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L'innovation doit créer de la valeur

PROPOS RECUEILLIS PAR MURIEL DE VÉRICOURT mvericourt@industrie-technologies.com
Récemment élu président du pôle de compétitivité Minalogic, Loïc Liétar est bien placé pour évoquer le potentiel des micro et nanotechnologies pour l'industrie des semi-conducteurs. D'autant plus que ce polytechnicien, diplômé en microélectronique de l'université d'Orsay, a effectué un parcours sans faute chez STMicroelectronics, où il travaille depuis 1985. Rencontre.

Vous venez d'être élu à la présidence du pôle de compétitivité mondial Minalogic. En quoi est-ce une opportunité pour STMicroelectronics, dont vous êtes l'un des vice-présidents ?

Loïc Liétar : C'est important car une partie de notre groupe a beaucoup reçu de l'écosystème grenoblois. Aujourd'hui, il est normal que nous aidions nos partenaires locaux, notamment en leur faisant partager notre vision sur les tendances d'avenir du secteur de l'électronique.

Ces tendances passent notamment par l'invention de nouveaux modèles d'innovation pour investir de nouvelles industries, comme le fait la microélectronique tous les dix ou quinze ans. Après l'informatique est ainsi venu le tour de la téléphonie mobile puis, aujourd'hui, celui de l'énergie et de l'environnement. La prochaine vague sera celle de la santé. Une perspective enrichissante, avec de fortes implications sociétales, qui motive beaucoup nos salariés !

Reste que nous devons apprendre à mieux connaître ce secteur. Si je m'assieds avec un médecin, nous risquons de ne pas nous comprendre et de plus, il est plus difficile de prendre des risques en commun avec des professionnels issus d'industries très éloignées des nôtres.

Le pôle nous offre la possibilité de faire des rencontres, de communiquer, d'apprendre à se parler et d'explorer ces nouvelles pistes. Les centres de recherche jouent de ce point de vue un rôle fondamental, car ils attirent des gens de secteurs très différents.

Quelles seront vos priorités en tant que président ?

L. L. : L'écosystème du semi-conducteur à Grenoble est extrêmement porteur : quatre ou cinq lieux à peine au monde disposent de la même « puissance de feu » ! L'un de mes objectifs consistera à renforcer encore cet écosystème. Pour moi, qui suis habitué à considérer des problématiques mondialisées parfois un peu abstraites au sein d'un grand groupe, l'importance de cet ancrage sur le territoire est stimulante et rafraîchissante. Les grands groupes ont l'habitude de jouer à l'échelle mondiale. En revanche, lorsqu'il s'agit de se réinventer, d'apprendre à connaître de nouveaux secteurs, passer par une réimplantation locale permet de rencontrer de nouveaux acteurs. Et c'est agréable, car cela remet un peu d'humain dans le système !

Dans le domaine des nanotechnologies, l'écart typiquement français entre le volume des publications scientifiques et celui des brevets est particulièrement flagrant. À quoi l'attribuez-vous ?

L. L. : C'est vrai, la France a des laboratoires scientifiques de classe mondiale et le flot de technologies qui en résulte est très supérieur à ce que les grands groupes peuvent absorber, d'autant plus que les entreprises de taille moyenne qui pourraient s'approprier ces technologies sont sous-représentées. Le sous-dimensionnement est encore plus important du côté des start-up, capables d'innover. Ce problème vient probablement de leur modèle de financement. La France est un des pays au monde les plus compétitifs en termes de R et D mais l'accès au capital y reste un problème. La logique du capital-risque et celle du monde technologique français ont du mal à se rencontrer.

Quels rôles peuvent jouer les pôles de compétitivité dans ce contexte ?

L.L. : Outre le financement, un capital-risqueur apporte beaucoup en termes d'expertise, de rencontres entre les acteurs, les entrepreneurs, les spécialistes de la propriété intellectuelle. Or un pôle peut précisément apporter cela. Par ailleurs, force est de constater que la plupart des petites entreprises qui font partie de Minalogic n'ont pas accès aux capitaux dont elles auraient besoin. C'est certainement un sujet sur lequel le pôle pourrait aider à identifier des solutions. Dans un tout autre registre, on pourrait aussi imaginer un fonds stratégique d'investissement dédié aux start-up.

