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L'accélérateur de particules vérifie l'authenticité des bouteilles de vin

Industrie et  Technologies
Après la datation du vin par l'analyse de l'émission de césium 137, le Centre d'études nucléaires de Bordeaux Gradignan date le verre des bouteilles en étudiant le rayonnement X émis lorsqu'on les place sous un faisceau d'ions. Le tout sans les déboucher.


"Qu'importe le flacon pourvu que l'on ai l'ivresse" dit l'adage populaire. Reste que lorsque l'on achète un grand cru, surtout âgé, on souhaite ne pas être floué sur la qualité du vin. C'est ainsi que le Centre d'études nucléaires de Bordeaux Gradignan (CENBG-CNRS-IN2P32/Université Bordeaux 1) a détourné une méthode de détection des neutrinos en utilisant des spectromètres gamma ultra bas bruit de fond, développés en collaboration avec le constructeur Eurisys-Mesures, pour dater des bouteilles de Bordeaux, afin d'en vérifier le millésime.

Les premières mesures ont montré qu'un vin contenait essentiellement du potassium 40, un élément radioactif naturel. Mais certaines bouteilles de vin contiennent aussi du césium 137 (137Cs), radioélément anthropogénique. Un résultat qui a intéressé le Laboratoire interrégional de Bordeaux de la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF) qui était à la recherche d'une méthode simple et rapide de vérification du millésime. Restait encore à créer une base de données en analysant quelques vieux Bordeaux millésimés avec certitude.
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Evolution du taux de césium 137 dans les grands Bordeaux
de 1950 à  nos jours


Les mesures de la radioactivité de ces vins en fonction des années, toujours inférieure au Bq/l, présentent des "pics" d'activité en 137Cs, qui montrent que le vin garde la mémoire des retombées radioactives des essais nucléaires atmosphériques (années 1950-1963) et de l'accident de Tchernobyl (1986). Ces résultats indiquent qu'il existe donc une forte corrélation entre le taux de 137Cs et l'année de production.

Reste que cette méthode d'authentification du breuvage présente un gros inconvénient, il faut déboucher la bouteille car les mesures se font sur un échantillon de vin réduit en poudre. De plus, elle n'est applicable que sur des vins postérieurs à 1950.

Dater le verre pour préserver le vin

Aussi le CENBG développe-t-il une autre méthodologie de datation moins radicale. Il s'agit cette fois de d'authentifier non plus le vin, mais le verre de la bouteille en utilisant des faisceaux d'ions. L'analyse repose sur l'étude du rayonnement X émis lorsqu'on place une bouteille sous un faisceau d'ions produit par l'accélérateur de particules de la plate-forme pour les Applications interdisciplinaires de faisceaux d'ions en région Aquitaine (AIFIRA).



Une comparaison des résultats obtenus est ensuite effectuée avec une base de données certifiée. Celle-ci rassemble des données sur l'analyse du verre de 80 bouteilles de vins rouges du Bordelais, du 19e siècle à aujourd'hui, notamment de grands crus de Saint-Émilion ou du Médoc. L'authentification est possible grâce à la complexité des processus de fabrication du verre qui ont évolué au cours du temps et à la diversité des centres de production verriers qui donnent à chaque bouteille une "signature multi-élémentaire" caractéristique. Ainsi, on ne date plus le vin mais la bouteille qui le contient, sans l'ouvrir et sans affecter la qualité du breuvage.

Une capacité qui n'a pas échappée à la société britannique The Antique Wine Company, spécialisée dans le commerce international de vins fins. Celle-ci achète ou vend 10 000 bouteilles par an pour le compte de ses clients et gère un portefeuille de caves parmi les plus prestigieuses au monde, pour 17 000 clients répartis dans 67 pays. Elle souhaite via cette méthode proposer à sa clientèle un nouveau service d'authentification de bouteilles anciennes.

Elle a pour cela signé un contrat de 10 ans de coopération exclusif avec l'Atelier régional de caractérisation par analyse nucléaire élémentaire (Arcane), la cellule de transfert technologique du CENBG. Ce contrat porte dans un premier temps sur l'analyse d'environ 160 bouteilles en provenance des plus grands châteaux et des caves de la société, dont une grande partie servira à alimenter la base de données déjà initiée par Arcane. Dans un deuxième temps, à partir de novembre 2008, un service commercial d'expertise sera proposé à travers la création d'une société de droit français indépendante, VinCert.

Jean-François Prevéraud

Pour en savoir plus :  http://www.cenbg.in2p3.fr & http://www.antique-wine.com & http://www.vincert.com

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