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Interview

L’exposition aux perturbateurs endocriniens n'est toujours pas réglementée

L’exposition aux perturbateurs endocriniens n'est toujours pas réglementée

La Commission européenne a renoncé pour la troisième fois, mardi 28 février, à soumettre au vote son projet de réglementation de l’utilisation des perturbateurs endocriniens, faute d’accord entre les parties prenantes sur la définition de ces substances, préoccupantes pour la santé humaine et l’environnement. Le dossier, qui permettrait l’entrée en vigueur de mesures réglementaires votées en 2009 pour encadrer l’utilisation de ces produits chimiques, devrait en principe être bouclé depuis trois ans, au point que près d’une centaine de scientifiques, dont Rémy Slama, épidémiologiste environnemental à l’Inserm de Grenoble, ont récemment dénoncé dans une tribune parue dans le quotidien Le Monde l’instauration d’une « manufacture du doute » par les industriels. Fin février, l’ONG Génération Future avait créé le buzz en révélant des mesures de taux importants de perturbateurs endocriniens dans les cheveux de personnalités écologistes dont Delphine Batho, Isabelle Autissier, Nicolas Hulot, José Bové, ou le candidat à la présidentielle Yannick Jadot.

Industrie & Technologies : Les niveaux de contamination relevés par Génération future sont-ils cohérents avec les données de la littérature scientifique ?

Rémy Slama : Le rapport de cette ONG n’est pas une étude scientifique à proprement parler. Pour autant, je mets pas ces mesures en doute. Elles sont cohérentes avec ce qui ressort de grosses études de biosurveillance, notamment celle portant sur l’imprégnation des femmes enceintes par les polluants de l’environnement, publiée en 2016 par l’agence nationale Santé Publique France. Je ne suis donc pas spécialement étonné.

Faut-il s’en inquiéter ?

C’est précisément la question qui est au cœur des débats actuels sur la réglementation des perturbateurs endocriniens (PE). Soit on considère que la logique des « doses limites » fonctionne et dans ce cas, relever de tels niveaux de contamination n’est pas problématique pour la santé. Soit on a des doutes sur la validité de l’approche d’identification des « doses limites » pour les PE, parce que certains effets pourraient survenir à des doses extrêmement faibles, ou être très difficiles à prévoir dans le cas d’une interaction avec d’autres substances, et dans ce cas la question des effets sanitaires de ces contaminations se pose avec acuité. Et d’un point de vue conceptuel, il faut admettre que montrer l’absence d’effet est quelque chose de très difficile. Ces doses limites représentent avant tout la frontière des connaissances toxicologiques, et ce à un moment donné...

Autrement dit, elles sont susceptibles d'évoluer?

Prenez par exemple le bisphénol-A (BPA) : la dose journalière autorisée (DJA) a été revue à la baisseen Europe en 2015, au fur et à mesure de l’accumulation des connaissances scientifiques sur les effets de ce produit, avec une division par plus de 10! Pour des substances comme le plomb, les valeurs limites dans le sang chez les enfants ont régulièrement décru, tous les 10 ou 20 ans, depuis le milieu du siècle dernier. Les DJA, à l’inverse, à ma connaissance ne sont que très rarement revues à la hausse…

 

Propos recueillis par Muriel de Vericourt

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