Nous suivre Industrie Techno

Interview

« L’investissement R&D de Sanofi ne diminuera pas en France », selon Marc Cluzel

« L’investissement R&D de Sanofi ne diminuera pas en France », selon Marc Cluzel

© DR

Multiplication des partenariats, rassemblement des chercheurs sur quelques sites, grand ménage dans son portefeuille de produits en développement… Le groupe pharmaceutique français est en train de totalement réorganiser sa R&D. Objectif : compenser la perte annoncée de 20 % de son chiffre d’affaires d’ici 2012 par de nouveaux médicaments. La nouvelle structure sera opérationnelle dans 18 mois. Entretien avec Marc Cluzel, le directeur R&D du laboratoire pharmaceutique.

Vous remettez totalement à plat organisation de la R&D chez Sanofi-Aventis. Quels sont les principaux changements que vous avez réalisés ?
Notre premier travail a été de passer au crible toutes les molécules que nous avions en développement. Avec un regard critique pour focaliser nos efforts sur les programmes qui avaient toutes les chances de succès. Nous en avons gardé une cinquantaine. Ensuite deux grandes entités ont été créées en oncologie (traitement du cancer) et en diabétologie. Deux domaines où l’approche personnalisée du patient -qui est une des voies d’avenir pour la pharmacie- peut être mise en place rapidement. Nous avons également définis des plus petites unités, autonomes dans leur business plan, avec un management spécifique, dédiées à des axes scientifiques comme les infections, la fibrose, le vieillissement …. Le but est évidemment d'obtenir une organisation plus réactive, et plus créative.

 
Marc Cluzel, un homme de la maison.
Depuis
son arrivée à la tête de la recherche de Sanofi-Aventis en 2007, Marc Cluzel a commencé à modifier la façon de travailler des équipes, en particulier en signant un certain nombre de partenariats avec des laboratoires académiques mais aussi des entreprises de biotechnologies.
A 54 ans, il connaît bien le groupe où il est entré chez
en 1991, en tant que pharmacologue clinicien. Il a ansuite gravi les échelons rythmés par les fusions-acquisitions, Synthélabo en 1999 et Aventis en 2004. Pneumologue et biochimiste de formation, il a débuté sa carrière comme médecin hospitalier puis effectué des travaux de recherche à l’Université Johns Hopkins de Baltimore et au Guy’s Hospital de Londres..
L'un des objectifs est-il de diminuer la recherche en France au profit d'autres territoires ?
Les efforts financiers au niveau de la recherche en France ne diminueront pas. La moitié de nos chercheurs sont localisés en France avec un budget de 1,7 milliards d’euros pour 2009. Par contre, la R&D pharmaceutique s’est complexifiée, nous ne pouvons pas maîtriser l’ensemble des paramètres en interne. La seule solution est de multiplier les partenariats, de s’ouvrir vers l’extérieur. C’est ce que nous avons commencé à faire depuis trois ans et que nous avons accéléré l’an dernier. Nous avons notamment signé des accords avec Alopexx, Regeneron ou Micromet.

50 millions d'euros pour les partenariats avec les labos publics
 
Vous avez aussi renforcé vos liens avec les laboratoires publics en signant, en février, un accord cadre avec l'Aviesan, l’Alliance nationale pour les sciences de la vie et de la santé…
Pour être compétitif, nous devons aller très vite et intégrer dès le début des projets de recherche tout un ensemble de compétences. Sanofi-Aventis engagera un budget de 50 millions d’euros dans les cinq prochaines années dans des partenariats privés-publics de recherche avec les équipes académiques regroupées au sein d’Aviesan. Ces partenariats pourront prendre la forme de plates-formes technologiques, de projets ou de centres de recherche communs, sur les thèmes du vieillissement, de l’immuno-inflammation, des maladies infectieuses, de la médecine régénérative. Ces partenariats nous aideront à gagner la course de vitesse engagée entre laboratoires. L’investissement financier commun privé et public est pour moi un gage de succès.
 
Tout prende en compte dans le développement des molécules
 
Ces partenaires vous permettent-ils de mieux répondre aux attentes des patients ?
Désormais, le patient est regardé au niveau individuel. Cela change tout. D’abord, au niveau scientifique, puisque le profil génétique du patient ou bien celui de sa tumeur doit être connu et analysé. Ensuite, au niveau de l’environnement du produit développé. Le traitement ne se résume plus au seul médicament mais englobe le diagnostic, le produit, son mode d’administration et enfin l’éducation thérapeutique du patient. Tous ces éléments sont intégrés dans la réflexion très en amont du process de R&D avec un objectif qui reste, lui, toujours le même : améliorer les soins prodigués. Par exemple, pour le diabète, nous devons prendre en compte, dès le départ, dans le développement de la molécule des éléments de diagnostic, le dosage du taux de sucre sans oublier le stylo injecteur ou le suivi du traitement.
 
Peut-on encore dire que le développement d’un médicament est mondial ?
De moins en moins. Dans chaque pays, les besoins de santé, les approches de la maladie, et les financeurs (Sécurité Sociale en France par exemple) sont différents. La qualité économique d’un produit et la reconnaissance de son caractère innovant vont dépendre de la structure du secteur de la santé et des habitudes médicales. La durée d’hospitalisation, par exemple, sera différente pour une même pathologie d’un pays à l’autre. Résultat, même si une première ébauche du développement est définie au niveau mondial, il faudra ensuite réaliser une partie du développement au niveau local pour répondre aux spécificités de chaque territoire. La valeur de l'innovation et la valeur économique du traitement se définissent à ce niveau.

Propos recueillis par Anne Pezet (L'Usine Nouvelle)

 

Bienvenue !

Vous êtes désormais inscrits. Vous recevrez prochainement notre newsletter hebdomadaire Industrie & Technologies

Nous vous recommandons

Un procédé pour industrialiser la production de particules submicroniques

Fil d'Intelligence Technologique

Un procédé pour industrialiser la production de particules submicroniques

La start-up Spinofrin, co-créée par des chercheurs du CNRS et de l’institut Franco-allemand de Saint-Louis, a mis[…]

[Infographie] L'impression 3D pour reconstituer des organes !

Dossiers

[Infographie] L'impression 3D pour reconstituer des organes !

[Vidéo] Ce robot souple est...comestible !

[Vidéo] Ce robot souple est...comestible !

Les imprimantes à ADN du jeune Français distingué par le MIT

Les imprimantes à ADN du jeune Français distingué par le MIT

Plus d'articles