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L'intégration informatique : la grande affaire de l'e-business (03/10/2000)

Les promesses de l'e-business sont immenses. Les transformer en realité exige un préalable : la refonte profonde des systèmes d'information des entreprises.





Vous avez aimé l'ERP


Vous avez aimé l'ERP ? Parfait. Vous allez adorer l'e-business. Comme l'ERP, (ou PGI pour progiciel de gestion intégrée) c'est un domaine d'un haut degré de complexité. Comme avec l'ERP, il s'agit d'une histoire où l'informatique interagit fortement avec la stratégie de l'entreprise. La stratégie détermine les choix et les architectures informatiques. En retour, les choix informatiques ne manquent pas d'avoir un profond impact sur l'organisation de l'entreprise.


Comme avec l'ERP aussi, c'est d'intégration qu'il est question. Les ERP se proposaient d'intégrer en un seul logiciel la plupart des grandes fonctions de l'entreprise. Ils se sont ainsi placés à l'épicentre des traitements informatiques.


L'e-business, lui, n'est pour ainsi dire qu'une grande affaire d'intégration. D'intégration, d'une part, des logiciels de l'entreprise entre eux, et d'autre part, de l'informatique d'une entreprise avec celle de tous ses partenaires. Et réciproquement...


L'enjeu : faire dialoguer les applications


Les analystes du Gartner Group affirment ainsi que " jusqu'à présent, les applications développées en interne constituaient une importante source d'avantage compétitif pour les entreprises. Progressivement, ce rôle va diminuer et c'est la créativité en matière d'intégration des applications qui fera la différence ". Schneider Electric illustre presque jusqu'à la caricature, les profonds bouleversements en cours. Son exemple, un vrai cas d'école, permet de cerner les motifs et les enjeux de cette course à l'intégration qui vient de s'engager.


Jusqu'à présent, Schneider Electric France - une entreprise de 10 milliards de francs de chiffre d'affaires - n'utilisait quasiment pas de progiciel. Pour l'ensemble de son informatique elle s'appuyait sur des logiciels spécifiques. Hérésie ? Passéisme ? Pas du tout. " Les solutions développées en interne remplissaient parfaitement leur rôle ", explique tout simplement Didier Rochas, responsable Architecture et Anticipation de l'enteprise.


Soudain tout change chez Schneider. Ce fut d'abord l'arrivée d'un progiciel de CRM (Customer Relationship Management). Puis la décision, il y a peu, de s'équiper du fameux et quasi incontournable progiciel d'ERP R/3 de SAP. Une décision qui s'accompagne d'une autre encore plus importante : celle d'installer ces applications autour d'un des grands logiciels d'intégration qui émergent actuellement, celui de CrossWorlds. Une plate-forme d'intégration qui devient en quelque sorte la colonne vertébrale de l'architecture informatique de l'entreprise.


Qu'a-t-il bien pu se passer pour qu'une entreprise qui freinait des quatre fers afin de ne pas acheter l'ERP de SAP, finisse par effectuer une volte-face aussi radicale ? L'e-business, évidemment ! La décision de bâtir l'informatique autour d'une plate-forme d'intégration correspond en effet à la nécessité d'être réactif. " Avec le système actuel qui fonctionne en batch, le délai de traitement est d'une journée. C'est beaucoup trop pour des applications d'e-business ", explique Didier Rochas.


Pour aller plus vite il faut automatiser les processus et pour cela, faire dialoguer en temps réel les applications informatiques internes à l'entreprise. Par exemple, la réponse à une prise de commande via le net, mettra en jeu un traitement complexe qui fera intervenir plusieurs applicatifs dont les données sont interdépendantes : plusieurs modules de l'ERP, le CRM, des applications spécifiques à l'entreprise, le logiciel de supply chain...


Bref, il faut intégrer les différentes applications et, via cette intégration, bâtir une sorte de "meta application". Autrement dit, une application composite constituée par la participation intelligente et coordonnée de plusieurs applications internes. Ce que d'aucuns baptisent un "Web service".


Cette intégration des applications internes est aussi indispensable au commerce électronique grand public (B2C pour business to consumer) qu'au commerce électronique inter-entreprises (le B2B pour business to business). Dans tous les cas elle correspond au rôle radicalement nouveau confié aux sites Web, ou aux Extranet, des enteprises.


