les salariés. Nous travaillons même à convertir les essais machines en émissions de CO2 pour attribuer des quotas à la phase de conception, puis les baisser. Nous cherchons d'autres points de comparaison, comme la consommation énergétique d'une ville moyenne, et scrutons pour cela le site internet de l'Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie (www.ademe.fr). Dans les ateliers, outre le bulletin d'information hebdomadaire transmis à tous les employés, nous comptons sur des audits trimestriels sur chaque ligne de production pour sensibiliser tout le monde. L'auditeur peut tout aussi bien être le directeur général de l'usine que le responsable marketing. »

LE TRI DES DÉCHETS EST UN ARGUMENT POUR NÉGOCIER LES CONTRATS D?ÉVACUATION.

La consommation d'eau a été réduite de 23 % en deux ans et celle d'électricité de 14 % alors que le volume de production a augmenté de 8 %.

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