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L'Europe relève le défi du New Space

MANUEL MORAGUES

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L'Europe relève le défi du New Space

La filière européenne du spatial s’est engagée dans une profonde transformation. De quoi prendre le virage du new space, synonyme d’un renouveau initié par une vague d’entrepreneurs, Elon Musk en tête avec SpaceX, qui ont cassé tous les codes du secteur.

Ce n’est pas aussi spectaculaire qu’une mise à feu d’Ariane, mais le lancement annoncé le 6 mai est crucial. ArianeGroup démarre la production des 14 premiers lanceurs Ariane 6 de série, qui voleront entre 2021 et 2023, parallèlement aux dix derniers exemplaires de la vénérable Ariane 5. Un démarrage in extremis pour la filière européenne – la fabrication d’une fusée prend deux ans –, permis par les garanties de marché enfin apportées par l’Agence spatiale européenne, mi-avril, après un an d’atermoiements et de querelles entre les États membres. L’enjeu est de taille : Ariane 6 est la réponse de l’Europe au trublion Elon Musk et à ses fusées Falcon [lire l’entretien page 24]. Le célèbre entrepreneur a bouleversé le secteur en cassant les prix avec SpaceX, devenu en quelques années un rival menaçant pour Ariane.

L’Europe a mis du temps à prendre l’américain au sérieux mais, malgré sa gouvernance complexe, elle a su agir vite. « Décidé en 2014 pour un vol inaugural en 2020, Ariane 6 marque une formidable accélération », se félicitait mi-avril Stéphane Israël, le président exécutif d’Arianespace, lors du séminaire Perspectives spatiales du cabinet Euroconsult. La réduction du coût de production a été la priorité. Ariane 6 doit être 40 à 50 % moins cher qu’Ariane 5. Le nouveau lanceur européen veut aussi pouvoir surfer sur la vague des constellations de satellites grâce, notamment, à un moteur cryogénique réallumable dans l’espace, qui lui permettra par exemple d’égrener une série de satellites sur différentes orbites. Le vol inaugural mettra d’ailleurs en orbite 30 minisatellites de l’américain OneWeb.

Ariane 6 ne constitue qu’un aspect du renouveau du spatial européen face au new space, dont SpaceX n’est lui-même qu’une facette. « Le new space, c’est la disruption du spatial par de nouveaux entrants qui considèrent que les coûts élevés de ce secteur historiquement tiré par les grands acteurs institutionnels et de la défense bloquent le développement de l’activité spatiale », expose Steve Bochinger, le directeur général adjoint d’Euroconsult. Trois entrepreneurs milliardaires, Jeff Bezos, Elon Musk et Richard Branson, ont donné le top départ, au début des années 2000, en se lançant dans les fusées avec leurs sociétés Blue Origin, SpaceX et Virgin Galactic, visant à démocratiser l’accès à l’espace.

Tous les paradigmes du secteur remis à plat

Aidés par la volonté de la Nasa de confier le développement de lanceurs au secteur privé, ils ont déclenché un séisme, dont l’épicentre est la Californie. Suivi, quelques années plus tard, d’un tsunami de start-up biberonnées au numérique et misant sur des constellations de satellites d’observation de la Terre, miniatures et low cost, pour fournir des services inédits. « La prise de conscience de l’intérêt des innovations radicales portées par ces start-up a provoqué un emballement à partir de 2013-2014, avec une floraison de projets de constellations dopées à l’intelligence artificielle », analyse Maxime Puteaux, d’Euroconsult. « Une bulle, estime-t-il, favorisée par les investissements massifs des géants américains du numérique et aujourd’hui renouvelée par les promesses de l’internet des objets. »

Les bulles sont destinées à éclater. Aucun des pionniers du new space n’a encore démontré la viabilité de modèles économiques réellement innovants. Les activités estampillées new space représentent à peine quelques pourcents du chiffre d’affaires du spatial. Qu’importe ! Les entrepreneurs californiens ont imposé leur remise à plat de tous les paradigmes du secteur : technologies, innovation, production, modèles économiques, segmentation de la chaîne de valeur… « Le new space a déjà transformé le secteur, au point que cela n’a plus trop de sens de parler de new space. Le new space, c’est le spatial d’aujourd’hui », tranche Maxime Puteaux. L’Europe l’a bien compris. Même[…]

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