Nous suivre Industrie Techno

L'Oréal rajeunit la peau grâce à des outils "omiques"

Industrie et  Technologies

Sujets relatifs :

, ,
Les chercheurs de l'Oréal utilisent de nouveaux outils de biologie moléculaire pour caractériser le vieillissement de la peau et sa réponse cinétique à un stress mécanique. L'objectif est de proposer des cosmétiques personnalisés, basés sur un diagnostic,


Tous les hommes sont égaux ... enfin presque. Ce n'est effectivement pas le cas face au vieillissement, notamment pour la peau. C'est pourquoi les fabricants de cosmétiques mènent de nombreuses recherches dans le domaine. Ils utilisaient jusque là des technologies de biologie cellulaire faisant appel à des coupes histologiques pour montrer des différences de structure entre peaux jeunes et âgées.

L'Oréal passe à la vitesse supérieure. En effet, au cÅ“ur des noyaux cellulaires, les gènes produisent, à la suite d'une succession de mécanismes, des protéines que l'on retrouve à la surface de la peau. De nouvelles techniques d'analyse, qui permettent d'étudier les caractères les plus intimes des cellules - leur ADN, leurs transcrits et leurs protéines - telles la transcriptomique et la protéomique, autorisent alors l'étude des protéines à la surface de la peau et définissent une "signature" d'un état particulier de la peau, jeune ou âgé par exemple. Elles permettent aussi d'évaluer comment ces signatures peuvent être modifiées sous l'effet d'un stress et quelle est leur vitesse de réponse.

Une nouvelle vision

La biologie moléculaire traditionnelle donnait une vision du vieillissement liée au métabolisme des cellules et à la structure du tissu cutané. Ainsi une peau jeune présente un épiderme plus épais, un derme plus dense avec un réseau de fibres de collagène et d'élastine bien organisé. Les cellules (kératinocytes) ont une capacité de renouvellement et de réparation plus élevée.

Les outils issus de la génomique appliqués à la peau offrent une toute autre vision des fonctions cutanées. En particulier, des études de transcriptomique et de protéomique sur peaux reconstruites et in vivo, ont permis aux équipes de L'Oréal de publier et breveter les expressions géniques et les signatures protéiques des peaux jeunes et âgées, et surtout leur réponse cinétique au stress mécanique. Ces études ont été conduites en collaboration avec l'Hôpital Saint-Louis à Paris et le CHU de Laval au Québec.

Une première étude transcriptomique a montré qu'il existe des expressions géniques des peaux jeunes et âgées, que les peaux âgées réparent plus lentement que les peaux jeunes et qu'il existe des empreintes communes et spécifiques aux différents stress.

L'étude protéomique s'intéresse aux protéines de surface, résultat de l'expression terminale des gènes de la peau et a montré qu'il existe une signature protéique caractéristique des peaux jeunes et âgées.

C'est le lien entre les deux qui a permis dans une étude clinique in vivo d'identifier des actifs capables de modifier la signature protéique d'une peau âgée pour la ramener vers une signature de peau jeune. Ces actifs vont être formulés dans de nouveaux soins anti-âge avec des preuves d'efficacité in vitro sur peau reconstruite et in vivo.

Une analyse au cœur de la cellule

Tous les tissus sont composés de cellules qui contiennent des gènes. Chez l'homme, un gène est un fragment d'ADN qui commande directement une propriété biologique. Il est transcrit en une molécule messagère, faite d'ARN, appelée "transcrit". Ce transcrit dirige ensuite la synthèse d'une protéine.

Après une période d'étude des molécules une par une - gènes, transcrits et protéines - l'arrivée des méthodes modernes biologiques et informatiques ont permis de passer à des analyses globales de l'ensemble d'une population de gènes, de transcrits ou de protéines.

« L'appellation "omique" correspond à l'étude globale d'un ensemble moléculaire », explique Axel Kahn, généticien, Président de l'Université Paris Descartes. « L'étude des gènes est la génétique. L'ensemble des gènes est appelé génome et l'étude du génome, la génomique. De même, l'ensemble des transcrits est appelé transcriptome et son étude, la transcriptomique. L'ensemble des protéines est un protéome et son étude, la protéomique. Enfin, l'étude de l'ensemble des métabolites - les petites molécules qui interviennent dans les fonctions de la cellule - est appelée métabolomique ». L'ensemble des ces nouvelles disciplines en "-omique" est à l'origine du néologisme "omiques".

