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« L’exposition aux nanomatériaux doit être évaluée tout au long du cycle de vie pour concevoir des produits plus sûrs », pointe Jérôme Rose, médaille d’argent 2020 du CNRS

Alexandre Couto
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« L’exposition aux nanomatériaux doit être évaluée tout au long du cycle de vie pour concevoir des produits plus sûrs », pointe Jérôme Rose, médaille d’argent 2020 du CNRS

Les nanomatériaux sont aujourd’hui présents dans de nombreux produits et introduisent des risques pour la santé et l'environnement. L'étude de leur dangerosité ne peut être dissociée des produits dans lesquels ils sont incorporés, pointe Jérôme Rose physico-chimiste en science de l’environnement au Centre Européen de recherche et d’enseignement des géosciences de l’environnement et médaille d’argent 2020 du CNRS. Il explique pour Industrie & Technologies comment concevoir des produits plus sûrs en évaluant l'exposition aux nanoparticules tout le long du cycle de vie des produits.

Industrie & Technologies : Vous avez dirigé pendant plusieurs années le laboratoire d’excellence (LabEx) Serenade, dédié à la recherche sur les nanomatériaux. Vous prônez de nouvelles règles de conception pour réduire leur dangerosité. Pouvez-vous nous préciser cette approche ?

Jérôme Rose : Elle part d’une observation que nous avons faite au sein du laboratoire : l’étude de dangerosité d’un nanomatériau ne peut être dissociée du produit dans lequel il est incorporé. Nous avons fait ce constat après avoir étudié de nombreuses applications, allant de plastiques aux peintures nano-chargés, en passant par les écrans Quantums Dots qui utilisent des nanomatériaux toxiques à base de cadmium. Nous avons même travaillé sur des crèmes solaires qui utilisent du dioxyde de titane (TiO2) pour filtrer les rayons UV.

Au travers de ces études de cas, nous sommes arrivés à la conclusion que la toxicité intrinsèque des nanomatériaux n’est pas le seul facteur à prendre en compte pour évaluer la dangerosité d’un produit. C’était pourtant l’approche qui était privilégiée. Il faut en réalité mieux comprendre l’interaction entre la particule et la matrice dans laquelle elle est incorporée. Il faut étudier le cycle de vie du produit pour identifier quand celui-ci relargue les particules.

Notre approche est donc d’évaluer le niveau d’exposition aux nanoparticules à différentes étapes de la vie d’un produit pour agir en conséquence. Un produit peut être toxique, mais non dangereux si le niveau d’exposition est faible ou nul. C’est un point essentiel de notre méthodologie : l’exposition aux nanomatériaux doit être mieux évaluée pour concevoir des produits plus sûrs.

Concevoir un produit plus sûr est donc le résultat d’une meilleure adéquation entre la matrice et la charge de nanomatériaux ?

Oui, tout à fait. Il faut en réalité traiter ces deux éléments en même temps pour agir sur les niveaux d’exposition. Dans certains cas, on peut substituer un nanomatériau à un autre. Par exemple, dans les affichages Quantum Dots, nous avons remplacé le cadmium par de l’indium. Certes le produit demeure toxique, mais le produit fini relargue moins de particules dans le[…]

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