La France investit-elle assez sur les nanotechnologies ?

L. L. : Oui. La question est de savoir où on alloue les ressources. Avant de mettre plus d'argent en amont, il faut être sûr que tout ce qu'on invente arrive sur le marché. L'invention pour l'invention n'est pas suffisante. L'innovation, c'est de l'invention qui crée de la valeur.

Le débat sur les nanotechnologies n'a pas été, c'est le moins qu'on puisse dire, serein, en particulier à Grenoble. Quelle leçon en tirez-vous ?

L. L. : Je pense que nous devons faire preuve de plus de clarté. L'industrie électronique a été opportuniste, elle a voulu surfer sur la vague nano, qui pendant un moment a été associée à une image flatteuse d'innovation. Elle souffre un peu du retour de bâton. Or les nanoparticules semblent effectivement poser question en termes de santé publique, mais c'est un monde qui ne concerne ni Minalogic, ni le secteur du semi-conducteur. Quant aux micro et nanosystèmes, ils existent depuis une trentaine d'années, par exemple dans les cartes à puce ou les systèmes de péage automatique. Dans ce domaine comme dans d'autres, la technologie peut tout faire. On peut fliquer les gens par exemple... mais rien ne sert pour autant de diaboliser l'innovation, la protection est à chercher du côté de l'éthique et de la loi. L'autre sujet de préoccupation qui concerne notre secteur est la substitution de parties du corps humain par des nanosystèmes... c'est de la pure science-fiction pour l'instant. Et quand bien même la technologie le permettrait un jour, la réglementation extrêmement stricte dans le domaine de la santé constitue à mon avis un rempart efficace.

Pourtant, les fantasmes qui ont pu se faire jour lors du débat public sur les nanotechnologies nous ont convaincus d'une chose : nous devons être plus pédagogues et plus transparents, pour faire savoir ce qu'est Minalogic. Le pôle labellise des projets industriels, sa vocation n'est pas de faire de la recherche sur le corps humain. Rien de ce que nous faisons ne représente la moindre menace.

Quelles sont les voies les plus prometteuses de la recherche dans le domaine des nanotechnologies pour l'industrie des semi-conducteurs ?

L. L. : On peut en distinguer deux, en lien avec la fameuse loi de Moore qui postule l'augmentation exponentielle de la puissance des microprocesseurs. Le premier axe, que l'on appelle « more Moore » implique de continuer à progresser dans la miniaturisation par le développement du process technologique lui-même. On parle de « more than Moore » pour le deuxième axe, qui consiste à trouver un moyen, en restant compatible avec le process de production de l'industrie du semi-conducteur, de faire davantage de traitements de l'information. Le nanosystème idéal, celui du futur, pourra fabriquer seul son énergie, la stocker, l'utiliser pour capter et analyser des données et transmettre de l'information au réseau.

SES 3 DATES

1985 Il est embauché comme concepteur de circuits intégrés analogiques chez Thomson Semiconducteurs, l'une des deux sociétés qui donneront naissance à STMicroelectronics. 2008 Il est nommé vice président corporate en charge de la stratégie et de la communication de STMicroelectronics. 2010 Il est élu président du pôle de compétitivité Minalogic.

MINALOGIC

Pôle de compétitivité mondial spécialisé dans les solutions miniaturisées « intelligentes » pour l'industrie, Minalogic, basé à Grenoble, repose sur le mariage des micro et nanotechnologies et de l'intelligence logicielle embarquée.

Un label pour des nano plus écolos

Créé en 2007 par le pôle de compétitivité Minalogic, le label Green (Grenoble efficacité énergétique) distingue les projets qui réduisent d'au moins 30 % la consommation énergétique et qui diminuent l'empreinte environnementale des produits issus des micro et nanotechnologies ou des procédés utilisés pour les fabriquer. Le pôle anime par ailleurs le groupe de travail « Green IT », créé à l'initiative de Bull et Business et Decision, qui s'intéresse à l'application de ces objectifs aux datacenters. Reste que sur plus de 130 projets labellisés, seuls une douzaine porte sur l'efficacité énergétique et seule une dizaine a obtenu le label Green.

vous lisez un article d'Industries & Technologies N°0923

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