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L'immunité au Covid-19 en cinq questions-clés

Alexandre Couto

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L'immunité au Covid-19 en cinq questions-clés

© DNA Script

Les connaissances avancent avec les travaux des chercheurs, mais de nombreuses interrogations restent. Industrie & Technologies revient sur cinq questions majeures pour mieux comprendre comment notre organisme se protège du SARS-CoV-2.

Que ce soit pour guider dans la mise au point d’un vaccin ou pour aider les pouvoirs publics dans leur stratégie, l’immunité au covid-19 constitue un enjeu majeur pour lutter efficacement contre la maladie. Développe-t-on des anticorps spécifiques au SARS-CoV-2 ? Sont-ils neutralisants ? Sont-ils identiques pour les malades asymptomatiques ? Pendant combien de temps protègent-ils l’organisme ? Peut-on bénéficier d’une immunité croisée, après avoir été soumis à d’autres coronavirus ?

Les interrogations restent nombreuses mais des pistes de réponses commencent à se dessiner avec l'accumulation des études scientifiques. Industrie & Technologies revient sur l’état des connaissances actuelles autour de cinq grandes questions concernant l’immunité.

1 – Tous les malades développent-il des anticorps spécifiques au SARS-CoV-2 ?

Plusieurs études parues pointent la production d’anticorps spécifiques chez les patients infectés par le SARS-CoV-2. 95 % des patients présentant des signes cliniques de la maladie ont en effet développé des anticorps. Toutefois, cette réponse immunitaire semble variable en fonction de la gravité des symptômes. « Les malades symptomatiques génèrent une quantité plus élevée d’anticorps que les personnes présentant des symptômes plus faibles », explique Morgane Bomsel, directrice de recherche au CNRS et cheffe de service immunité muqueuse à l’Institut Cochin.

Ce constat vaut également pour les patients asymptomatiques. Une étude parue mi-juin dans la revue Nature Medecine pointe que les malades n’ayant pas développés de signes cliniques montrent une réponse immunitaire plus faible, ainsi qu’une diminution plus rapide du taux d’anticorps après l’infection.

La production d’anticorps se déroule en plusieurs phases : les patients génèrent dans un premier temps des anticorps spécifiques à la région pulmonaire, les immunoglobulines A (IgA), qui apparaissent 4 jours après l’infection, puis des immunoglobulines M et G (IgM/IgG), plus nombreuses et qui apparaissent au bout de 7 jours.

2 - Ces anticorps sont-ils neutralisants ?

Sur cette question, de nombreuses incertitudes demeurent, faute de tests plus ciblés. Une étude pointe qu’une majorité des convalescents (78% selon l’étude) possède un taux significatif d’anticorps IgG ayant pour cible la protéine Spike (S) ou l’un de ses domaines. Cette protéine est considérée comme étant comme l’une des clés qui permet au virus de pénétrer dans les cellules, ce qui permettrait à ces anticorps d’être puissamment neutralisants.

S’il s’agit d’une piste intéressante, il est encore trop tôt pour crier victoire : pour Morgane Bomsel, nos connaissances ne sont pas encore suffisantes pour identifier le rôle neutralisant des anticorps. « Les études se focalisent sur les anticorps ciblant la protéine S, mais en réalité l’organisme produits de très nombreux anticorps en réaction au SARS-CoV-2 dont nous ne savons pas encore très bien à quoi ils servent. D’autres mécanismes de défense de l’organisme peuvent être plus importants. Ils nous faut d’autres études pour étendre nos connaissances », souligne-t-elle.

3 - Combien de temps ces anticorps restent-ils dans l’organisme ?

Là encore, les études ne sont pas suffisantes afin d’avoir une vision claire du processus. Deux pré-publications mises en ligne en juillet, l’une du King’s College et l’autre du Mount Sinai Hospital, pointant des quantités significatives d’anticorps potentiellement neutralisants, chez les malades ayant contractés une forme sévère de la maladie, jusqu’à 2 à 3 mois suivant la guérison. En revanche, chez les malades paucisymptomatiques ou asymptomatiques, ce taux chute rapidement. Selon l’étude menée par le King’s College, le taux d’IgG serait « peu significatif » au bout de 2 mois pour cette catégorie de malade.

Une étude du département Infection & Immunity de l’Université d’Amserdam, met en avant que cette diminution rapide des anticorps distingue le SARS-CoV-2 d’autres coronavirus comme le SRAS ou le MERS pour lesquels la réponse immunitaire persiste entre 12 et 34 mois. Pour les chercheurs, cette particularité rapproche le SARS-CoV-2 davantage du coronavirus humain (HCoV), responsable de rhumes, dans ce domaine.

4 – Quel est le rôle de l’immunité cellulaire ?

C’est l’une des dernières révélations : une immunité à long terme pourrait être développée même en l’absence d’anticorps dans l’organisme. C’est ce que dévoile une publication parue le 14 août dans la revue Cell. Cette forme d’immunité, appelée immunité cellulaire, repose sur les Lymphocytes T. Leurs rôle est de détruire les cellules infectées.

L’étude montre que la grande majorité des malades, symptomatiques ou non, développent une réponse immunitaire cellulaire, avec une production de lymphocytes T en réponse à une nouvelle infection. Ce qui pourrait permettre une immunité possible à long terme, ces lymphocytes gardant « en mémoire » l’infection.

Plus surprenant, une étude publiée dans la revue Science, le 4 août, montre que certains individus n’ayant jamais été infectés disposent également de cette forme d’immunité cellulaire.

« Ces résultats sont surprenant », pointe Morgane Bomsel, « L’hypothèse la plus probable est qu’il s’agit d’une forme d’immunité croisée développée au contact avec d’autres coronavirus. Mais cela reste à confirmer. »

5 – Peut-on être réinfecté une seconde fois ?

Ce serait le premier cas de réinfection vraiment démontré : en début de semaine, des chercheurs ont présenté le cas d'un homme originaire de Hong-Kong qui avait contracté la maladie en mars et qui a été testé positif une seconde fois, le 15 août, lors d’un passage à l’aéroport. Selon les prélèvements, il s’agirait d’une nouvelle souche du virus.

Pour Morgane Bomsel, cela n’est pas si surprenant « On s’y attendait », explique-t-elle, « après, il est difficile de tirer des conclusions avec ce cas en particulier. Nous ne pouvons généraliser les conclusions d’autant plus que nous n’avons pas toutes les informations concernant ce malade »

 

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