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L'intelligence artificielle optimise le trafic aérien

Guillaume Lecompte-Boinet
L'intelligence artificielle optimise le trafic aérien

InnovATM a développé un algorithme permettant de prédire l’évolution du trafic aérien. Cet outil d’aide à la décision doit permettre d’optimiser les capacités d’un aéroport tout en faisant économiser du carburant.

 

Imaginez : un A380 atterrit sur l’une des pistes de l’aéroport de Roissy Charles de Gaulle. Avec ses 390 tonnes de masse maximale à l’atterrissage, il va générer une turbulence de sillage qui empêchera les autres avions de se poser pendant au moins 3 minutes. Si un Airbus A320, avec ses 67 tonnes, arrive juste derrière, il devra par mesure de sécurité attendre la dispersion de cette air turbulent pour amorcer sa descente finale. Une perte de temps qui génère des dizaines de millions d’euros de manque à gagner pour le transport aérien. Alors que si les contrôleurs du ciel avaient pu changer l’ordre d’atterrissage, le délai aurait été ramené à une minute. « Le problème avec le système actuel de contrôle aérien, c’est que le contrôleur ne peut pas changer l’ordre dans lequel les avions doivent se poser car le système détecte les avions quand ils sont déjà en phase de descente, de sorte qu’il est trop tard », explique Amine Karray, diplômé de l’ENSEEIHT et co-fondateur d’InnovATM aux côtés de Stéphane Bascobert, diplômé de l’ENAC.

Un outil d'aide à la décision

Tout deux issus du groupe Thales, l’un des leaders mondiaux des solutions de gestion du trafic aérien, les deux ingénieurs ont quitté l’électronicien de défense en 2014 pour concevoir un algorithme à base de sciences prédictives qui permettent de prendre en compte un avion au moins 90 minutes avant son arrivée, lorsqu’il est encore en croisière. Les deux fondateurs n’en diront pas tellement plus sur ce que contient cet algorithme. Quoi qu’il en soit, grâce à cet outil, baptisé SkyKeeper, il est possible selon eux de prédire l’heure exacte d’arrivée d’un avion avec une marge d’erreur comprise entre une et deux minutes. Suffisant pour inverser l’ordre d’atterrissage de deux avions si besoin est. « Le point important c’est que l’outil d’aide à la décision permet de recalculer en permanence le séquençage des avions pour l’ensemble du trafic », ajoute Amine Karray.

Réduire la consommation de carburant

L’outil a en tout cas séduit le groupe ADP qui vient de participer à une levée de fonds d’un million d’euros au travers de son fonds ADP Invest. D’autres applications de SkyKeeper concernent aussi la gestion optimisée des cycles atterrissage-décollage, où l’algorithme calcule au plus juste –en fonction du trafic aérien à un instant T- comment éviter le phénomène des files d’attente au décollage. Par ailleurs, le système permet aussi de gérer ce qu’on appelle les conflits au sol, c’est à dire l’attribution des parkings. « Cela fonctionne un peu comme Waze, où les contrôleurs peuvent indiquer un trajet optimal à l’avion et éviter ainsi des temps de roulage trop élevés », ajoute Amine Karray. Sur une grosse plateforme comme Roissy (150 km de taxiway), il n’est pas rare que les contrôleurs prennent une marge de 20 minutes de roulage là où 10 minutes auraient suffi. Avec des conséquences importantes sur la consommation de carburant.  Au final, l’outil permettrait d’augmenter de 40% en moyenne la capacité horaire d’une piste, qui est comprise entre 35 et 45 avions par heure actuellement dans un aéroport international. Car derrière ces technologies, il y a l’enjeu stratégique de l’absorption du trafic aérien futur, qui doit doubler dans les 20 prochaines années.

L’un des derniers développements lancés par InnovATM en partenariat avec la Direction des services de la navigation aérienne (DGAC), Thales et le groupe ADP concerne la gestion du trafic des drones près des aéroports. Ce programme, qui comporte deux volets, Hologard et Hologuide, doit aboutir à un outil de détection des drones malveillants et un outil d’insertion des drones dans le trafic aérien. « Là nous développons un algorithme de fusion des données », précise Amine Karray. Les premières expérimentations sont en cours à Roissy et sur l’aéroport de Strasbourg.

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