L'ERP ne couvre que 30% des besoins


Le Web ne veut plus être simplement un lieu de consultation de l'information. Une action sur le site Web (une prise de commande par exemple) doit déclencher en aval un processus complet - et si possible entièrement automatisé - de traitement de la demande formulée (de la prise de commande à la livraison en passant par l'ordre de fabrication et jusqu'à la facturation). D'où l'intégration.


On n'a certes pas attendu l'e-business pour intégrer des logiciels. Mais ce sujet est devenu la préoccupation majeure des grandes enteprises aujourd'hui. Au point que le jargon informaticien a inventé pas moins de deux acronymes pour décrire l'intégration d'applications : EAI pour Entreprise Application Integration qui dit bien ce qu'il veut dire et, plus amusant vu sa référence au B2B, A2A pour Application to Application.


Première raison de cet engouement : l'effort d'intégration sans précédent qu'exige l'e-business. Il y a toute une panoplie de "Web services" à monter mettant en jeu, à chaque fois, des progiciels différents. Eh oui, n'en déplaise à SAP, le temps où l'on pouvait rêver d'un seul logiciel d'ERP omnipotent est bien révolu. Selon le Gartner Group d'ailleurs, au maximum 30 % des besoins de traitement d'information sont couverts par les grands ERP. Le reste est réparti sur une myriade de logiciels spécifiques développés au cours des ans et qu'il n'est pas question de jeter, et des progiciels. Reste à les faire travailler ensemble.


Il est un second motif qui met l'intégration sur le devant de la scène : le bond en avant radical que les technologies d'intégration, dopées par les besoins de l'e-business, ont réalisé ces dernières années. Traditionnellement, intégrer consistait à relier très étroitement les applications - progiciels ou logiciels spécifiques - deux à deux, au coup par coup. Le résultat ? Ce que le Gartner Group appelle le "spaghetti de l'intégration", à savoir un effrayant écheveau de liaisons point à point. L'horreur. Il faut en effet développer pas moins n. (n-1) interfaces pour intégrer n applications. Et l'ensemble est extrêmement rigide et complexe à faire évoluer. Tout le contraire de ce qu'exige l'e-business pour lequel, selon Didier Rochas, les maîtres-mots doivent être "flexibilité" et "manoeuvrabilité".


La solution ? Elle est arrivée depuis peu sous la forme de ce que le Gartner Group appelle integration broker (courtier d'intégration). Les Français de Sopra qui sont aux avant-postes de cette technologie ont, eux, baptisé leur solution "bus applicatif". Tibco, autre acteur majeur, a opté pour "information bus".


Le concept est d'une grande simplicité. Au lieu de connecter deux à deux les applications, on les connecte toutes au même logiciel d'intégration (voir schéma) qui fonctionne, effectivement, à la manière d'un bus informatique, en ventilant les informations ad hoc vers les applications ad hoc selon des procédures bien définies.


Premier avantage : ce n'est plus n. (n-1) interfaces qu'exige la connexion de n applications, mais 2n seulement.


Il y a mieux. Ces integration brokers n'arrivent pas les mains vides. Ils s'accompagnent d'une panoplie d'outils qui facilitent considérablement le travail d'intégration. Chez certains fournisseurs par exemple, ces outils sont des "connecteurs" tout faits qui permettent de relier facilement via le "bus" les grands progiciels du marché comme ceux d'ERP et de CRM. On n'en est pas à "brancher" et "débrancher" une application aussi facilement qu'on connecte un équipement sur un bus. Mais c'est bien l'idée directrice.


Arrivent aussi des business process managers (BPM). Ces logiciels de type workflow permettent de définir, de décrire dans le détail et de mettre en oeuvre des procédures correspondant à un service de type e-business. Par exemple, pour reprendre le cas de la prise de commande, le BPM définira très précisément l'enchaînement des opérations à effectuer pour la gérer de bout en bout et pour définir, à chaque étape quels traitements effectuer et sur quel logiciel.


