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Janus 2009 : le design à l’honneur

Jean-François Preveraud

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Janus 2009 : le design à l’honneur

Une édition qui met à l'honneur le développement durable et l'éco-design.La Master LED de Philips a obtenu un Janus de l'Industrie

© DR

Les Janus viennent d’être décernés. L’occasion de faire le point sur ces trophées qui récompensent depuis plus de 50 ans les meilleures réalisations dans de multiples secteurs. Avec en prime cette année, l’arrivée d’une mention éco-design. L’occasion aussi de parler retour sur investissement avec les lauréats.

J’ai participé cette semaine à la 54e cérémonie des Janus organisée par l’Institut Français du Design (IFD). Des Janus qui consacrent les meilleures réalisations en terme de design, mais qui contribuent aussi à promouvoir la réflexion créative, à optimiser l’investissement dans le design et à le transformer en avantage concurrentiel.

« Les Janus ont trois objectifs majeurs : valoriser le couple marque/produit ou service ; faire connaître aux industriels, aux collectivités, aux médias et au public, la démarche exemplaire des lauréats ; favoriser l’insertion professionnelle des jeunes designers », explique Anne-Marie Sargueil, présidente de l’IFD.

Les critères d’attribution sont au nombre de cinq et communs à toutes les catégories de Janus. Ils portent tant sur le processus d’élaboration du produit ou du service que sur le résultat. Plus de cinquante ans après avoir été définie par Jacques Viénot, fondateur de l’Institut d’Esthétique Industrielle, ancêtre de l’IFD, cette conviction, rebaptisée ‘‘les cinq E’’ pour Esthétique, Ergonomie, Économie, Éthique et Émotion, dicte aujourd’hui encore la sélection du jury. 



                                       

                                           La malette Medikit de Biogarand 
                                 pour faciliter le quotidien des enfants malades. 

                                         Elle a obtenu un Janus de la Santé


Soucieux de rester aux plus près des évolutions sociétales, le Janus se décline maintenant en différentes catégories :
 

  • Le Janus de l’Industrie : pour les produits industriels pensés dès leur conception pour apporter une valeur d’usage aux consommateurs ;
  • Le Janus de la Santé : pour les dispositifs médicaux rendant service au patient, à la personne avec un handicap et au personnel soignant ;
  • Le Janus du Commerce : pour les points de vente et les lieux de commerce qui améliorent l’expérience du client ;
  • Le Janus de la Cité : pour les initiatives exemplaires des collectivités en faveur des citoyens ;
  • Le Janus du Service : pour le lien entre les utilisateurs, les interfaces et l'objet ;
  • Le Janus Design Generation : pour les meilleurs projets de fin d’études réalisés par des étudiants designers.


Les équipes candidates aux Janus, constituées d’une entreprise et d’un concepteur viennent présenter à un jury d’experts pluridisciplinaires leur réflexion stratégique, leur cahier des charges et leur démarche. Cet exposé d’une vingtaine de minutes est étayé par la présentation du produit, s’il est déjà commercialisé, ou de visuels pour les projets en cours.

Un premier débat contradictoire avec le jury nourrit l’échange entre les candidats et le jury, qui délibère ensuite et procède à un vote. À l’issue de sa présentation, chaque équipe reçoit une synthèse des avis émis, ainsi qu’une cartographie le positionnant vis-à-vis des ‘‘cinq E’’.

Une nouvelle mention pour l’éco-design

En 2009, l’Institut Français du Design a créé une mention éco-design pour récompenser les lauréats des Janus les plus engagés. « Cette notion était déjà implicitement dans les Janus puisque dès 1953, Jacques Viénot avait écrit dans la Charte de l’Esthétique Industrielle : L’économie des moyens et des matières employées (prix de revient minimum) dès lors qu’elle ne nuit ni à la valeur fonctionnelle, ni à la qualité de l’ouvrage considéré, est condition déterminante de la beauté utile », explique Anne-Marie Sargueil.

Mais ce critère environnemental, de plus en plus présent dans tous les domaines de vie courante, pousse à davantage de transparence en termes de développement durable. D’où l’idée de cette mention éco-design qui a reçu le soutien de l’Ademe.

L’Institut Français du Design a chargé Evea, cabinet conseil en éco-conception et éco-innovation, d’établir les diagnostics nécessaires à l’attribution de cette mention pour les lauréats du Janus des années 2007, 2008 et 2009. Il a travaillé selon deux critères principaux : le niveau de développement de la démarche d'éco-design ; et les qualités environnementales du projet candidat. 


                                     

                                              Les sorties de toit modulaires Luminance 
                                            ont valu un Janus de l'Industrie à Poujoulat.



Toutes les entreprises inscrites reçoivent un document de restitution comprenant une fiche de synthèse, avec une analyse sur le plan méthodologique où sont mises en évidence les conséquences sur l'environnement et la société des choix de conception du projet récompensé. Une partie "Mise en perspective" permet d’élargir l’analyse et d’apporter un point de vue critique.

