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Paris, le 9 novembre. Le colloque national organisé par l’Ademe et ses partenaires du programme Agrice a mis en évidence des réalisations industrielles bien réelles d’utilisations non alimentaires de ressources agricoles

Le colloque national organisé par l’Ademe et ses partenaires du programme Agrice qui fête ses dix ans a rassemblé plus de 400 personnes. Même le ministre de l’environnement Serge Lepeltier s’est dit ‘bluffé’ par l’importance de la participation. Une participation justifiée par les réalisations industrielles bien réelles d’utilisations non alimentaires de ressources agricoles. Une montée en puissance réelle de l’or vert face à l’or noir.

Le contexte actuel de hausse du prix du pétrole rend plus crédible l’intérêt les ressources renouvelables comme source de matières premières pour l’énergie et pour la chimie.

Bien des arguments sont opposées à l’exploitation non alimentaire des ressources végétales : coût, disponibilité, rendements faibles etc. Des arguments qui s’expriment toujours par le même type d’objection : «mais pour produire cela il faudrait couvrir la France de colza, de ceci, de cela ».

L’argumentation de moins en moins tenable. Quand on commence à parler de bilan environnemental, de moindre impact sur l’environnement, de meilleure tolérance pour les individus, les produits issus de l’agriculture et de la foresterie deviennent plus attrayants.

C’était tout l’intérêt du lancement du GIS groupement d’intérêt scientifique Agrice en 1994 avec quatre objectifs :
- la recherche : 300 projets aidés à  33 % pour un montant global de 82 M€,
- la coordination des acteurs des bioproduits : plus de 300 partenaires dont moitié d’entreprises et centres techniques et 40 % de laboratoires de recherche,
- l’information : structuration de l’information sur les bioproduits par une base de données et la fondation de Pronovial pour la veille économique mondiale,
- les réseaux européens : Agrice est membre fondateur d’ERRMA association européenne pour les matières premières renouvelables et participation aux programmes européens concernant la biomasse, les biocarburants et la chimie végétale.

Michèle Pappalardo, présidente de l’Ademe a rappelé que la biomasse est incontournable pour relever les défis en matière d’énergie, de réchauffement climatique et de respect des engagements pris par la France et l’Europe en matière d’émission de gaz à effet de serre.

Pour elle, «la biomasse est renouvelable, elle recycle le gaz carbonique, elle contient des composés utilisables par la chimie pour créer de nouveaux produits. Elle contribue à la réduction de la dépendance énergétique, réduit les gaz à effet de serre et crée des emplois locaux. La valorisation de la biomasse est un axe majeur du développement durable.» Son exploitation revêt différentes formes : bois énergie, biocarburants et tous les bioproduits utilisables comme lubrifiants, solvants, détergents, cosmétiques, matériaux fibreux et matières plastiques (polymères).

Maurice Dohy, directeur d’Agrice à l’Ademe souligne les deux grandes voies : la forêt d’bord qui fournit déjà le bois de chauffage, le bois d’œuvre et le papier mais qui reste sous exploitée alors que les surfaces boisées ne cessent de croître.

L’agriculture ensuite, aujourd’hui largement excédentaire en matière alimentaire (exportations) a tel point qu’il y a 5 Mha de jachères et qu’aujourd’hui seulement 800 000 ha sont utilisés pour des productions non alimentaires (450 000 pour l’amidon de maïs et 350 000 ha pour les biocarburants).

Aujourd’hui les bioproduits, biocarburants inclus, représentent moins de 1 % du marché. Pour M. Dohy, les bioproduits se heurtent à deux obstacles : le prix du pétrole trop faible, bien qu’à 50 $/baril ils deviennent compétitifs, et la jeunesse des bioproduits auxquels on oppose le peu de recul.

Côté biocarburants, ceux de première génération sont à maturité (alcool éthylique et ester méthylique d’huiles végétales connus sous le terme de diester), et leur production s’accroît (400 kt en France en 2003 et 1,74 Mt en Europe), six usines sont en construction ou en projet d’ici 2010 ; il faut maintenant passer à la deuxième génération qui utilisera les ressources lignocellulosiques (bois et pailles).

Côté chimie les lubrifiants sont à maturité pour tout ce qui est engrenages, hydraulique, chaînes de tronçonneuse (pas la lubrification des moteurs à piston quatre temps), des tensioactifs industriels sont en service, des solvants pour les encres et les produits phytosanitaires, de même que des polymères pour l’emballage et les usages agricoles. Tous ces produits sont fabriqués sur une base industrielle et sont compétitifs.

Les intervenants allemands ont confirmé le dynamisme des bioproduits. Dietrich Wittmeyer, secrétaire général d’ERRMA (European Renewable Resources and Materials Association) confirme qu’il existe beaucoup de réalisations dans la plupart des pays européens, notamment en Allemagne (FNR Fachagentur Nachwachsende Rohstoff eV), en Grande Bretagne (Non Food Crop Center à York) en Espagne, en Italie etc,  mais qu’il faut renforcer la communication entre tous ces acteurs et peser encore plus auprès de l’Union Européenne.

Andreas Schütte directeur de FNR indique que 1 Mha est utilisé en Allemagne pour produire des biocarburants et bioproduits et que son organisation dispose d’un budget de 54 M€ pour soutenir des projets. 400 lubrifiants différents sont déjà commercialisés, des matériaux de construction (isolation avec du chanvre notamment), des fibres pour les plastiques (3,5 kg/automobile actuellement soit 25 kt actuellement), des bioplastiques.

Aujourd’hui en Allemagne, 3,1 % de la demande totale d’énergie est issu du renouvelable dont 58 % de biomasse.

Les différentes tables rondes de la journée ont démontré les possibilités actuelles qui ne demandent qu’à s’étendre : chanvre dans l’habitat (fibres d’isolation, chenevotte pour le béton isolant) lin pour le renforcement des plastiques, encres végétales pour l’emballage alimentaire, films agricoles, fluidifiants pour les bitumes, détergents industriels issus du pin.

Il faut aussi que cette industrie prenne à bras le corps la valorisation de toute la production de biomasse et des coproduits. La production de diester génère du glycérol dont on peut trouver de nouveaux débouchés ; les tourteaux issus des graines oléagineuses contiennent encore des matières valorisables sous forme chimique ou d’énergie, mais il faut développer de nouveaux procédés.

Autre point très sensible les bilans environnementaux. L’Ademe vient de sortir un rapport qui fait le point sur les analyses de cycle de vie existantes et les voies d’amélioration. Les premiers chiffres battent en brèche les objections faites sur la non efficacité des ressources agricoles.

Reste que tous ces produits ne se développeront que s’il existe un effort soutenu et un réel soutien politique au niveau de la recherche et de l’industrie et non un développement en dents de scie au gré des fluctuations de prix du pétrole. Il faudra aussi orienter les productions végétales pour qu’elles répondent à ces besoins non alimentaires. C’est à cette condition que l’on pourra sortir du tout pétrole et passer de l’or noir à l’or vert.

Chrisitan Guyard

Pour en savoir plus
- www.ademe.fr/agrice
- www.pronovial.com
- www.nachwachsende-rohstoffe.de (en anglais également)
- www.fnr.de
- www.n-fibrebase.net (base de données sur les fibres végétales)

 

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