Nous suivre Industrie Techno

Jacques Delacour, un manager avec une vision...

Jacques Delacour, un manager avec une vision...

Jacques Delacour, OPTIS, Toulon, France

© © Geoffroy MATHIEU

Jacques Delacour a été distingué ce 6 décembre 2016 en recevant le prix "manager" des trophées des ingénieurs du futur, décernés par Industrie & Technologies et l'Usine Nouvelle. Le fondateur d'Optis, spécialiste de la simulation lumineuse, avait vu son parcours mis en avant dès 2013 par Industrie & Technologies, qui avait publié son portrait exclusif. Nous vous proposons de le redécouvrir.

Dans notre société hyper-médiatisée, une image séduisante peut faire basculer la décision en faveur d'un projet. Un enjeu qu'a bien saisi Jacques Delacour, fondateur de l'éditeur toulonnais spécialisé dans la simulation optique, Optis. Sans pour autant donner dans le grand spectacle. « Lorsque nous créons des images de synthèse, nous nous engageons sur le rendu réel des matériaux choisis dans les conditions d'éclairage fixées. L'image qui s'affiche à l'écran correspond à la façon dont on verra la scène dans la réalité. C'est ce qui fait notre succès », souligne-t-il.

Dès le lycée, Jacques Delacour a su qu'il voulait devenir ingénieur, pour monter son entreprise. À l'époque, il ne sait pas encore dans quel domaine. Le hasard des concours l'ayant conduit à intégrer l'École supérieure d'optique de Paris, le jeune homme se passionne pour cette discipline. Pour pallier la rusticité des logiciels de l'école, il développe dès 1985 dans sa chambre d'étudiant un logiciel de suivi de propagation des rayons lumineux dans les lentilles.

 

Tenir compte de l'énergie lumineuse

 

Un travail poursuivi dans le cadre d'une junior entreprise pour étudier le flux lumineux reçu par un capteur à fibre optique, avec plusieurs émetteurs et un seul récepteur. Il bascule alors vers la photométrie, qui consiste à quantifier l'énergie lumineuse émise par une source, à analyser son transport à travers un système optique et à évaluer le flux collecté par un capteur. Or du transport de photons à l'image de synthèse, il n'y a qu'un pas. Jacques Delacour le franchit et fonde Optis en 1989, avant de mettre au point le logiciel de simulation Speos en 1994.

Si Jacques Delacour a commencé ses travaux en développant des algorithmes plutôt dédiés à la simulation de rayonnements par des méthodes dites de Monte-Carlo, qui reposent sur l'utilisation de techniques probabilistes, il s'est rapidement focalisé sur l'étude de l'énergie lumineuse dans les systèmes optiques. En prêtant attention non seulement au rayonnement et au spectre, mais aussi à la façon dont les surfaces renvoient cette énergie, grâce à une fonction de distribution bidirectionnelle de la réflectance (BRDF). Celle-ci décrit l'apparence d'un matériau par son interaction avec la lumière en chacun des points de sa surface. Une notion d'énergie que les autres éditeurs de simulation n'utilisent pas, afin de simplifier les calculs.

 

Marier ingénierie et ophtalmologie

 

Cette prise en compte de l'énergie a aussi permis de développer un modèle de vision humaine. Optis a repris des abaques prédisant, en fonction de la quantité d'énergie dans un spectre, ce que l'oeil humain voit. Il y a ajouté une couche de perception visuelle, qui donne la luminance spectrale en tout point de l'image. « L'oeil est sensible à cette grandeur. En fonction du spectre du pixel dans l'image et de son niveau d'énergie, ainsi que de l'âge du spectateur, des éblouissements modifient la perception d'un objet. Cela sert par exemple dans l'automobile à prédire la lisibilité de l'information lumineuse en fonction de l'âge de l'individu, de la typographie, de la couleur choisie et de son niveau d'éclairement ou à déterminer la gêne créée par un reflet. »

Des technologies qui dès 2005 ont été au coeur de programmes de R&D avec des pôles de compétitivité. Marvest, mené avec le pôle Mer Paca, est un simulateur de conduite multisectoriel permettant d'évaluer les réactions de l'utilisateur face à un éblouissement ou dans des conditions météorologiques changeantes. Le second, Virtu'art, mené avec le Pôle Pégase, EADS et Eurocopter traite à partir de la maquette numérique un rendu visuel ultraréaliste en temps réel, dans un système immersif de réalité virtuelle.

Ces projets ont fait sortir la simulation temps réel hyperréaliste du laboratoire et ont conduit Optis à développer une plate-forme industrielle basée sur la technologie d'animation de la start-up Simplysim, acquise en 2011.

 

Valider la conception

 

Cette orientation a accéléré le développement d'Optis. En cinq ans, les effectifs de la société sont passés de 40 à 120 personnes, essentiellement des ingénieurs de R&D. L'automobile représente aujourd'hui plus de la moitié des ventes. Tous les constructeurs utilisent les logiciels d'Optis pour définir les phares et feux, ainsi que les tableaux de bord de leurs véhicules. Les constructeurs de véhicules haut de gamme s'en servent également pour valider la qualité perçue, par exemple en évaluant l'impact du coloris d'une peinture.

Le secteur de l'électronique est aussi très demandeur. Objectif : mieux gérer l'énergie des rétro-éclairages des écrans plats, et celle de l'éclairage, en particulier dans le cadre du passage aux LED. L'US Air Force utilise, elle, ces logiciels pour valider les lunettes destinées à prévenir l'éblouissement des pilotes par des lasers parasites, tandis que le CEA s'en sert pour définir ce que verra le système de contrôle optique du phénomène de fusion au coeur d'Iter. L'avenir ? « Sortir des bureaux d'études pour aller vers les utilisateurs finaux, grâce à des configurateurs qui permettront de valider visuellement les options choisies pour tout article, qu'il s'agisse d'aéronefs, de voitures ou de salles de commande », prédit Jacques Delacour.

Jean-François Prevéraud

Bienvenue !

Vous êtes désormais inscrits. Vous recevrez prochainement notre newsletter hebdomadaire Industrie & Technologies

Nous vous recommandons

Au Sido, les start-up misent sur l'IA pour séduire l'industrie

Au Sido, les start-up misent sur l'IA pour séduire l'industrie

Les start-up n'ont pas manqué le rendez-vous du salon international des objets connectés (Sido) de Lyon pour présenter leur[…]

Longévité des batteries, Microsoft IA, laser ultra-puissant… les innovations qui (re)donnent le sourire

Longévité des batteries, Microsoft IA, laser ultra-puissant… les innovations qui (re)donnent le sourire

Microsoft IA, cybersécurité IBM, ralenti vidéo… les meilleures innovations de la semaine

Microsoft IA, cybersécurité IBM, ralenti vidéo… les meilleures innovations de la semaine

La première Ecole IA Microsoft de Lyon

La première Ecole IA Microsoft de Lyon

Plus d'articles