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ISO 50 001 : pilotez vos performances énergétiques

HUGO LEROUX hleroux@industrie-technologies.com

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La norme ISO 50 001, publiée il y a un peu plus d'un an, vise à maîtriser les consommations énergétiques de l'entreprise. Encore mal connue dans l'industrie française, elle permet pourtant de structurer sa politique énergétique. Et de réaliser des économies substantielles, à condition de s'y prendre méthodiquement. Mode d'emploi.

Après l'environnement ou la qualité, les systèmes de management s'attaquent à l'énergie. L'outil : la récente norme ISO 50 001. Pour Charles-Pierre Bazin de Caix, chef de projet à l'Afnor, ce texte est incontournable. « Alors que les préconisations d'un audit énergétique peuvent rester dans les tiroirs, un système de management offre un cadre pour structurer son plan d'action. On touche à un des nerfs de la compétitivité : l'efficacité énergétique. » Reste qu'un an après sa sortie, l'ISO 50 001 décolle doucement. « Malgré leur intérêt croissant, les industriels hésitent encore. Si les coûts de l'énergie continuent de grimper, cette norme aura du succès », estime Jean-François Lucas, du Centre technique des industries aérauliques et thermiques (Cetiat). Le jeu en vaut-il la chandelle ? Pour le savoir, suivez le guide.

1. Réfléchissez avant de sauter

Si la norme est ouverte à toute entreprise, organiser un système de management engendre des dépenses en audits de certification, formation et réorganisation interne. L'ISO 50 001 s'adresse donc aux industriels pour qui l'énergie est un enjeu fort.

Gros consommateurs d'énergie, le papetier Condat, les usines et fonderies PSA de Mulhouse ou encore le fabricant d'encres Armor comptent parmi les premiers certifiés. Grâce à une politique suivie entre 2006 et 2011, cette dernière entreprise a ainsi réduit ses consommations électriques de 20 à 15,5 kWh/1 000 m2 et celles de gaz de 19 à 11,1 kWh.

Les candidats mettent aussi en avant un choix stratégique. « Nos clients, comme EDF, travaillent pour la plupart au coeur de l'efficacité énergétique. Cela fait donc sens d'améliorer notre propre performance », explique Sébastien Davion, responsable environnement du site lyonnais de Mersen, qui fabrique du matériel électrique.

Reste que la complexité d'une norme peut décourager. Heureusement, l'organisation ISO 50 001 s'intègre facilement sur des systèmes de management déjà en place, comme ceux des normes 9 001 (qualité) ou 14 001 (environnement).

Dernier élément à prendre en considération : les dispositifs fiscaux incitatifs. L'arrêté du 28 mars 2012 permet ainsi d'obtenir une bonification de 50 % à 100 % sur les certificats d'économie d'énergie (voir encadré).

2. Partez sur des bases solides

Une fois lancé, réaliser un état des lieux énergétique sérieux est capital. « Pour que la norme porte ses fruits, il faut disposer d'une photographie initiale des consommations suffisamment exhaustive pour planifier des actions à trois ou cinq ans », estime Jean-François Lucas.

Pour établir ce diagnostic, le document de référence de l'Ademe (BPX 30-120) fournit une base de travail. Le recours à un prestataire, oeil extérieur et spécialiste, peut aussi se révéler un choix judicieux.

Autre point à ne pas négliger : le comptage des performances économiques. « Au contraire des indicateurs environnementaux de la norme 14 001, les retours sur investissement liés à l'énergie sont toujours quantifiables », souligne Phillippe Torchet du cabinet de certification LRQA. Des indicateurs de performance clairs et une instrumentation du procédé garantissent un suivi efficace des actions d'amélioration.

Enfin, le succès de tout système de management repose sur l'adhésion du personnel. « C'est lui qui s'approprie les bonnes pratiques et fait remonter les problèmes, de la maintenance à l'administration », explique Sandra Adrian, pilote énergétique du site PSA Mulhouse. Pour faire adopter la démarche à ses quelque 8 300 employés, la direction a dû déployer une véritable stratégie de communication interne et de formation.

3. Allez-y à votre rythme

Vis-à-vis des équipes comme au niveau du management du projet, trouver le bon tempo s'avère fondamental. Quant à l'investissement, il peut être étalé. « L'objectif de performance est fixé sur une base volontaire. La norme n'impose pas non plus le rythme des actions d'amélioration. Le tout est de définir un plan, d'organiser le suivi et de s'y tenir », explique Vincent Decoorne, chargé d'affaire chez Bureau Veritas.

Le B-A-BA pour commencer en douceur ? Les « bonnes pratiques ». Détection systématique des fuites, relevé des anomalies aux compteurs, meilleure gestion de l'éclairage... chez Mersen, on chiffre à 7 % l'économie d'électricité obtenue grâce à la seule « éco-sensibilisation » du personnel.

Autre démarche gagnante : s'assurer régulièrement que votre consommation colle toujours à vos besoins. « Si l'activité a évolué, il peut être intéressant de renégocier le contrat énergétique avec votre fournisseur », propose Phillippe Torchet. Sur son site de Saint-Martin Longueau (Oise), le fabricant de filtres Camfil a réorganisé l'éclairage et redimensionné la chaufferie.

Au moment du renouvellement des appareils en fin de vie, le plan d'action peut aussi donner la priorité à l'efficacité énergétique. Des variateurs de vitesse sur les compresseurs ou les groupes froids, plus chers à l'achat, s'amortissent ainsi rapidement. Sur le long terme, l'accumulation d'actions peut enfin dégager des économies pouvant être réinvesties sur des travaux plus conséquents : modification des procédés, récupération de chaleur, travaux d'isolation... de quoi avancer pas à pas vers l'excellence énergétique. c

Armor amortit ses investissements grâce à la certification

L'arrêté du 28 mars 2012 est peut-être le dispositif incitatif qui manquait à la popularisation de la norme. Que dispose-t-il ? Que toute entreprise certifiée ISO 50 001 peut doubler ses certificats d'économies d'énergie (C2E) ! Pour rappel les C2E sont des subventions délivrées par les fournisseurs d'énergie après un investissement pour renforcer son efficacité énergétique. Le fabricant d'encres Armor, certifié depuis mars 2012, ne se l'est pas fait dire deux fois. Le plan d'amélioration continue de son site nantais incluait l'installation d'un réseau de récupération de la chaleur dégagée par les compresseurs d'air de son procédé. Un investissement de 51 000 euros sur lequel Armor va récupérer 37 000 euros en C2E. De quoi accélérer l'amortissement. Il en aurait récupéré moitié moins sans l'ISO 50 001.

PRATIQUEISO 50 001 c'est quoi ?

La norme balise la mise en place d'un système de management de l'énergie dans l'entreprise pour maîtriser les consommations d'énergie grâce à un suivi régulier. Elle a été publiée le 15 juin 2011. Elle est la déclinaison internationale de la norme européenne EN 16 001, qui existait depuis le 1er juillet 2009. Sa structure est très similaire à celles des « grands classiques » en matière de système de management - qualité (ISO 9 001) et environnement (ISO 14 001) Comme ces dernières, elle définit un cycle d'amélioration continue en quatre temps : Plan, Do, Check, Act (planification, mise en oeuvre, vérification, action) Les sites industriels français l'ayant adoptée sont encore peu nombreux. C'est pourtant un outil efficace pour réduire ses coûts énergétiques.

60 %

C'est la part des consommations énergétiques mondiales sur lesquelles l'ISO 50 001 peut avoir un impact. Source : Afnor

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