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Intelligence de la matière et paramétrage juste nécessaire

Industrie et  Technologies
Avec le lancement de la Synchronous Technology, Siemens PLM Software propose une solution élégante pour s'affranchir du paramétrage lors de la modification de pièces ou d'assemblages. Une approche qui devrait faire école.


J'ai rencontré hier Dan Staples, responsable de l'activité Solid Edge chez Siemens PLM Software, accompagné de Bruce Boes, vice-président en charge du marketing de cette activité. Ceux-ci participaient à l'annonce de la nouvelle version de la suite Velocity Series qui intègre maintenant la Synchronous Technology, dévoilée lors de la Foire de Hanovre (Voir notre lettre du 24 avril). L'occasion d'en savoir un peu plus sur cette technologie de modification intuitive de la géométrie de modèles de pièces prismatiques, qui est disponible à la fois dans Solid Edge et dans NX.

« L'idée de la Synchronous Technology est née l'analyse des besoins réels de nos clients », explique Bruce Boes. « Ceux-ci veulent étudier et lancer leurs nouveaux produits plus vite sur le marché, sans faire grossir leurs équipes de développement. Ils veulent aussi gérer plus efficacement leurs processus et leurs données de conception sans augmenter leurs ressources informatiques, valider plus rapidement leurs projets grâce à la simulation et enfin optimiser la valeur ajoutée de leurs machines-outils. C'est ce que nous leur proposons depuis 2005 avec la suite Velocity Series qui comporte Solid Edge pour la conception, Femap pour la simulation, Teamcenter Express pour la GDT et Cam Express pour la fabrication, le tout pré-configuré autour des meilleures pratiques industrielles ».

Les chiffres montrent que le marché des PME est réceptif à ce type d'offre PLM qui lui est destiné. Alors que le marché global du PLM ne croit que de 8 %, ce segment enregistre une croissance de 12 à 15 %. Il représente déjà 30 % du marché global et devrait atteindre les 50 % dans les 3 ans. Un segment de marché sur lequel la suite Velocity Series se comporte très bien avec une croissance de 22 %.

Le paramétrage a atteint ses limites

« Mais il fallait aller plus loin, en facilitant la collaboration entre entreprises », constate Dan Staples. « Aujourd'hui les industriels font de plus en plus appel à des partenaires pour concevoir et réaliser tout ou partie de leurs projets. Mais pour cela, au-delà des problèmes de la récupération correcte des modèles qui sont à peu près résolus, se pose la question de la compréhension de leur paramétrage avant d'envisager de les modifier ».

De fait, l'utilisation optimale des principaux logiciels de CAO du marché, qui sont basés sur une modélisation paramétrique, impose de créer les modèles en ayant à l'esprit les modifications futures, ce qui n'est pas toujours trivial. Encore faut-il que le concepteur se rappelle du paramétrage qu'il a effectué lorsqu'il veut modifier son modèle ! Et quid de la modification des modèles par un concepteur tiers ! « Certes on peut se plonger dans l'étude du paramétrage du modèle reçu pour éviter de le faire exploser en cas de modification non prévue, mais c'est bien souvent plus long que de recréer le modèle. De plus, il faut rejouer l'intégralité de l'arbre de construction du modèle, même si l'on effectue une modification mineure très localisée ».

Effectivement, il semble bien que le paramétrage est atteint ses limites. Popularisé il y a 20 ans par Parametric Technology (PTC), celui s'est révélé très efficace pour concevoir rapidement des gammes de pièces similaires relativement simples. Mais les utilisateurs ont pris les éditeurs à leur propre discours marketing en allant vers des ensembles de pièces toujours plus importants et complexes, intégrant les modèles de multiples concepteurs, souvent issus de plusieurs systèmes de CAO. Des ensembles qu'il devient aujourd'hui très difficile de modifier. Même PTC, dont c'était pourtant la raison d'exister, se lance aujourd'hui dans la modélisation explicite en intégrant les outils de CoCreate. Et tous les autres éditeurs suivent en parlant de modélisation hybride. Mais l'approche de Siemens PLM Software me semble être la plus avancée.

