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J’ai traversé Versailles en véhicule autonome avec Védécom

Jean-François Preveraud

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J’ai traversé Versailles en véhicule autonome avec Védécom

Versailles à l’avenir ne sera plus connu que pour son passé illustré par la Château, mais aussi pour son ancrage dans le futur comme berceau de l’expérimentation du véhicule autonome.

© DR

Météo exécrable, circulation dense, piétons indisciplinés, la voiture autonome de Védécom aura tout affronté avec succès en me faisant faire un tour dans la ville de Versailles sur routes ouvertes. Une première en France et peut-être dans le monde !

Splendide démonstration que celle faite cette semaine à Versailles par la voiture autonome développée par l’Institut Védécom. Le temps était exécrable (pluie, vent, feuilles mortes…), la circulation dense et anarchique à souhait, les touristes indisciplinés traversant au nez de la voiture, bref tout sauf des conditions idéales et bien ‘‘bordées’’ pour faire circuler un véhicule autonome. Pourtant Védécom n’a pas hésité à faire circuler sa voiture autonome aux abords du Château de Versailles, devant un parterre d’une trentaine de journalistes à l’œil critique.

Ce véhicule bi-mode (conduite manuelle et délégation de conduite de niveau 4) synthétise le savoir-faire français incarné par Védécom, illustrant la recherche partenariale publique/privée, sur le véhicule autonome. Il a été développé en moins de 18 mois, Védécom assurant l’intégration de multiples technologies provenant des constructeurs automobiles, d’équipementiers, mais aussi de laboratoires de recherche. (Voir notre reportage photos)

Bien loin des démonstrations médiatiques

Alors que de nombreux acteurs du véhicule autonome se gargarisent des exploits de leurs engins sur des parcours autoroutiers, allant même jusqu’à leur faire traverser les USA sur de grandes routes, ou naviguer sur des circuits fermés censés représenter la ville, Védécom a choisi la ‘‘vraie vie’’, en insérant sa voiture dans la circulation réelle d’une grande ville un vendredi en fin d’après-midi. « C’est beaucoup plus difficile de faire 2 km dans Versailles que 2 000 km entre les lignes délimitant les voies de portions quasi-rectilignes d’autoroute dans le Middle West. D’ailleurs nous étions les seuls à rouler sur routes ouvertes lors du congrès mondial sur les transports intelligents (ITS 2015) qui s’est tenu à Bordeaux début octobre », constate Guillaume Devauchelle, Président de Védécom.

« La démonstration à laquelle vous allez participer est le début d’une ‘‘aventure de la recherche’’, à laquelle nous allons vous faire participer régulièrement. Vous allez avancer en même temps que nous », nous promet-il.

Le démonstrateur utilisé par Védécom est une plate-forme électrique Renault Zoe sur laquelle ont été intégrés de multiples capteurs (2 caméras, 5 lasers, 2 radars, GPS, outils de connectivité locale…), le tout ayant bénéficié d’une véritable intégration stylistique réalisée par Estech.

Des capteurs existants dédiés à l’automobile

« Les radars et lasers permettent de percevoir la totalité de l’environnement et des obstacles fixes ou mobiles avec des technologies et des chaines de traitement différentes qui assurent la redondance indispensable à la sécurité. Il faut en effet pouvoir s’affranchir d’un capteur ayant un fonctionnement perturbé de manière définitive ou temporaire », explique Frédéric Mathis, Directeur du Programme Véhicule Autonome de Védécom.

                  
                       Un véhicule qui s'insère dans la circulation
                                       urbaine sans problème

Outre les capteurs pour le positionnement dans son environnement mouvant, le démonstrateur est aussi équipé d’outils de connectivité. Les barres de toit recèlent par exemple les antennes permettant de dialoguer avec les infrastructures, essentiellement les feux de signalisation pour le moment.

« Tous les capteurs que nous utilisons sont des capteurs automobiles dont la plupart sont déjà commercialisés à des prix abordables. Ils commencent d’ailleurs à équiper certains véhicules pour des aides à la conduite. Dans l’usage pour un véhicule autonome, le surcoût résidera donc essentiellement dans l’intelligence artificielle nécessaire pour analyser l’ensemble des informations et prendre les décisions ».

