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INTERNET PART À L'ASSAUT DES OBJETS INTELLIGENTS

Ridha Loukil
INTERNET PART À L'ASSAUT DES OBJETS INTELLIGENTS

Chaudières, capteurs, compteurs ou véhicules de livraison ne sont que quelques exemples d'applications qui pourront utiliser le protocole IP pour communiquer.

© D.R.

Après les humains, les machines. Avec un protocole IP amélioré, le Net veut étendre sa toile aux capteurs et autres objets communicants.

Après avoir connecté les humains, Internet se lance à la conquête des machines. La création de l'alliance industrielle Ipso (IP for Smart Objects), à l'initiative de Cisco, marque le coup d'envoi de cette offensive. Objectif : promouvoir "l'Internet des objets" en imposant le protocole IP (Internet Protocol), le véhicule des données sur le Net, comme standard de communication pour les réseaux de capteurs et d'objets intelligents.

L'enjeu est de taille puisque le marché potentiel dépasse de loin celui des humains. Les applications se déclinent à l'infini. Un compteur d'électricité qui livre spontanément son relevé à distance. Un distributeur automatique qui demande son réapprovisionnement lorsqu'il se vide. Une cuve de gaz qui communique son niveau de remplissage. Un réservoir de produits dangereux qui alerte le service compétent en cas de fuite. Une poubelle qui réclame sa vidange lorsqu'elle est pleine. Une chaudière qui avertit le service de maintenance en cas de panne. Une alarme de sécurité qui appelle le service de surveillance dès qu'elle se déclenche. Un capteur cardiaque qui contacte le service d'urgence en cas d'anomalie. Un véhicule de transport de marchandises qui fournit au central de gestion sa position.

À des fins d'automatisation et de contrôle, les réseaux de capteurs et d'actionneurs tendent à être présents partout. Or ce sont des objets communicants qui transmettent des informations sur leur environnement aux endroits où elles pourront être analysées, répertoriées et corrélées (température, luminosité, vitesse, niveau, rythme cardiaque...). Leur application va de la domotique au bâtiment intelligent, de l'usine automatique au monitoring des patients en milieu hospitalier. Le potentiel d'objets à connecter se compte en dizaines, voire en centaines de milliards dans le monde.

Pour simplifier la gestion des réseaux

L'initiative IPSO prétend lever les obstacles au développement de ce gigantesque marché évalué par l'Idate à 220 milliards d'euros en 2010. Pour donner la parole à leurs produits, les industriels sont confrontés aujourd'hui à une multitude de protocoles de communication. Les uns sont propriétaires comme Z-Wave (promu par le danois Zensys pour le contrôle sans fil dans le bâtiment et l'industrie) ou RF4CE (poussé par Freescale pour le pilotage sans fil des appareils ménagers en remplacement de l'infrarouge). Les autres sont liés à des technologies radio normalisées comme Bluetooth, ZigBee ou NFC. « Dans une maison, un bâtiment ou un atelier, on se retrouve ainsi avec deux ou trois protocoles incompatibles entre eux. Pour faire dialoguer tout cela ou récupérer les informations sur un serveur Internet/Intranet, il faut passer par des passerelles, ce qui complique l'administration et augmente les coûts », explique Patrick Wetterwald, responsable des technologies avancées chez Cisco et président de l'alliance Ipso.

Universel par essence, le protocole IP efface ces inconvénients. D'autant qu'il fonctionne sur tous les supports de transmission radio de courte portée au standard IEEE 802.15.4, considéré comme le sésame de l'Internet des objets. C'est d'ailleurs ce support qui est exploité par des protocoles comme Z-Wave ou ZigBee. « L'emploi du protocole IP simplifie énormément la gestion des réseaux de capteurs. On pourra les administrer comme pour les individus avec des adresses e-mail ou des adresses de serveurs http », explique Stefan Gonnet, directeur marketing chez eDevice, une société bordelaise spécialisée dans l'Internet embarqué. Sans compter les économies générées par l'harmonisation avec les réseaux de traitement de l'information qui sont déjà à l'heure du protocole IP.

Face aux besoins énormes en adresses Internet, l'alliance Ipso préconise l'emploi du protocole IPv6, le successeur du protocole IPv4 à l'oeuvre depuis le début du Net. Deux améliorations techniques récentes rendent son utilisation dans les objets communicants envisageables. Elles sont apportées par l'IETF (Internet Engineering Task Force), l'organisme de normalisation des technologies Internet. La première réside dans la norme "6lowpan" pour IPv6 over low power wireless personal area networks. En compressant l'entête de signalisation des paquets à transmettre de 128 octets à seulement 2 ou 3 octets, elle respecte la contrainte de faible consommation des réseaux sans fil au standard IEEE 802.15.4. La seconde amélioration concerne le routage. Selon le principe du maillage, en cas de panne d'un noeud du réseau, l'information est aiguillée vers un autre noeud opérationnel capable de la relayer. « Nous continuerons à travailler avec les différents organismes de normalisation sur le sujet pour apporter des améliorations spécifiques à certaines applications », promet Patrick Wetterwald.

l'impact

- Lever les obstacles au développement des objets communicants. - Favoriser la mise en place rapide du protocole IPv6 dans l'Internet. - Évincer les protocoles de communication radio propriétaires ou encore peu développés. - Faire rentrer les équipementiers télécoms sur le marché du contrôle industriel.

PARTOUT LE MÊME PROTOCOLE DE COMMUNICATION...

IPv6, le nouveau protocole d'Internet, cherche à s'imposer comme le standard de communication dans les réseaux de capteurs et d'objets intelligents, en remplacement de la multitude de protocoles propriétaires ou liés aux technologies radio.

...GRÂCE À UNE INITIATIVE INDUSTRIELLE

l'alliance IPSO (IP for Smart Objets) associe 27 membres dont les équipementiers télécoms Ericsson et Cisco, les fournisseurs de puces Atmel et Freescale, les éditeurs de logiciels SAP et Sun Microsystems, et les utilisateurs finaux Emerson et Duke Energy. Deux français en font partie : EdF R & D et Watteco (spécialiste du contrôle d'énergie). Au programme Partage d'informations sur les applications et le marché, mise à disposition de documents techniques, suivi des progrès de la normalisation, organisation de démonstrations et tests d'interopérabilité.

UN MARCHÉ TRÈS CONVOITÉ

- Pour 2010, l'Idate estime à 2 milliards le nombre de machines connectées et à 100 milliards le nombre d'objets communicants (incluant la technologie RFID) dans le monde. - En Europe, SFR évalue le potentiel à 600 millions d'objets communicants. Ce marché, qui fait beaucoup fantasmer les opérateurs télécoms depuis des années, est maintenant convoité par les équipementiers télécoms comme Alcatel-Lucent, Cisco ou Ericsson.

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