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L'ISO 14001 est-elle faite pour moi ?

Muriel Royer de Véricourt

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Le label environnemental séduit encore peu d'industriels. Il est pourtant devenu un sésame pour travailler dans certains secteurs comme l'automobile.

Une timide croissance... Depuis sa première version en 1996 et sa révision en 2004, la norme ISO 14001, qui guide les organismes désireux de gérer l'impact environnemental de leur activité, a séduit moins de 4 000 entreprises en France. Là où sa grande soeur centrée sur la qualité, l'ISO 9001, séduit plus de 20 000 nouvelles sociétés chaque année. Comment expliquer un tel retard ? D'abord par la frilosité des acteurs concernés. Selon un état des lieux publié en 2008 par l'organisme certificateur, l'Afaq-Afnor, les PME se montrent très réticentes à l'égard de l'ISO 14001. Elles ne croient pas aux vertus économiques d'un tel projet. Pourtant, ce label constitue un authentique argument commercial face à certains donneurs d'ordres. Et avec la montée en puissance des questions de développement durable, de plus en plus d'entreprises vont devoir gérer leur impact environnemental. Voici six questions à se poser pour décider de se convertir (ou pas) à l'ISO 14001.

Mon entreprise est-elle concernée ?

Il n'y a aucune discrimination à l'entrée ! L'ISO 14001 est conçue pour être applicable à n'importe quel type d'entreprises. Et de fait, tous les secteurs d'activité et toutes les tailles sont représentés par- mi les certifiées. « Les premières entreprises qui se sont intéressées aux problèmes environnementaux avaient des risques caractérisés : par exemple les industriels uti-lisant des produits chimi- ques ou générant des rejets polluants à l'issue de leur process »,précise Jean-Charles Jude, consultant chez Socotec Consulting. « Les sociétés de service se sont ensuite lancées dans la démarche pour montrer que leur activité n'avait pas d'impact négatif sur l'environnement. Aujourd'hui, ceux qui nous sollicitent sont souvent de petite taille : des fournisseurs de nos clients précédents, ou bien des entreprises dont la raison d'être est liée à l'environnement. »

Quels sont mes engagements ?

L'ISO 14001 est une démarche volontaire pour les entreprises désireuses de piloter leur politique environnementale. Si elle n'impose aucun objectif précis ou chiffré en matière de performances, elle oblige quand même à "prouver" la démarche. La mise en place d'indicateurs de suivi (comme le niveau de rejets polluants), d'une documentation idoine et d'une veille réglementaire fait partie du cahier des charges de base. En revanche, la certification par un tiers n'est pas du tout obligatoire. « Une société n'est pas tenue de passer par un organisme certificateur. Elle peut très bien s'autodéclarer conforme », souligne Christian Barbe, d'Accendo Formation, qui propose des formations sur le sujet. Le regard d'un tiers permet cependant d'asseoir un peu plus le sérieux de la démarche.

Faut-il me faire accompagner ?

Rien n'y oblige, mais cela peut être souhaitable, en particulier pour les entreprises qui ne sont pas certifiées ISO 9001. La norme est rédigée selon une terminologie qui n'est pas nécessairement très accessible à un néophyte. Les fédérations professionnelles sont très actives dans l'accompagnement de leurs adhérents qui souhaiteraient obtenir une certification. Autre piste : les CCI. Le conseiller environnement de la chambre est à même de proposer les outils nécessaires, notamment pour la veille réglementaire, mais peut aussi aider à obtenir des aides financières ou à aiguiller vers une formation adaptée. Reste la possibilité de se faire accompagner par un consultant spécialisé. Si certains chefs d'entreprise le recommandent chaudement, d'autres sont plus réservés. Surtout pour les PME. « Elles risquent de laisser le cabinet agir à leur place et de ne pas s'approprier la démarche », craint Chantal Richardeau, de l'Union nationale de l'imprimerie et de la communication (Unic).

Combien ça coûte ?

Le nombre de jours d'assistance varie selon la taille de l'entreprise, la complexité de ses installations et le diagnostic initial. L'accompagnement est généralement facturé autour de 700 à 1 000 euros par jour. Et il faut compter de un à cinq jours par mois pendant une année pour mettre en place l'ISO 14001. La certification elle-même se facture en fonction du nombre de jours d'audit. Par la suite, la question du coût se pose en d'autres termes. « À partir du moment où l'ISO 14001 permet de se mettre en phase avec la réglementation, peut-on vraiment parler de coût ? », s'interroge Philippe Rabot, de RCSI.

