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L'industrie s'ouvre aux SIG

Jean-François Prevéraud
- Largement utilisés par les services publics, les systèmes d'information géographique trouvent désormais des applications dans l'industrie. Après les services, la gestion des risques est la prochaine cible.

L'industrie est un utilisateur encore timide des systèmes d'information géographique (SIG) bien que des applications tels le géomarketing ou la gestion des actifs des opérateurs de réseaux aient prouvé leur intérêt. « Cette tiédeur est due au manque d'information notoire des industriels sur les capacités de ces systèmes, qu'ils imaginent spécifiques et chers », estime Françoise de Blomac, personnalité incontournable du monde des SIG en France.

Une situation qui devrait toutefois évoluer rapidement. Pour Guillaume Beauregard, directeur commercial de Géoconcept, « l'ouverture du marché a fait chuter le prix des données d'un facteur 100 en trois ans, alors que la couverture géographique devient exhaustive. De plus, leur tarification tient maintenant compte de l'usage qui en est fait. Ainsi, le prix d'une donnée peut varier de un pour une simple visualisation via Internet, à dix pour de l'optimisation logistique ».

La démocratisation grâce à la chute des prix

« Le SIG va effectivement devenir l'un des maillons du système d'information de l'entreprise. D'ailleurs les spécialistes des bases de données - comme Oracle -, l'ont bien compris qui proposent des cartouches spatiales traitant les informations géographiques », estime Yann Le Yhuélic, ingénieur commercial chez Autodesk. Un phénomène que les éditeurs de SIG ont anticipé et qui explique l'accord récent intervenu entre Autodesk, Intergraph et MapInfo, afin d'utiliser sur les serveurs spatiaux Oracle des données structurées de la même manière par leurs différents systèmes.

« Le géomarketing a été l'une des premières applications industrielles des SIG. Dix ans après, il se décline en une foultitude d'applications offrant un retour sur investissement en quelques mois », constate Guillaume Beauregard. Les industriels ont d'abord utilisé le géomarketing pour gérer leurs réseaux : implantation de points de vente ; optimisation des zones de couverture ; réorganisation de réseaux après fusion, etc. Ensuite est venu le géomerchandising afin d'adapter l'offre commerciale au profil des clients dans la zone concernée. L'optimisation permanente des secteurs commerciaux des forces de vente et la gestion des opérations de marketing direct complètent la panoplie.

Autre famille d'applications où les SIG ont déjà fait leurs preuves, l'optimisation de la logistique. Ils sont incontournables pour l'organisation et le suivi en temps réel des tournées, en limitant les kilomètres parcourus et en facilitant le juste-à-temps. Grâce aux SIG, les opérateurs des centres d'appels proposent aux clients des interventions plus rapides en pilotant en temps réel les équipes sur le terrain. Les réseaux d'assistance des constructeurs automobiles, mais aussi de biens d'équipements, tels les ascenseurs, fonctionnent ainsi.

« La mise en place d'un SIG dans un centre d'appels entraîne un gain de 15 à 30 % sur le nombre d'interventions des techniciens en limitant les temps perdus en déplacement », estime Guillaume Beauregard. « Le customer-care est une application idéale pour les SIG. Grâce à eux, les industriels localisent l'appel et qualifient facilement la réponse à apporter, à la fois en termes de moyens matériels et humains, afin de satisfaire au mieux le client. De plus, ces applications sont directement couplées aux outils d'ERP, ce qui permet de mieux suivre l'évolution du coût de ces services », surenchérit Pierre Billotey, directeur des ventes d'ESRI France.

Mieux gérer les risques industriels

En revanche, les entreprises restent encore timides vis-à-vis de l'utilisation des SIG pour la prévention et la gestion des risques industriels. Il faut dire à leur décharge que la législation dans le domaine est en pleine mutation et que beaucoup attendent qu'elle soit bien définie avant de se lancer.

