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Julien Roitman, PRÉSIDENT DES INGÉNIEURS ET SCIENTIFIQUES DE FRANCE

cRIDHA LOUKIL rloukil@industrie-technologies

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À 66 ans, Julien Roitman déborde d'énergie. À la tête des Ingénieurs et Scientifiques de France, il s'emploie à redorer le blason du métier d'ingénieur, tout en poursuivant une activité de conseil aux entreprises. Dans un contexte marqué par la mutation de l'industrie, le regroupement des écoles et l'inflation des mastères scientifiques, la tâche n'est pas simple. Cet ancien d'IBM ne se laisse pas impressionner pour autant, fort de la confiance de ses pairs pour mener à bien les changements qui s'imposent. Portrait d'un ingénieur fortement engagé dans le monde associatif.

Depuis mai 2010, Julien Roitman est le représentant, le porte-parole, le patron d'une communauté de près de 850 000 personnes. Il est le président des Ingénieurs et Scientifiques de France, qui fédère les associations de cette communauté. Sa mission relève de la quadrature du cercle. Il doit enclencher une dynamique de changement tout en préservant l'esprit de l'existant. « Dans l'intérêt du pays, je suis attaché à la reconnaissance des métiers d'ingénieur et de scientifique, à la valorisation de leurs diplômes, et à la promotion de la filière de formation française », martèle-t-il.

Déclin de l'industrie en France, regroupement des écoles d'ingénieurs, inflation des mastères concurrents des diplômes d'ingénieur, critique des concours d'entrée, querelles de chapelle avec les universités... Le contexte est pour le moins difficile. Mais cet ancien d'IBM n'a pas peur des défis. À 66 ans, les cheveux blancs, il met toute l'énergie dont il a fait preuve chez Big Blue pour défendre la spécificité de la filière française des ingénieurs. « Il est l'homme de la situation. De par ses qualités et son expérience, il est aujourd'hui le mieux placé pour mener les changements qui s'imposent tout en gardant la cohésion de sa communauté », estime Mario Faure, son partenaire au sein de FRC Associés, cabinet de conseil en stratégie, gouvernance et développement.

Son engagement dans le monde associatif n'est pas nouveau. Il a déjà présidé l'association des anciens de Supélec. Il a également participé à France Compétitivité, une association qu'il a cofondée pour aider les pôles de compétitivité à se mettre en place et à se coordonner. Autant d'expériences qui lui valent aujourd'hui d'être reconnu et respecté par ses pairs.

L'HOMME

Un globetrotter

Julien Roitman est parisien et fier de l'être. Né dans la capitale en 1945, il adore flâner dans la Ville Lumière où il a grandi, fait ses études et commencé sa carrière professionnelle. Jusqu'à son entrée chez IBM en 1970, il ignore tout de la province et du reste du monde. La formation d'introduction à Big Blue le met en contact avec des gens venus de partout. Il découvre soudain une richesse inconnue. C'est le déclic. Il décide de rattraper le temps perdu en sillonnant la planète. Chaque voyage lui apporte ses enseignements et l'invite à se remettre en question. « On dit que les voyages forment la jeunesse, et cela est particulièrement vrai dans mon cas », confie-t-il.

À défaut d'être un grand sportif, cet homme à l'allure dynamique et au visage avenant se rattrape dans la lecture. Aidé par une capacité à lire vite, il dévore les ouvrages de toutes sortes : bandes dessinées, polars, science-fiction... À l'heure du tout numérique, il reste attaché au papier. Paradoxal pour quelqu'un qui a baigné pendant 35 ans dans l'informatique. Son goût pour la culture ne s'arrête pas là. Fasciné depuis le lycée par la notion d'homme honnête du XVIIe siècle, il s'intéresse aussi au théâtre, à la musique et à la peinture et affectionne tout particulièrement les peintres flamands.

Pour ce père de deux enfants et grand-père de cinq petits-enfants, la famille est une valeur fondamentale. Sa discrétion sur sa vie privée est la règle dans le milieu professionnel. Ceux qui le côtoient apprécient son franc-parler et son humour. « Il dit les choses dans des termes parfois crus et désagréables. Mais il le fait avec une telle sérénité que cela ne choque pas l'interlocuteur », explique Mario Faure.

L'INGÉNIEUR

Le souci du résultat

Pas facile de privilégier une orientation quand on est aussi bon en maths qu'en littérature. D'autant que Julien Roitman éprouve une passion pour l'archéologie et tout particulièrement l'égyptologie. Il choisit des études d'ingénieur par élimination. Avoir un oncle ingénieur de BTP a probablement joué en faveur de ce choix. « Je lui vouais une certaine admiration, confie-t-il. J'ai beaucoup appris de lui en matière de leadership. Sur un chantier, quand il fallait faire un travail difficile, il n'envoyait pas quelqu'un d'autre, il le faisait lui-même. » Dès son plus jeune âge, la science-fiction figure parmi ses lectures favorites. Une autre raison qui l'a peut-être inconsciemment mis sur la voie.