Une signature "omique" propre au type cellulaire

Chaque type cellulaire a sa propre signature "omique", hautement informative sur les cellules. En effet, si le génome est le même dans toutes les cellules, les gènes de ce génome s'expriment ou non, et à des niveaux différents, selon le type de cellules. Contrairement au génome, le transcriptome et le protéome sont donc ainsi spécifiques non seulement du type de cellules, mais aussi de l'état physiologique de ces cellules.

« Les gènes fonctionnent différemment d'une cellule à l'autre, ce qui explique, par exemple, les différences entre les cellules du cerveau ou du muscle », explique Axel Kahn. C'est, bien sûr, aussi le cas des différents types cellulaires de la peau : notamment les kératinocytes ; les fibroblastes, les cellules qui interviennent dans l'immunité ; et bien sûr les cellules souches qui sont à l'origine de ces cellules.

Comprendre les mécanismes du vieillissement et des anomalies pathologiques

Pour comprendre les apparences de la peau, mentionnées par Axel Kahn, les chercheurs s'attachent aujourd'hui à connaître le transcriptome et le protéome des différentes populations cellulaires qui la constituent. « Les méthodes omiques devraient permettre de répondre à de nombreuses questions », se réjouit Axel Kahn. « Que se passe-t-il au cours du vieillissement ? Est-ce que la régénération est diminuée dans une peau vieillie ? Quelle est la signature omique de la cellule souche, du kératinocyte, de la cellule immunitaire ou de celle qui intervient dans la pigmentation ? »

La réponse à ces questions ouvrira la voie à de nouveaux traitements. D'une part, pour trouver de nouveaux principes actifs destinés à rendre à la peau son apparence de jeunesse : « Une peau peut desquamer parce que le renouvellement cellulaire est lent ou à cause d'un phénomène inflammatoire », explique par exemple Axel Kahn. « L'approche des traitements sera radicalement différente dans le premier ou dans le second cas ».

Mais les "omiques" appliqués à la peau présentent aussi l'intérêt de pouvoir comparer les états physiologiques normaux et pathologiques des cellules. Une signature "omique" caractéristique d'un état pathologique permettra d'identifier des cibles potentiellement déterminantes dans cette anomalie, cibles pour lesquelles les chercheurs pourront alors mettre au point de nouveaux principes actifs.

Vers un nouvel âge de la cosmétologie

« On parle aujourd'hui de médecine basée sur des preuves ; on parlera demain de cosmétologie basée sur des preuves. Il s'agit d'un réel progrès », estime Axel Kahn. Ecartant d'éventuelles craintes éthiques que pourraient susciter les recherches "omiques" menées chez l'homme, il a conclu : « Les "omiques" sont des méthodes de diagnostique qui permettent de connaître l'origine des symptômes au même titre qu'une prise de sang ou une radio. Mais elles ne permettront en aucun cas de réaliser une empreinte génétique, l'intimité de la personne n'est donc pas mise en cause ».

Jean-François Prevéraud

Pour en savoir plus : http://www.loreal.fr

Bienvenue !

Vous êtes désormais inscrits. Vous recevrez prochainement notre newsletter hebdomadaire Industrie & Technologies

Nous vous recommandons

Le Conseil de l’innovation lance deux grands défis sur la cybersécurité et la bioproduction

Le Conseil de l’innovation lance deux grands défis sur la cybersécurité et la bioproduction

Le troisième Conseil de l’innovation a lancé le 17 avril deux nouveaux grands défis, sur la cybersécurité et[…]

18/04/2019 | InnovationBiomatériaux
Toulouse White Biotechnology (TWB) étoffe ses technologies

Toulouse White Biotechnology (TWB) étoffe ses technologies

Trophée de l’ingénieur manager : Fabien Guillemot, imprimeur de tissus vivants

Trophée de l’ingénieur manager : Fabien Guillemot, imprimeur de tissus vivants

Ecoles d’ingénieurs, Perlan II, œil bionique… les meilleures innovations de la semaine

Ecoles d’ingénieurs, Perlan II, œil bionique… les meilleures innovations de la semaine

Plus d'articles