Une pénurie d'équipement qui frappe aussi les Drire et les préfectures chargées de superviser ces risques d'un point de vue administratif. Seuls les services départementaux d'incendie et de secours semblent mieux équipés. Mais la mise en place d'outils communs à l'ensemble de la chaîne ou, pour le moins, capables de dialoguer, ne semble pas prévue à court terme. Un comble quand on sait que la sécurité repose pour beaucoup sur l'échange d'informations.

« L'industrie nucléaire a été sans doute l'une des premières à utiliser les SIG pour évaluer les risques dus à un accident », estime Pascal Hameury ingénieur commercial chez ESRI France. Tous en restant très évasif sur la nature exacte des applications en service. Il en va d'ailleurs de même dans les quelques grands groupes industriels qui se sont déjà dotés de SIG. Sans doute afin de ne pas affoler les populations voisines de leurs installations.

Les sites industriels à risque doivent, suivant la nature des dangers encourus, disposer d'études de dangers ; de plans d'opération interne ; de plans de prévention et d'intervention. Ces études sont généralement sous-traitées à des cabinets spécialisés, souvent issus de grands groupes industriels, qui utilisent des SIG. C'est, par exemple, le cas d'Aria Technologies, spécialiste de l'environnement atmosphérique, issu d'Air Liquide, ou de Rhoditech, filiale du groupe Rhodia.

« Le véritable démarrage des applications des SIG dans le domaine des risques industriels aura lieu en 2005, estime Pierre Billotey. L'accident d'AZF a montré l'intérêt de tels systèmes, mais il a aussi aiguisé l'appétit de beaucoup de charlatans qui ont proposé tout et n'importe quoi aux industriels. Ceux-ci, traumatisés, ont préféré ne pas investir dans l'urgence et se donner le temps de réflexion nécessaire pour se doter d'outils véritablement efficaces. Et de fait, de grands projets émergent actuellement, à la fois chez les industriels et chez leurs assureurs. »

1,75 milliard de dollars

C'est le marché mondial des SIG - Selon le cabinet américain Daratech, les SIG devraient représenter pour les utilisateurs une dépense de l'ordre de 1,75 milliard de dollars en 2003. Soit une croissance de 8 % par rapport à 2002. Les achats de licences de logiciels représentent les deux tiers de ces dépenses. Les éditeurs leaders restent ESRI et Intergraph, au coude à coude, aux alentours de 25 % de parts de marché chacun. Viennent ensuite Autodesk à 8,5 %, GE Network Solutions (Smallworld) à 8 %, Leica Geosystems à 6,5 %, MapInfo à 4,2 %, puis IBM GIS Business Unit et Sicad Geomatics.

SIG MODE D'EMPLOI

Pour être efficace, un système d'information géographique a besoin de trois composantes : des données, des outils d'analyse, des outils de présentation des résultats. - Les données sont de deux ordres : celles propres à l'entreprise et des données tierces (géographiques ; statistiques ; administratives ; comportementales...). - Les outils d'analyse et de présentation assurent, à l'aide de requêtes simples, une organisation logique et temporelle de données par essence hétérogènes. Celles-ci sont alors structurées de façon à offrir une visualisation simple des phénomènes que l'utilisateur souhaite analyser pour prendre ses décisions.

Les principales applications industrielles .Les spécialistes du domaine estiment que 80 % des données d'une entreprise ont une composante géographique. Les principales familles d'application sont :

- Géomarketing - Optimisation des forces de vente - Suivi et pilotage en temps réel de ressources - Optimisation logistique - Gestion de patrimoine et d'installations - Étude d'impact à l'implantation - Cartographie de niveaux de bruit - Dispersion d'odeurs - Dimensionnement de cheminées - Nuisance visuelle et risque de verglas dus aux panaches d'eau condensée - Évaluation des risques industriels sur l'environnement et les populations - Définition de périmètres de sécurité des installations fixes ou lors d'un accident de transport de produits dangereux ou inflammables- Diffusion de pollutions dans le sol - Écoulement surfacique des eaux - Dispersion d'effluents gazeux - Dégâts dus à des explosions - Évaluation des risques sismiques - Contribution respective de différents émissaires sur la pollution de l'air

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