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L'électricité défie les profondeurs

cTHOMAS BLOSSEVILLE tblosseville@industrie-technologies.com

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Le gouvernement a lancé cet été un projet titanesque. Le consortium Transgreen vise à déployer un réseau de câbles électriques à travers la mer Méditerranée. Encore à l'étude, ce projet pourrait, à terme, raccorder l'Europe à l'Afrique du Nord, voire ensuite au Moyen-Orient. Précurseur d'un réseau électrique transcontinental, Transgreen devra d'abord prouver sa faisabilité. Et repousser les limites technologiques.

La fée électricité plonge dans le grand bain. Du moins dans les plans du consortium Transgreen, mené par EdF. Constitué cet été par le gouvernement, il réunit treize partenaires, dont Areva, Alstom ou encore Prysmian. Son projet : raccorder les réseaux électriques européen et nord-africain en passant au fond de la Méditerranée. Le consortium s'est accordé trois ans pour fixer une feuille de route. Zoom sur les défis technologiques qu'il devra surmonter.

Les stations de conversion devront être synchronisées

De l'Afrique du Nord vers l'Espagne, la Sicile ou la Sardaigne... Pour franchir la Méditerranée, les itinéraires idoines ne sont pas encore identifiés. Seule certitude, la liaison sera à courant continu pour réduire les pertes en ligne. L'idéal serait même d'installer les stations de conversion, pour se raccorder aux réseaux de distribution, au plus près des lieux de consommation. « Jusqu'à présent, seules des liaisons point à point avaient été réalisées en courant continu. Pour la première fois, ce sera maillé, avec plusieurs points de départ et d'arrivée », signale Pierre Marlard, spécialiste du sujet chez Atos Origin. Pour équilibrer le réseau, toutes les stations de conversion devront être synchronisées. Mais, avec le traditionnel courant alternatif, cette synchronisation repose sur la fréquence. « En courant continu, celle-ci est nulle. Il faudra donc développer un nouveau procédé », ajoute André Merlin, président du conseil de surveillance de RTE.

Les coûts d'investissement départageront les technologies candidates. « En général, les pertes d'énergie sont réduites en baissant le courant. Ce qui oblige, à puissance égale, à augmenter la tension. Mais jusqu'à combien ? », s'interroge Pierre Kayoun, vice-président de Nexans. Le fabricant de câbles assure pouvoir immerger une liaison à courant continu à une tension de 500 kV. Certains voient plus grand, comme Siemens : « en grimpant à 800 kV, l'investissement dans les infrastructures de transport serait réduit de 25 % », assure François Gerin, son directeur adjoint France. Mais plus la tension sera élevée, plus la facture pour convertir la basse en très haute tension sera salée. Entre les deux, un compromis reste à trouver.

Les câbles seront enveloppés dans des gaines de protection

Côté câble, les supraconducteurs, dont le matériau à très basse température perd toute résistance, ont été écartés. « Pour refroidir les câbles, la chaleur des pays africains imposerait la présence d'usines de production d'hélium ou d'azote liquide tout le long du réseau », justifie François Gerin. Sans oublier les systèmes à installer tous les dix kilomètres au fond de la Méditerranée.

« L'autre technologie candidate est le câble à masse imprégnée », propose Pierre Kayoun. Elle consiste à entourer le câble de rubans de papier préalablement trempés dans l'huile, qui servirait d'isolant. Et, autour, de superposer une gaine métallique, sûrement en plomb, une en acier pour résister à la pression mécanique, et une en plastique pour protéger de l'abrasion. Ainsi vêtue, la fée électricité n'a plus qu'à se jeter à l'eau.

L'ÉNERGIE DU DÉSERT

Le Plan solaire méditerranéen, lancé fin 2008, prévoit d'installer 20 GW de capacité de production d'énergie renouvelable, d'ici dix ans, dans les pays au sud et à l'est de la Méditerranée. L'investissement global est, pour l'instant, estimé entre 40 et 50 milliards d'euros. Pour contribuer à rentabiliser des centrales solaires installées au Sahara, le quart de cette puissance serait exportée vers l'Europe. C'est cette électricité qui doit traverser la Méditerranée grâce au projet Transgreen. Mais, outre les défis technologiques, il faudra palier l'hétérogénéité des conditions réglementaires et tarifaires entre les pays concernés.

UN PROJET PHARAONIQUE

À l'horizon 2020, le projet Transgreen prévoit la transmission à travers la Méditerranée de 5 GW électrique. Il réunit treize partenaires dont EdF, Areva et Alstom. FONDS ABYSSAUX Les câbles électriques pourraient plonger à des profondeurs inégalées, au-delà de 1 500 mètres. INVESTISSEMENT CONSÉQUENT Le budget nécessaire est pour l'instant estimé à, au moins, 8 milliards d'euros. TRÈS HAUTE TENSION Pour réduire les pertes en ligne, la liaison sera réalisée entre 400 et 800 kV.

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