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L’Opinel fête ses 125 ans

Jean-François Preveraud

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L’Opinel fête ses 125 ans

4 millions d'unités sortent tous les ans de l'usine de Chambéry

© DR

La célèbre manufacture de coutellerie savoyarde lance un concours d’idées pour décorer le manche du couteau qui va célébrer les 125 ans de la création de l’Opinel. L’occasion de retrouver l’histoire de cette marque et d’un produit intemporel qui a fait le tour du monde.

Qui n’a jamais eu un Opinel dans sa poche ? Ce petit couteau à lame repliable dans le manche en bois muni d’une virole de sécurité, né en Savoie voici 125 ans dans l’esprit de Joseph Opinel, est en effet une véritable icône de la coutellerie. Vendu à plus de 300 millions d’unités dans plus de 70 pays, il est toujours fabriqué en Savoie dans une usine de la banlieue de Chambéry où une centaine d’ouvriers produisent 4 millions d’unités par an.

C’est Victor-Amédée Opinel, qui le premier créa une forge à Albiez-le-Vieux dans les années 1820 pour fabriquer des clous destinés au ferrage des animaux, ainsi que des serpes et des couteaux. Son fils, Daniel, repris l’atelier dans les années 1860 et le mécanisa grâce à une roue à aubes installé sur le torrent Arvan. Celle-ci entraîne des martinets, énormes marteaux qui battent le fer sur l’enclume. Une fois la lame ébauchée, des émouleurs la pressent sur d’énormes meules de 1,80 m de diamètre entraînées par la roue, pour la dresser et l’aiguiser.

Une idée simple à la base d’un succès

Son petit-fils, Joseph, embauché dans l’atelier paternel, eu l’idée en 1890 de créer un couteau de sécurité dont la lame se repliait dans le manche. On pouvait ainsi l’emporter partout dans sa poche sans risquer de se blesser. La forme du manche fut dictée par l’ergonomie de la prise en main. Tout de suite ce couteau rencontra le succès et Joseph Opinel commença à créer des machines spéciales pour rationaliser la production. En 1896, trois ouvriers aidaient Joseph à fabriquer cinq douzaines de couteaux par jour. En 1901, ils seront 15 ouvriers à rejoindre un atelier plus moderne et en 1909 Joseph Opinel déposa sa marque en choisissant pour emblème la main couronnée. Un symbole rappelant les armoiries du chapitre de la cathédrale de Saint-Jean-de-Maurienne abritant les reliques de Saint Jean-Baptiste, qui représentent la main ayant baptisé le Christ, et la couronne qui rappelle le duché de Savoie.

Ayant eu des colporteurs dans ses ancêtres, Joseph Opinel était très sensible au développement de ses filières commerciales. Il participa ainsi à l’exposition internationale de Turin en 1911 où il obtint une médaille d’or, ce qui établit la réputation de ses produits et les fit connaître dans de nombreux pays. Cela imposa en 1916 le déménagement de l’atelier vers une usine dans la banlieue de Chambéry. L’artisan était devenu industriel ! Puis ses enfants, Marcel, Léon et Angéline vinrent le seconder. Ils seront rejoints par Maurice, le fils de Marcel, en 1950. C’est lui qui en 1955 eut l’idée d’une innovation importante, la virole de sécurité mobile qui permet de maintenir la lame en position ouverte.

En 1973, un second site vit le jour. Initialement dédié à la fabrication automatisée des manches en bois, il accueillera successivement l'atelier d'assemblage et la plate-forme logistique. Depuis 2013, toutes les activités Opinel de production et le siège social sont regroupés sur Chambéry dans des bâtiments modernes et adaptés aux nouvelles machines. C'est aujourd'hui Denis, le fils de Maurice Opinel, qui dirige l'entreprise savoyarde toujours familiale.

Une véritable industrie

L'usine de la Revériaz à Chambéry est très automatisée grâce à des machines spéciales conçues en interne. Elles enchaînent la cinquantaine d’opérations nécessaires à la fabrication d’un couteau. La lame disponible en acier où en inox est découpée dans du feuillard d’acier, chauffée à 800°C avant d’être trempée à l’huile, puis de subir un revenu. Elle est ensuite polie et aiguisée sur des meules.

Les manches sont mis en forme dans des carrelets en hêtre de la région, un bois au grain fin et homogène ayant une bonne résistance mécanique, mais d’autres essences sont aussi utilisées pour des séries spéciales. Le façonnage automatique du manche ne demande qu’une dizaine de secondes, trois fois moins qu’en 1960. Notons que depuis 1970, les copeaux de bois servent à chauffer l’usine, ainsi que l’étuve destinée à sécher les manches, ce qui économise 100 000 litres de fuel par an.

Après le vernissage des manches, vient le montage final où la lame est assemblée au manche, équipé des viroles fixe et mobile, par un rivet. Dernière opération, manuelle cette fois, l’affilage qui assure le tranchant de l’Opinel.

L’Opinel traditionnel existe dans une douzaine de longueurs de lame, de 3,5 à 22 cm, en acier ou en inox, avec manche en hêtre vernis. Mais de nombreuses séries spéciales sont proposées en jouant notamment sur les essences de bois choisi pour le manche (olivier, chêne, noyer, bouleau, ébène…) et leur décor, voir d’autres matériaux comme la corne. L’entreprise a aussi diversifié en fabriquant des couteaux spécifiques comme celui destiné à la cueillette des champignons avec une lame serpette et une brosse en bout du manche. Enfin des couteaux de cuisine et de table à manche fixe complètent aujourd’hui la gamme.

Pour fêter ses 125 ans Opinel lance un concours d’idées jusqu’au 31 mai pour décorer le manche du couteau anniversaire qui sera vendu en édition spéciale.

Et ça, c’est nouveau !

Jean-François Prevéraud

Pour en savoir plus : http://www.opinel-musee.com

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