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L’enfouissement des déchets nucléaires, le choix de tous les pays nucléarisés

L’enfouissement des déchets nucléaires, le choix de tous les pays nucléarisés

Un tunnel de démonstration sur le site de stockage profond d'Onkalo en Finlande

© posiva Oy

Tandis que le gouvernement finlandais a approuvé  la construction d'un site de stockage profond de déchets radioactifs, les autres pays nucléarisés travaillent sur la question de la gestion des déchets radioactifs, parmi lesquels la France. Tous s'orentient vers des solutions de stockage profond, lesquelles posent la question de la réversibilité et de la mémoire.

Le stockage en formation géologique profonde des déchets est aujourd’hui la seule solution adoptée par les pays dotés de réacteurs nucléaires pour stocker les combustibles radioactifs usagés de haute activité. L'évacuation spatiale a été abandonnée face à son coût trop élevé tandis que le stockage en mer est interdit depuis 1995. Le stockage profond est aussi la solution préconisée par une directive de l’Union européenne datant de 2011. L'idée est qu'à une certaine profondeur - généralement autour de 500 mètres sous la surface - les installations sont affranchies de ce qui se passe en surface, qu’il s’agisse des activités naturelles ou d’origine humaine.

Pour le moment, ces combustibles usagés sont généralement stockés près des centrales en surface. Aucun pays n’a pour l’instant mis en place un système complet de gestion à long terme pour l’ensemble de ses déchets. Celui-ci comprend les déchets de faible et moyenne activité, qui peuvent être et sont déjà stockés en surface ou dans des centres de stockage à faible profondeur, et les déchets de haute activité ou  de moyenne activité à vie longue. Ceux-ci sont les plus problématiques : ils ont un niveau de radioactivité élevé et peuvent rester dangereux plusieurs centaines de milliers d'années.

La Finlande est aujourd’hui avec Onkalo le pays le plus avancé. La construction du sité a été approuvée par le gouvernement finlandais le jeudi 12 novembre. Juste derrière suit la Suède, pour laquelle le premier coup de pioche est prévu avant 2020. Le stockage des déchets se ferait alors à environ 500 mètres de profondeur à Forsmark, également dans une roche granitique. Le troisième pays le plus avancé est ensuite la France. Les autres pays qui travaillent sur le sujet sont les Etats-Unis, le Canada, le Japon, le Chine, la Corée du Sud, l’Espagne, la Suisse et la Belgique. L’exploitation de ces projets ne devrait pas commencer avant 2040 ou 2050, à l'exception du Japon pour lequel elle est prévue en 2035.

« Avant d’être exploités, tous ces projets ont les mêmes type d’étapes à valider, » explique Thibaud Labalette, le directeur de Cigéo, le projet de stockage français porté par l'Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs (Andra). « Celles-ci se déroulent toutefois différemment en raison de différences techniques. Le principe de base commun à toutes est d’assurer la sûreté du stockage sur une longue durée. Les différences fondamentales portent ensuite sur le volume de déchets à traiter, la nature de ceux-ci, et la nature des roches dans lesquels ils sont stockés. A titre d’exemple la Finlande a 4 réacteurs quand la France en a 58. Notre combustible usagé est un combustible retraité contrairement au leur, et nous les enfouirons dans de l’argile quand ils le feront dans du granite ».

Réversibilité et mémoire : sujets d'échanges internationaux

Conscients des intérêts qu’ils ont en commun sur ce dossier, les différents pays se réunissent régulièrement pour discuter. Depuis une dizaine d’années, à l’initiative de l’Andra, de plus en plus d’échanges ont lieu à l’international au sujet de la réversibilité.  « La réversibilité est le fait de pouvoir changer de technologies au cours du projet, en réaffinant les concepts, précise Thibaud Labalette. Choisir un stockage réversible nous demande donc de faire confiance à la géologie  et en même temps confiance dans les sociétés car nous sommes dans une échelle de temps qui nous dépasse. Nos échanges entre agences nous ont ainsi permis d’élaborer une échelle internationale de réversibilité ». En 2009 a été créée la plate-forme IGD-TP pour fédérer les recherches autour du stockage profond. Les recherches portent notamment sur le comportement des déchets au cours du temps, et sur le scellement et la fermeture des stockages.

Enfin, un sujet important est celui de la mémoire. Se souviendra-t-on dans 1 000 ans, ou dans 100 000 ans qu’il y a ici des déchets radioactifs enterrés ? Pour cela, comment devons-nous parler aux hommes qui vivront dans 100 000 ans ? Faut-il utiliser des marqueurs, des signalétiques en différentes langues et/ou des pictogrammes sur des monolithes, s'inspirer du Cri d'Edward Munch ou laisser le centre sombrer dans l'oubli ? Au cinéma, la question a été portée en 2010 par le film Into Eternity, un documentaire en forme de film de science-fiction de Michael Madsen sur la temporalité du projet finlandais. Il y a un an, une conférence internationale sur le sujet de la mémoire des sites de stockage de déchets dangereux a été organisée. Sémiologues, archéologues en paysage, conservateurs, historiens… se sont exprimés sur la nature du message à transmettre, son support ou le choix des institutions pour le conserver. Tandis que la construction du projet finlandais débute, la question reste ouverte…

Et en France ?

Lire : A 500 mètres sous la terre, l’Andra teste l’enfouissement des déchets nucléaires

En France, une loi relative aux recherches sur la gestion des déchets radioactifs était votée en 1991. Puis une nouvelle loi en 2006 avalise le principe du stockage profond. La loi prévoit un rendez-vous avec les parlementaires pour définir les conditions de réversibilité (options de sûreté et options techniques de récupérabilité). Mais le projet de texte relatif à cette question est retiré de la Loi de la transition énergétique, puis à nouveau retiré cette année de la Loi Macron, pour des questions de forme. Une nouvelle proposition de loi sera  débattue en 2016. Elle portera notamment sur les questions de gouvernance relatives à la réversibilité (l’étape d’enfouissement des déchets courant sur 100 ans, comment gérer un temps politique aussi long ?). La réponse donnée à celles-ci permettra à l’Andra de rendre un cahier technique sur la question en 2018. L’Agence de sûreté nucléaire (ASN) étudiera le dossier pendant trois ans avant de délivrer une autorisation de mise en service. En parallèle, un débat public aura lieu. Le début des travaux de construction de Cigéo ne commencera donc pas avant 2020. Puis le démarrage de l’installation commencera par une phase industrielle pilote, en 2025 au plus tôt.

 

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