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L'État soutient les start-up de façon quasi-aveugle

PROPOS RECUEILLIS PAR ANNE-KATELL MOUSSET
Les nanosciences en France ? Sommes-nous à la pointe, ou totalement dépassés par les Américains et les Asiatiques ? Un peu des deux, nous explique Robert Plana. Forts en recherche, nous sommes nettement moins bons en valorisation, il ne faudrait pas pour autant pas regarder passer le train sans monter dedans...

Une multitude de structures comme NanoInnov, pôles de compétitivité, C'nano... concourent au développement des nanosciences. Mais concrètement, où en est la recherche française ?

Robert Plana : 6 000 chercheurs font, en France, de la recherche sur les nanotechnologies. Notre force est là : dans la quantité de publications que produisent ces scientifiques dans tous les domaines : électroniques, matériaux, biomédecine... Le paradoxe c'est qu'en innovation proprement dite, nous ne sommes pas aussi bons. Nous n'arrivons pas à franchir le cap entre la découverte et la valorisation ! Pour illustrer le problème, il suffit de se tourner vers le CNRS : 4 000 brevets y dorment dans des cartons, seule une centaine est exploitée ! Je ne blâme pas les chercheurs, ce n'est juste pas leur travail. Il faut créer, autour d'eux, des structures aidant à valoriser ces connaissances. J'espère qu'avec les Instituts de recherche technologique (IRT) par exemple, nous allons progresser.

IT : Pourtant, des start-up se créent, des chercheurs arrivent donc bien à valoriser leurs travaux ?

R. P. : Oui, mais là encore, on peut améliorer des choses. En ce moment, on assiste à une politique de soutien quasi-aveugle de l'État envers ces nouvelles sociétés. Pour moi, le système n'est pas si vertueux : beaucoup d'entrepreneurs n'ont pas pour objectif de croître mais de se faire racheter par une multinationale. Les Allemands, par exemple, développent une vraie stratégie de création d'entreprises et d'emplois. Il faut être attentif vis-à-vis de ces start-up. L'émerveillement de l'État français n'est pas forcément rentable...

Je pense aussi qu'il faudrait insister sur certains secteurs. La nouvelle révolution des machines-outils par exemple. Nous avons laissé passer le créneau des microsystèmes, il ne faudrait pas laisser filer celui des nanosystèmes. Des nouveaux lasers, des nouveaux capteurs sont à inventer. Il s'agit d'un terrain où les produits sont très diversifiés et il s'agit de haute technologie pas assujettie à la compétition mondiale.

Et justement où en est l'industrialisation ?

R. P. : Les progrès scientifiques initiés, catalysés par les nanos - c'est-à-dire le bottom-up - permettent le développement de nombreux projets qui arrivent maintenant en phase de pré-industrialisation. Je pense par exemple à des nouvelles générations de capteurs. Grâce aux surfaces fonctionnalisées, on peut maintenant produire des détecteurs de givre. Les cristaux de glace en se déposant sur ces matériaux modifient leurs résistances électriques. Très prochainement, on verra arriver ces capteurs sur les avions, ou les voitures. Dans le domaine de l'énergie, Total s'intéresse de très près au développement de cellules photovoltaïques avec de meilleurs rendements. En nanomédecine, on voit apparaître des projets de vectorisation de médicaments ou d'imagerie à haute définition.

Rien ne ralentit donc le développement des nanotechnologies ?

R. P. : Si, la peur de la toxicité, surtout dans le domaine de la santé. En France, on manque de toxicologues et peu d'équipes travaillent sur le sujet, c'est un vrai problème. Surtout qu'évaluer la toxicité de nanoproduits n'est pas évident. Ça n'a rien à voir avec l'évaluation des conséquences de l'explosion d'une centrale nucléaire. Ici on est sur de très faibles doses dont il faut prévoir les conséquences sur une très longue durée, c'est compliqué. Et pour les industriels, développer un médicament pour s'apercevoir en fin de projet qu'il est toxique... ça coûte cher ! L'Union européenne a pourtant envie de favoriser le développement de ces nouveaux traitements. Par exemple, elle réfléchit à financer les phases de pré-toxicité : l'industriel prendrait moins de risque et serait incité à franchir le pas.

PARCOURS

Docteur en Physique, Robert Plana est chercheur au LAAS (laboratoire d'analyse et d'architecture des systèmes à Toulouse) et professeur à l'université Paul Sabatier. Directeur scientifique au CNRS, responsable du programme Nanosciences, il est à l'origine de l'initiative NanoInnov de l'ANR. Depuis janvier 2010, il est directeur scientifique chargé des nanosciences au ministère de la Recherche.

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