Nous suivre Industrie Techno

L'endoscope fouille les entrailles du turboréacteur

Thierry Mahé

Sujets relatifs :

,
L'endoscope fouille les entrailles du turboréacteur

- L'endoscope (ici le modèle haut de gamme IFlex FX d'Olympus) autorise un diagnostic précis et complet du réacteur "sous aile" par le biais d'ouvertures prévues dès la conception.

© D.R.

- L'endoscope, appareil d'origine médicale, est devenu l'outil inséparable des techniciens de maintenance aéronautique.

«Les moteurs pèsent pour un tiers des frais de maintenance d'un avion de ligne. Il est devenu une règle d'inspecter le moteur "sous l'aile" sans avoir à le démonter, ni même le déposer : ce serait trop long et trop coûteux. » C'est Serge Deleurme qui s'exprime, responsable de l'école de formation des techniciens en maintenance des moteurs d'avions de Snecma Services (groupe Safran). Le centre, qui est basé sur l'aérodrome de Melun-Villaroche (Seine-et-Marne), assume la formation des techniciens des quatre sites, trois français, un belge, du constructeur. Ainsi que de sept sites des filiales à l'étranger.

Une activité devenue florissante, mais très concurrentielle, avec l'essor des compagnies low cost qui, toutes, sous-traitent la maintenance de leurs appareils - seules les grandes compagnies disposant encore de leurs propres ateliers.

Snecma Services est en particulier le numéro deux mondial dans la maintenance du CFM56, codéveloppé par General Electric et Snecma, et best-seller des turboréacteurs : 18 000 exemplaires ont déjà été vendus.

La notion de temps d'immobilisation en maintenance devient prépondérante. Ainsi les concepts de maintenance "on condition" (préventive, par anticipation) et de maintenance "on condition monitoring", c'est-à-dire conditionnée à la signature d'un défaut décelé par le réseau de capteurs embarqués, ou aux prémisses d'un dysfonctionnement. Heureusement, les techniciens disposent d'un merveilleux outil pour tout voir sans rien démonter : l'endoscope. Directement hérité du matériel médical utilisé, par exemple, en coloscopie.

Serge Deleurme explique : « Les constructeurs conçoivent leurs moteurs en fonction de l'endoscopie ! Ils prévoient dès le départ les trous de passage du flexible, les guides pour se faufiler jusqu'aux zones sensibles. »

Des témoins d'usure aux endroits critiques

La stratégie consistant à diagnostiquer le moteur "sous l'aile" est frappée au coin du bon sens. En effet, déposer-reposer le moteur prend au bas mot une demi-journée. Alors qu'une analyse visuelle à l'endoscope de la chambre de combustion s'effectue en une heure. Le plus long consistant à attendre trois heures que la dite chambre veuille bien refroidir !

Il est surtout important que le technicien puisse évaluer exactement un dommage. À cet effet, le constructeur ménage aux endroits critiques nombre de témoins d'usure. La formation, basée sur un cas réel, suivie par les techniciens leur apprend à être sensibles au moindre défaut. Ainsi, un changement de couleur indique une brûlure du métal. Il leur faut évaluer in situ, la capacité de réparer.

Car les pièces de la chambre de combustion, faites d'un alliage de fonderie monocristallin - c'est-à-dire hors de prix ! - sont susceptibles d'être réparées une fois. Les moteurs sont d'ailleurs conçus pour permettre d'isoler au plus juste la partie défectueuse. Par exemple, la chambre de compression du CFM56 est saucissonnée en 17 tronçons pouvant être indépendamment démontés et remplacés, façon plug and play. Concept qui fait loi chez tous les constructeurs et dénommé LRU pour Line Replaceable Units.

Des câbles flexibles de 4 mm de diamètre

L'endoscope est constitué d'une source de lumière à LED contenue dans le boîtier vidéo et d'une matrice CCD au bout du flexible gainé de métal. En fonction de l'orientation de la sonde et de la profondeur de champ désirée, l'appareil peut être équipé de différentes optiques. Automatiquement reconnues par les appareils les plus récents. Olympus vient de fournir le haut de gamme de ses appareils d'endoscopie industrielle à Snecma Service, l'IFlex FX.

Le japonais Olympus, connu surtout des photographes, développe fortement depuis trois ans son activité dans les domaines médical et industriel. Dans le contrôle industriel, il réalise plus du tiers de l'endoscopie industrielle mondiale. La firme a complété sa panoplie d'outils de contrôle non destructif et de capteurs par courants de Foucault. Les endoscopes de maintenance vont encore connaître d'importantes évolutions, comme le couplage sur la même sonde du capteur optique et d'un senseur à ultrasons.

Serge Deleurme explique : « Couramment utilisée depuis les années 1980, l'endoscopie fait des progrès incessants. On est passé d'un simple fibroscope aux vidéoscopes actuels. Et le diamètre du câble flexible s'est aminci de 10-12 mm à 4 mm aujourd'hui. » La dernière acquisition de Snecma Services, l'IFlex FX, se pilote avec un joystick et offre une définition de 600 x 800 pixels. Il est complètement durci, insensible à la poussière et à l'humidité, privé de ventilateur pour fonctionner en salle blanche. Et dans le cas du IFlex FX, la sonde peut supporter une température jusqu'à 100 °C. Ce sont bien sûr des appareils coûteux : jusqu'à 30 000 euros dans le cas du IFlex FX. Ce niveau de prix - et Snecma Services dispose d'une quinzaine d'appareils - justifie que l'endoscopie industrielle soit le fief d'industries de pointe comme le nucléaire, la F1... Leur usage commence cependant à se répandre chez les constructeurs d'automobiles, comme à la Société française de mécanique, récent client d'Olympus.

EN BREF

Le problème - Réduire le coût et le temps d'immobilisation des avions pour maintenance, dans un climat très concurrentiel. Les solutions - Combiner maintenance préventive, maintenance sur "signature de capteurs" et maintenance sur incident. - N'envoyer que la partie défectueuse du turboréacteur en réparation. - Limiter démontage et dépose du réacteur grâce à l'endoscopie.

vous lisez un article d'Industries & Technologies N°0897

Découvrir les articles de ce numéro Consultez les archives 2008 d'Industries & Technologies

Bienvenue !

Vous êtes désormais inscrits. Vous recevrez prochainement notre newsletter hebdomadaire Industrie & Technologies

Nous vous recommandons

Beam répare l'irréparable

Beam répare l'irréparable

La société alsacienne Beam, grâce à sa technologie de Construction laser additive directe (Clad), répare des[…]

L'avion volera au "gaz"

L'avion volera au "gaz"

Pour des réacteurs d'avion plus propres

Pour des réacteurs d'avion plus propres

LES TROIS DÉF IS TECHNOLOGIQ UES

LES TROIS DÉF IS TECHNOLOGIQ UES

Plus d'articles