À Supélec, il suit un cheminement qui l'amène à passer de la physique à l'électronique, puis à l'informatique. Un domaine nouveau à l'époque mais qui le séduit immédiatement par ses exigences de réflexion.

De ses travaux pratiques à Supélec, il se souvient de cette anecdote au sujet d'un circuit électronique en panne : le professeur demande pourquoi il ne fonctionne pas. Réponse ? Parce qu'il n'a pas été conçu par un ingénieur. L'étudiant retiendra pour toujours la leçon. « Comme un artiste, compare-t-il, l'ingénieur imagine au départ quelque chose puis s'arrange pour que ça fonctionne. Il pioche dans ses connaissances, son expérience du terrain et sa capacité à apprendre pour trouver des solutions à des problèmes, les mettre en oeuvre et les faire aboutir. Tout ceci dans le respect des exigences du client en termes de coût, de délai, etc. » Une vision du métier d'ingénieur qu'il s'appliquera tout au long de sa vie professionnelle.

Chez IBM, où il passe toute sa carrière, il est à l'écoute des clients, qu'ils soient internes ou externes. Il se démène pour trouver des solutions à leurs problèmes. Chez Fina Petrol, par exemple, on se plaint de l'encombrement généré par les cartes perforées qui occupent toute une pièce. Il les aide à tout transférer sur disquettes magnétiques, une technologie toute neuve à l'époque.

« Il est assez entreprenant et n'hésite pas à frapper à de nouvelles portes. Orienté sur le résultat, il s'assure que tout se met en place et s'exécute bien », témoigne Bernard Dufau, ancien PDG d'IBM France. Ce souci du résultat, il le pousse jusqu'à l'obsession au risque de paraître aux yeux de certains comme cassant.

LE MANAGER

À l'écoute de ses équipes

Entré comme ingénieur commercial chez IBM, Julien Roitman y a souvent changé de métier et de poste. Mais pas d'entreprise. Une fidélité qui lui vaut de terminer sa carrière comme directeur général des opérations de Big Blue en France. « J'ai fait tous les métiers possibles dans l'informatique, à l'exception de la fabrication, souligne-t-il. J'ai beaucoup donné à IBM et j'ai beaucoup reçu. Écouter les autres n'était pas spontané chez moi. Je l'ai appris. Tout comme la priorité absolue du client, ou encore la recherche de l'excellence. »

À la direction générale de DE3I, une filiale commune d'IBM et de Dassault Électronique chargée de développer une activité d'intégration informatique, il est le père d'un service inédit, sa plus grande fierté aujourd'hui. À l'époque, les PC se vendent par millions et commencent à poser des problèmes de dépannage. Il crée alors le service d'assistance en ligne, connu aujourd'hui sous le nom de hotline, pour dépanner les clients à distance. Le service emporte un tel engouement qu'il est étendu aux autres plates-formes matérielles d'IBM.

Ce résultat, il le doit à son intuition, mais aussi à sa capacité d'écoute et d'entraînement. « C'est un manager au style participatif, décrit Bernard Dufau. Il sait mobiliser ses collaborateurs et les faire travailler en équipe pour en tirer de bonnes idées. Mais il ne se met jamais en avant. »

Conscient de l'importance de la dimension humaine dans le management, il met un point d'honneur à consacrer au moins autant de temps à la gestion de son personnel qu'à celle des affaires. L'humour utilisé spontanément est son style de management pour détendre l'atmosphère, titiller les collaborateurs et les motiver. Et ça marche à merveille, explique Mario Faure, son collègue aujourd'hui.

Julien Roitman ne cache pas ses ambitions ni son goût pour les responsabilités. « J'aime bien influencer le cours des choses, reconnaît-il. » Voilà de quoi conforter les Ingénieurs et Scientifiques de France, qui ont remis leur destin entre ses mains

SES 3 DATES

1970 Il sort de Supélec et entre à IBM comme ingénieur commercial 2001 Il devient directeur général des opérations d'IBM en France. Il occupera cette fonction jusqu'à son départ en 2005 2010 Il est nommé président des Ingénieurs et Scientifiques de France

PRÉSENTATION

Sa vision de l'ingénieur face aux nouveaux défis, donnée à la Convention mondiale des ingénieurs 2011. Sur www.industrie-technologies.com

SES 3 OBJETS FÉTICHES

UNE LITHOGRAPHIE Achetée à la fin des années 1970 quand il est devenu manager, cette lithographie de Fernand Léger représente un atelier d'usine. Elle l'a suivi tout au long de sa carrière. Elle illustre pour lui le rapport entre l'art, la science et la technologie. UN GLOBE DE CRISTAL Prix du président d'IBM France. Ce trophée lui a été remis en 1993 pour récompenser l'excellence de son travail accompli à la tête de l'équipe « IBM Technical Services ». UNE MAQUETTE D'AVION La maquette du Falcon 7X de Dassault Aviation, le premier avion à avoir été entièrement conçu en 3D sur ordinateur. Elle lui a été offerte à son départ d'IBM par le président de l'association Guide.

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