Ce type de fonctionnalité est hautement apprécié par Didier Rochas. " Cela permet de déporter une grande partie de "l'intelligence" en dehors des applications et de mettre toute la problématique de prise de décision au niveau du bus applicatif ", explique-t-il. L'intérêt ? La flexibilité bien sûr. Déconnecter l'intelligence des applications permet de faire évoluer celles-ci de façon extrêmement souple.


Définir l'architecture pour plus de flexibilité


Car, pour en revenir au cas de Schneider Electric, c'est bien, outre la réactivité, un souci de flexibilité qui a conduit à définir l'architecture du nouveau système d'information autour de l'integration broker de Crossworlds auquel seront reliés l'ERP, le CRM, des logiciels maison, et les applications à venir d'e-commerce et d'e-procurement.


Schneider Electric mène cette logique jusqu'à son terme puisque les trois grands modules de SAP qui vont être installés (logistique, industrie, finance) seront intégrés non pas à la manière canonique de SAP mais via le logiciel de Crossworlds.


Explication : Didier Rochas veut être à même de pouvoir facilement ajouter ou retirer des modules applicatifs selon les besoins. " Avec une telle architecture, si, par exemple, on décidait un jour d'externaliser la logistique, nous pourrions sans difficulté découper le module logistique suivant les pointillés sans remettre en cause le système d'information ", explique-t-il. De même, en cas de rachat, de fusion, de connexion informatique avec de nouveaux partenaires... l'intégration de leurs progiciels sera moins ardue.


L'intégration interne, l'A2A, est un vaste chantier, à peine entamé dans quelques grandes entreprises. Elle ne constitue cependant qu'une mise en jambe pour la grande affaire - le véritable enjeu - de l'e-business qui est l'intégration B2B, encore nommée IAI (Internet Application Integration) en référence à l'EAI.


Là commencent les choses sérieuses. Lorsqu'on a l'ambition de réaliser une application B2B, la mise en place de processus internes d'intégration est en effet une condition nécessaire. Elle est loin d'être suffisante. L'idée est bien la même, automatiser autant que faire se peut toute relation commerciale inter-entreprises menée via Internet.


Seulement cette tâche est infiniment compliquée par le fait qu'il faille faire interagir - intégrer - l'informatique d'une entreprise avec celles de tous ses partenaires : clients, donneurs d'ordres, sous-traitants, distributeurs, banques, places de marché virtuelles, entreprises de logistique, etc.


Cette intégration multipartenaire est indispensable. Pour continuer avec l'exemple d'une commande, il est nécessaire bien sûr de réaliser un enchaînement de traitements sur l'informatique interne. Mais il est aussi impératif d'échanger, simultanément,des informations avec les systèmes de tous les intervenants externes (logisticien, banque, fournisseur...) si l'on veut vraiment gérer cette requête de bout en bout.


Une telle ambition semble déraisonnable. Comment en effet peut-on raisonnablement espérer que des systèmes et des applications parfaitement hétérogènes communiquent ensemble ? Que l'on puisse simultanément dialoguer avec des partenaires qui utilisent des modes de communication différents (XML, EDI, sur Internet, sur des réseaux privés...) ? Que tous les partenaires se mettent d'accord sur les procédures à mettre en oeuvre pour traiter automatiquement une requête et y répondre de façon idoine ?


Un chantier de plusieurs années


L'ampleur de la tâche n'a pas rebuté l'industrie informatique qui espère avoir trouvé la solution miracle avec, d'une part, l'utilisation du langage XML pour les échanges interentreprise (voir page suivante) et, d'autre part, la mise en place d'une seconde plate-forme d'intégration, ce que d'aucuns appellent un "serveur B2B".


À lui de traiter l'information venue de l'extérieur, de la traduire dans le format utilisé par l'informatique interne et de la répartir sur cette informatique... intégrée, naturellement. À lui aussi de gérer la mise en oeuvre et le suivi de la cascade de traitements (le workflow) provoquée en interne et en externe, par chaque requête. À lui, enfin, de présenter sous la forme et le format adaptés aux différents partenaires, l'information émise par l'entreprise.


Cet immense chantier informatique va, à l'évidence, prendre des années. Il ne fait pas de doute non plus que si la mise en place de cette infrastructure est motivée par des impératifs stratégiques, elle va en retour influencer profondément les modes de travail et les organisations.