« J’ai été observateur des débats du jury pour réfléchir à l’intégration de la thématique, avec en amont, une expertise, et en aval, une restitution aux entreprises pour qu’elles puissent progresser sur des aspects méthodologiques », explique Jean-Baptiste Puyou, fondateur d’Evea. « Au-delà de la tentation du ‘‘greenwashing’’, les entreprises ont de réelles attentes vis-à-vis de l’éco-conception, afin de prendre une longueur d’avance sur leurs concurrents. Toutefois, ne rêvons pas, il n’y a pas de produit ‘‘écologique en soi’’, on ne peut qu’en réduire l’impact. Les progressions obtenues se mesurent donc par comparaison à l’état de l’art ou à des versions antérieures des produits de l’entreprise à services aux usagers comparables ».

Et cette démarche éco-design a fortement mobilisé l’ensemble des candidats sur cette première édition. « Mais avec une certaine humilité, les candidats sont conscients qu’il y a encore des progrès à faire et que leurs démarches peuvent s’améliorer. Ils sont déjà prêts à s’investir dans l’édition suivante ! ».

Quel est le ROI du design ?

J’ai profité de cette cérémonie pour demander aux participants quel était leur retour sur investissement dans le design. Les réponses ont été multiples.

Ainsi pour Pierre-Edouard Morin, qui a créé le couteau de table Vulcanien pour la maison Arbalète Genes David : « Le travail de design que nous avons mené autour de ce nouveau modèle, début d’une gamme d’articles de table baptisée Signature, accompagne le changement de stratégie de notre coutellerie, jusqu’ici très axée sur les modèles de type Laguiole maintenant très concurrencés par des produits bas de gamme. Avec cette approche, nous voulons pérenniser notre savoir-faire artisanal autour de produits innovants alliant ergonomie, esthétique, développement durable, et démarche sociale en développant un produit 100 % artisanal made in France ». 

                                        

                                                                    Le Vulcanien, 
                               premier né de la gamme Signature chez Arbalète Genes David, 
                                                    a obtenu un Janus de l'Industrie.

Chez Aldes, Pierre-André Schaller explique vouloir redonner une image de modernité à la VMC avec la nouvelle génération de bouche d'extraction autoréglable, Bap'Si. « Mais au-delà de l’esthétique, nous avons pu constater sur des produits antérieurs, qui avaient eux aussi obtenu un Janus, que c’est un plus pour être sélectionné par les installateurs par rapport à la concurrence. De plus, nous avons aussi profité de cette refonte pour optimiser notre process industriel pour fabriquer une gamme complète et évolutive ».

« Le Janus est en quelque sorte la reconnaissance de notre démarche. Il va nous permettre de communiquer et de nous faire remarquer, ce qui devrait nous aider au niveau commercial », reconnaît-on chez Aeolta, qui a mis au point une éolienne de toit pour zones urbaine.

L’avis est similaire chez RaidLight qui a développé une plate-forme collaborative grand public fonctionnant sur le Web : « La participation aux Janus nous a obligé à nous dépasser et à mieux formaliser nos réflexions sur le pourquoi et le comment du design dans un service. Cela a été très motivant pour nos salariés et maintenant l’obtention d’un Janus va nous permettre de faire reconnaître notre PME face aux grands éditeurs internationaux ».

L’obtention d’un Janus est aussi un bon vecteur de communication vers les professionnels. « Force est de reconnaître que sur un salon comme Batimat, tous les industriels qui ont obtenu un Janus le mette en avant sur leur stand et dans leur communication en utilisant largement le logo. C’est pour eux la reconnaissance de l’excellence de leur savoir-faire », constate André Sudrie, responsable de l’une des principales agences de communication du secteur.

Mais le design est aussi un accélérateur de progrès dans l’entreprise. « Le design a fait progresser notre équipe en la fédérant et en l’obligeant à aller plus loin dans les développements techniques », estime Marine Sibellas, designer du mobilier gonflable Air Concept chez My Note Deco.

On le voit, les retombés du design sont multiples tant au niveau commercial qu’au sein même de l’entreprise. Pour approfondir la démarche de ces industriels, je vous recommande d’aller visiter le site de l’Institut Français du Design et notamment la galerie des lauréats des Janus.

A la semaine prochaine

Pour en savoir plus : http://www.institutfrancaisdudesign.com

Jean-François Prevéraud, journaliste à Industrie & Technologies et l’Usine Nouvelle, suit depuis plus de 28 ans l’informatique industrielle et plus particulièrement les applications destinées au monde de la conception (CFAO, GDT, Calcul/Simulation, PLM…). Il a été à l’origine de la lettre bimensuelle Systèmes d’Informations Technologiques, qui a été intégrée à cette lettre Web hebdomadaire, dont il est maintenant le rédacteur en chef.
 

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