Combien de temps ça prend ?

La réponse dépend beaucoup du diagnostic réalisé en amont de la démarche. En règle générale, il faut compter de un à deux ans, en fonction des priorités de l'entreprise. Les industriels déjà certifiés ISO 9001 sur le plan qualité bénéficient d'un avantage de taille car certaines exigences des deux normes sont très proches. « Nous avons dû affecter une personne à mi-temps sur un an pour la mise en place de l'ISO 14001, témoigne Philippe Rabot, de RCSI. Aujourd'hui, le main- tien du label nous prend un ou deux jours par mois. » En revanche, si le diagnostic révèle de graves carences, le chemin vers l'ISO 14001 peut être très long. Pour ne pas se laisser déborder, il est d'ailleurs possible d'opter pour une mise en oeuvre progressive en trois étapes (lire ci-dessus) de cette norme écologique.

Est-ce que ça procure un avantage commercial ?

Le logo "ISO 14001" ne peut pas être apposé sur des marchandises. S'il procure un avantage, c'est surtout avec les donneurs d'ordres. La certification est même un préalable pour travailler dans l'automobile. D'autres organismes, comme EdF, n'en font pas une condition rédhibitoire mais assurent que ce critère compte dans la sélection des four- nisseurs. Thomas Maurelli, dirigeant de la société de recyclage Chimie Circuit, basée à Nanterre l'affirme : « Même si elle n'est pas explicitement demandée, la plupart des entreprises privilégient souvent leur prestataire certifié ISO 14001. »

LA DÉMARCHE ISO EST L'OCCASION DE SE METTRE EN CONFORMITÉ AVEC LES EXIGENCES RÉGLEMENTAIRES."

SERGE BAILLET RESPONSABLE QUALITÉ-ENVIRONNEMENT

CHEZ ARMABESSAIRE

LA NORME EST UNE FAÇON DE PRENDRE DU RECUL, EN METTANT LE FONCTIONNEMENT DE L'USINE SOUS LE REGARD D'UN TIERS."

THOMAS MAURELLI

PDG DE

CHIMIE CIRCUIT

ÊTRE CERTIFIÉ N'A PAS AUGMENTÉ NOTRE CHIFFRE D'AFFAIRES, MAIS CELA A RASSURÉ CERTAINS DE NOS CLIENTS."

PHILIPPE RABOT

DIRECTEUR GÉNÉRAL

DE RCSI

L'ENVIRONNEMENT SOUS CONTRÔLE

L'Iso 14001 est une certification qui prouve que l'environnement est pris en compte dans la gestion et le management de l'entreprise. La norme fournit des outils et des méthodes pour y parvenir. Elle ne fixe aucun objectif quantifié et ne définit pas de niveau de performances environnementales à atteindre. Elle induit trois engagements : le respect de la réglementation environnementale, la prévention des pollutions et l'amélioration continue des performances environnementales.

UNE NORME EN TROIS TEMPS

« Découper » la norme Iso 14001 en "tranches" : c'est le principe des démarches « 1, 2, 3 », mise en place par les CCI, et « Afaq environnement par étapes », mise en place par l'Afaq-Afnor. Leur principe ? Permettre à des entreprises de passer par trois niveaux intermédiaires (identification des priorités, plan d'action et mise en place du système) avant de décrocher le label. « Certaines entreprises n'ont pas les ressources financières et humaines pour mettre en oeuvre en dix-huit mois le système, justifie Béatrice Poirier, responsable produit Iso 14001 chez Afaq-Afnor. Notre démarche évite que le processus de certification s'essouffle. » Cette méthode a donné lieu à l'élaboration d'un référentiel spécifique, le FDX 30-205.

Armabessaire

à Pontault-Combault (Seine-et-Marne) et à Chennevières-sur-Marne (Val-de-Marne) - Activité : recyclage de fers et métaux - Effectif : 30 salariés - Chiffre d'affaires : 34 millions d'euros

Chimie Circuit

à Nanterre (Hauts-de-Seine) - Activité : recyclage - Effectifs: 6 salariés - Chiffre d'affaires : 5 millions d'euros

RCSI

à Crosne (Essonne) - Activité : produits de nettoyage écologique - Effectif : 12 personnes - CA 2008 : 1,3 million d'euros

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