" L'innovation, de plus en plus, consistera à inventer et à mettre en place des modes de fonctionnement construits sur des applications composites ", explique Massimo Pezzini, vice-président du Gartner Group et grand spécialiste de l'intégration. Dans l'immédiat, en tout cas, si l'on en croit le Gartner Group la première décision qui s'impose aux candidats à l'intégration est la mise en place d'une équipe centrale chargée de cette tâche : "


Les directions générales doivent absolument prendre conscience que l'intégration est un problème transversal dans l'entreprise ", affirme Roy Schulte analyste du cabinet d'études américain. Selon lui, " d'ici à 2005 plus de la moitié des grandes entreprises auront créé cette structure centrale ", alors qu'aujourd'hui elles ne sont guère que 15 % à l'avoir fait. À ces mousquetaires de l'intégration, on souhaite bien du plaisir. Surtout, il faut en espérer une capacité de travailler de façon très étroite avec les responsables de chaque métier de l'entreprise. Car, au-delà des problèmes techniques, le grand enjeu est bien la définition précise de tous les services Web et de toutes les étapes des business process qu'on se propose d'automatiser. Ici, ceux qui ont une bonne expérience de l'EDI, qui constitue en quelque sorte l'esquisse d'une architecture e-business, disposent d'une bonne longueur d'avance. Ils connaissent déjà, au moins en partie, les erreurs à éviter.

Il met l'intégration au coeur du système d'information de Schneider

Schneider Electric
vit une véritable révolution informatique
, passant d'une informatique essentiellement composée d'applications spécifiques à un système d'information constitué de progiciels connectés à une plate-forme d'intégration.


Cheville ouvrière de ce bouleversement, Didier Rochas est responsable Architecture et Anticipation de Schneider Electric France. Un titre peu banal. Pour le situer, peut-être vaut-il mieux dire qu'il est le n° 2 de la division système d'information du groupe, la DSII, dirigée par Patrick Bouteiller.


" Le rôle d'architecte correspond à la mise en place, classique, d'un plan directeur des systèmes d'information. Quant à l'anticipation, il s'agit de la fonction de veille technologique ", dit-il. Pour lui, la conjonction de ces deux fonctions permet d'articuler une "philosophie" du système d'information. Ses deux mots clés : flexibilité et manoeuvrabilité.


Le plan directeur, achevé en mars dernier et qui prévoit l'évolution du système d'information pour les trois à cinq ans à venir, a été tissé autour de ces deux axes. Pourquoi un tel accent mis sur la souplesse ? Pour cause d'e-business bien sûr, mais aussi parce que " en France Schneider est clairement dans un contexte de changement de périmètre, qu'il s'agisse de joint ventures ou de croissance externe ".


Bref, tout milite pour une informatique à géométrie variable, capable d'absorber très vite les changements et cela, pense Didier Rochas, impose nécessairement un système d'information " basé sur des composants applicatifs, reliés via une plate-forme d'intégration ". CQFD.

Le Gartner Group donne le la

Le Gartner Group est, avec le Giga Group et le Meta Group, un des grands faiseurs d'opinion de l'industrie informatique. Fort de ses 1 200 consultants, il est même le plus important des trois. Analysant les produits du marché, enquêtant chez les utilisateurs, il met à jour les grandes tendances de l'informatique.


Ses jugements sur l'offre sont craints par les vendeurs et respectés par les utilisateurs. Et c'est lui qui, à défaut de les inventer toujours, formalise et popularise les grands concepts. Qu'il décide de désigner par information broker la plate-forme d'intégration B2B et tous les offreurs de ce type de produits se retrouvent avec un information broker à leur catalogue. Même si auparavant ils l'appelaient "bus applicatif" ou "information bus" et plus encore s'ils ne savaient pas comment le nommer...


L'e-business et particulièrement l'intégration d'application est actuellement une de ses préoccupations majeures et il tenait à Londres, en septembre dernier, sa seconde conférence européenne sur le sujet. À cette occasion, on pouvait constater qu'un reproche parfois fait au groupe - sa trop grande polarisation sur le marché américain - n'avait pas lieu d'être. Parmi les spécialistes de l'intégration d'applications figuraient en bonne place Massimo Pezzini, ou Regina Casonato, dont les noms indiquent l'origine européenne.





Franck Barnu

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