Nous suivre Industrie Techno

L'électrochimie a encore de la réserve

Propos recueillis par Jean-Charles Guézel
- Il y a un peu plus d'un an, l'acquisition de Saft - leader mondial des piles et accumulateurs spéciaux - par l'investisseur financier britannique Doughty Hanson avait inquiété les pouvoirs publics. Aujourd'hui, le démarrage d'importants projets industriels rassure. Saft vient notamment d'inaugurer, à Poitiers, une ligne de fabrication de piles destinées à équiper des torpilles de la marine britannique pour les dix ans à venir.

Industrie et Technologies : À l'heure des télécoms et de la portabilité, la défense est-elle toujours un enjeu majeur pour le groupe ?

Khushrow K. Press : Le militaire pèse grosso modo pour un tiers de nos ventes. L'armée américaine est même notre premier client au monde. C'est dire l'importance de la défense dans notre activité, et par conséquent dans notre R&D.

Nous avons gagné le marché de la marine britannique en proposant à BAE Systems, pour ses torpilles, une pile de type chlorure d'argent-magnésium d'une puissance exceptionnelle compte tenu de sa taille. Assemblée sans électrolyte, cette pile ne s'active qu'au contact de l'eau.

Cela dit, le spatial et l'aéronautique représentent aussi des marchés de premier plan pour nos produits. Saft a été la première société à envoyer un matériel lithium-ion dans l'espace et nos batteries sont présentes à bord de deux avions sur trois dans le monde. Rien que sur ce créneau, nous disposons de plus de 400 modèles de générateurs ! Le nickel-cadmium domine, mais la filière lithium-ion est largement présente dans les nouveaux programmes.

I. T. : Comment votre R&D est-elle organisée ?

K. K. P. : Pour les trois quarts, elle est guidée par les projets commerciaux de nos usines. Le quart restant consiste en de la prospective à long terme, avec une grande liberté laissée à nos chercheurs. Mais, dans un cas comme dans l'autre, les principaux objectifs concernent l'amélioration des densités de puissance et d'énergie. Peu de gens savent que les énergies massiques actuelles, quelle que soit la technologie considérée, s'avèrent ridiculement faibles au regard des valeurs théoriques : de moins de 20 % pour le couple sodium-souffre à un peu plus de 35 % pour le nickel-métal-hydrure. Nous travaillons sur plus d'une dizaine de couples électrochimiques au total. Et partout, des progrès considérables sont à attendre, à un rythme de progression annuelle que je situerais entre 5 et 10 %. Même l'ultraclassique tandem plomb-acide, qui n'entre toutefois pas dans notre portfolio car trop "automobile grand public", n'est qu'au cinquième de ses possibilités...

I. T. : Tous les espoirs sont donc permis à la voiture électrique...

K. K. P. : Elle et le véhicule hybride sont effectivement au coeur de nos efforts de R & D. Sur les 11 000 véhicules électriques circulant en Europe, 9 500 ont recours à la technologie nickel-cadmium de Saft. Quand à nos accumulateurs lithium-ion, ils ont été retenus pour les démonstrateurs électriques et hybrides de la plupart des constructeurs automobiles européens et américains intéressés par ce marché.

Très récemment, nous avons dévoilé la batterie qui équipera le nouveau véhicule électrique de SVE, filiale de Dassault et Heuliez. Une voiture urbaine affichant plus de 200 km d'autonomie en mode urbain et 130 km/h en vitesse de pointe. Cet accumulateur lithium-ion a nécessité pas moins de quatre années d'études et de mise au point.

I. T. : Véhicule hybride-véhicule électrique, même combat ?

K. K. P. : D'un point de vue énergétique, les besoins sont en fait très différents. En électrique pur, nos recherches visent à augmenter l'énergie massique : 150 Wh/kg aujourd'hui en lithium-ion - avec une puissance de 0,4 kW/kg -, 200 Wh/kg dans cinq ans. Le véhicule hybride nous pousse en revanche à privilégier la puissance : 4 kW/kg aujourd'hui - avec une énergie réduite à 60 Wh/kg -, 8 kW/kg dans deux à trois ans. Contrairement à l'énergie stockée, la puissance disponible n'est théoriquement pas limitée et Saft a su faire des progrès remarquables dans ce domaine.

Énergie, puissance, nombre de cycles : tout est évidemment une question de matériaux d'électrodes et d'électrolytes. C'est pourquoi, entre autres collaborations, nous travaillons régulièrement avec l'Institut de chimie de la matière condensée de Bordeaux (ICMCB), un établissement situé non loin de notre principal centre de R&D. Pour vous donner un exemple concret, nous développons actuellement une nouvelle technologie lithium rechargeable "haute énergie" caractérisée par une tension de 5 volts au lieu de 3,8 à 4,2 volts habituellement.

I. T. : Point de salut hors du lithium-ion ?

K. K. P. : Tout dépend de l'application. Le nickel-cadmium est loin d'être obsolète. C'est d'ailleurs lui qui nous a permis de battre un record de puissance mondial avec 46 MW délivrés.

Mais le fait est que le lithium-ion offre aujourd'hui les meilleures perspectives dans de nombreux domaines. Cette filière est souvent mise en concurrence avec le lithium polymère. Si nous connaissons bien cette technologie, pour l'avoir longuement pratiquée, au point de détenir plusieurs brevets, nous n'y croyons pas vraiment parce que la puissance n'est pas là.

On parle aussi beaucoup des supercondensateurs. Là, c'est l'inverse : la puissance est là, mais pas l'énergie. Quant aux piles à combustible, très en vogue en ce moment, c'est pour moi davantage une vieille technologie qu'autre chose. Et elle peine à faire ses preuves dans les domaines où on veut la conduire. Dans dix ans peut-être...

LES CHIFFRES CLÉS

La R&D chez Saft - 350 personnes (sur un total de 4 000) dont 60 en recherche pure : 50 personnes au centre de R&D international de Bordeaux (Gironde), 10 à Cokeysville (Maryland, États-Unis) - 10 % du chiffre d'affaires (571 millions d'euros en 2003)

vous lisez un article d'Industries & Technologies N°0866

Découvrir les articles de ce numéro Consultez les archives 2005 d'Industries & Technologies

Bienvenue !

Vous êtes désormais inscrits. Vous recevrez prochainement notre newsletter hebdomadaire Industrie & Technologies

Nous vous recommandons

Mousses métalliques : l'acier pourrait remplacer l'aluminium

Mousses métalliques : l'acier pourrait remplacer l'aluminium

les chercheurs du CTIF et de l'École centrale de Lille ont mis au point des mousses métalliques à base d'acier moins chères et plus résistantes que[…]

01/04/2009 | MATÉRIAUXR & D
MATÉRIAU

MATÉRIAU

TÉLÉCOMS

TÉLÉCOMS

ÉLECTROMÉNAGER

ÉLECTROMÉNAGER

Plus d'articles