Le Slam limite la puissance de calcul

La puissance de calcul embarquée nécessaire pour gérer l’ensemble a été volontairement limitée par Védécom pour rester crédible, elle équivaut à celle de deux PC domestiques. « C’est possible car au lieu de capter toutes les données environnementales, puis de les fusionner et de les trier avec une grosse puissance de calcul, nous filtrons en amont ce qui nous intéresse pour n’avoir qu’un volume raisonnable de données à traiter afin de donner les ordres au véhicule ». Pour cela, le véhicule utilise une technologie de Slam (Simultaneous Localization And Mapping) développée en partenariat avec l’Inria.

Le rôle de Védécom
Védécom développe des briques technologiques répondant aux enjeux de délégation de conduite, en milieu urbain et périurbain des véhicules autonomes à travers :

  • Les architectures fonctionnelles sûres pour piloter un véhicule autonome à haut niveau de sureté de fonctionnement ;
  • Des algorithmes d’intelligence artificielle pour permettre au véhicule autonome de prendre des décisions ;
  • Des moyens d’essais pour simuler et tester des démonstrateurs en situations critiques et valider les solutions associées.

 

« Les technologies actuellement disponibles ne permettent pas de se localiser à centimètre près dans une ville, d’autant qu’il y a des zones blanches sans signal GPS par exemple. C’est pourquoi nous croyons beaucoup à la technologie Slam, qui est à la fois très performante et assez légère à embarquer ».

Dans cette technologie, le véhicule acquière en temps réel des ‘‘amers’’ au sol (bâtiment…) et se positionne en temps réel dans son environnement, afin de déterminer où sont les ‘‘voies navigables’’ et de définir la meilleure trajectoire pour le véhicule. Il faut pour cela gérer en permanence les obstacles fixes et dynamiques (autres véhicules, piétons…), tout en donnant la priorité à la sécurité, donc à l’arrêt du véhicule en anticipant les freinages.

La distance du Slam est variable en fonction de la vitesse du véhicule. Rien ne sert de tenir compte de bâtiments à 200 m à 360°, si vous roulez à 5 km/h dans un embouteillage. Le Slam convient parfaitement pour l’environnement urbain et périurbain où la vitesse est limitée. Pour faire de la haute vitesse, il faut ‘‘voir plus loin que les capteurs’’ donc communiquer avec les infrastructures et les autres véhicules. Dans le cas de cette démonstration urbaine les feux tricolores des carrefours traversés ont été équipés et dialoguent avec le véhicule.

Accumuler les kilomètres

A un moment, pour tester la technologie, il faut accumuler les kilomètres pour acquérir de l’expérience et valider les outils d’intelligence artificielle pour l’aide à la décision. La France était peut-être un peu en retard, mais les pouvoirs publics autorisant maintenant ces véhicules autonomes à rouler sur routes ouvertes, sous certaines conditions, elle va combler son retard très vite car de nombreux acteurs ont des approches performantes sur le sujet. C’est pourquoi Védécom a travaillé avec la Ville de Versailles et la Communauté de communes Versailles Grand Parc pour avoir accès à des zones d’expérimentation en routes ouvertes.

« L’ouverture de ces zones d’expérimentation est un avantage extraordinaire, car il permet de valider très vite les simulations faites en laboratoire et les essais menés sur pistes privées », estime Guillaume Devauchelle.

Mais il y a toujours derrière le volant un conducteur habilité à faire ce genre d’essais sur routes ouvertes, qui a été formé et entrainé pour reprendre le contrôle de la voiture en quelques dixièmes de secondes, en cas de problème. La seule dérogation au Code de la Route est qu’il n’est pas obligé de tenir le volant. Et c’est lui qui sera responsable en cas d’accident dans le cadre des expérimentations.

Une situation qu’il faudra faire évoluer lorsque les voitures autonomes seront effectivement commercialisées. Plusieurs instances mènent de nombreuses réflexions sur le sujet actuellement.

On est au début d’une nouvelle histoire de l’automobile.

Jean-François Prevéraud

Pour en savoir plus : http://vedecom.fr

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