Débrayer le paramétrage

L'idée de la Synchronous Technology est de pouvoir "débrayer" la paramétrisation sur la géométrie que l'on veut modifier, afin de pouvoir effectuer à la volée des modifications et en voir immédiatement le résultat. Tout cela sans perdre l'intelligence du modèle. En effet, au-delà d'un discours marketing quelque peu confus, la Synchronous Technology permet de modifier un modèle existant tout en lui gardant "l'intelligence de la matière" et le "paramétrage juste nécessaire".



Grâce à une nouvelle interface Windows, basée sur un compas doté de poignées de manipulation rapide des entités géométriques, on peut saisir une arrête, une face ou une zone et la déformer rapidement suivant ses besoins. Mais le modèle conserve son intelligence, il va ainsi vous indiquer qu'il existe par exemple des faces parallèles à celle que vous souhaitez déplacer, voulez-vous conserver cette caractéristique ? De même, si vous déplacez un trou vers l'extérieur de la pièce, la matière suivra pour continuer à englober le trou. Le système, grâce à une technologie baptisée Live Rules, détectera ainsi de nombreuses singularités et conditions géométriques ou fonctionnelles et vous demandera si vous souhaitez les conserver lors de la modification. Il apportera alors le paramétrage juste nécessaire. Et cela fonctionne aussi dans le contexte d'assemblage de multiples pièces.

« Nous pouvons maintenant faire des modifications critiques indépendamment de la façon dont le modèle a été construit, le tout sans devoir analyser la pièce au préalable », constate Sébastien Dufros, responsable du bureau d'études de Zalkin, fabricant de machines de bouchage, qui a pu tester la Synchronous Technology en avant-première.

Effectivement cette technologie apporte la liberté totale de faire des modifications non-planifiés et d'établir rapidement des règles lorsqu'elles sont connues. De plus, on peut copier des sous-ensembles géométriques et les dupliquer en les collant là où cela est nécessaire, par exemple des puits de vissage nervurés pour les pièces plastiques. Des sous-ensembles que l'on pourra ensuite faire évoluer de manière individuelle en fonction des besoins.

L'arrivée de la Synchronous Technology va aussi changer la donne en terme de formation, notamment pour les utilisateurs occasionnels. Plus besoin de comprendre la philosophie de paramétrage d'un logiciel de CAO pour créer et modifier des pièces. Certes il faudra encore une formation à l'utilisation du logiciel, mais celle-ci devrait être beaucoup plus légère du fait de l'intuitivité de la technologie mise en Å“uvre.

Velocity Series plus attractif

Tout cela rend Siemens PLM Software très confiant dans l'avenir. « Le développement de la Synchronous Technology nous a demandé un gros effort de R&D, plus d'une centaine d'ingénieurs pendant plus de trois ans, mais nous avons maintenant une technologie robuste que l'on peut déployer sans crainte auprès de nos utilisateurs. Elle entre tout à fait dans la tradition d'innovation chère au groupe Siemens. Elle a d'ailleurs été un élément important dans l'audit qui a précédé l'acquisition d'UGS par Siemens », confie Dan Staples. « De plus, cette technologie devrait être bientôt disponible dans tous les autres modules de Velocity Series, ainsi que dans les logiciels applicatifs tel la tôlerie ».

« Cette avancée technologique devrait nous permettre de réaliser en 6 mois ce que PTC a mis trois ans à faire à ces débuts », surenchérit Bruce Boes. « D'ailleurs nombre de distributeurs de solutions concurrentes sont entrain de revoir leur copie et nous approchent, attirés à la fois par les performances de Velocity Series et le support que le groupe Siemens entend apporter au recrutement de partenaires ».
« Nous disposons effectivement d'un renforcement important de notre coefficient d'attractivité », confirme Philippe Rouquayrol, responsable des ventes indirectes pour la France.

L'annonce de l'intégration de la Synchronous Technology dans Solid Edge ne doit pas pour autant faire oublier les nombreuses nouveautés intégrées dans la version 2008 de Velocity Series. J'ai notamment retenu : l'adoption de l'architecture de Teamcenter 2007, ainsi que la gestion des projets et programmes dans Teamcenter Express V4, qui dispose aussi d'un accès, via client Web léger, dédié aux équipes de fabrication ; l'arrivée de mailleurs solides 3D et surfaciques interactifs plus précis dans Femap V10 ; une optimisation des algorithmes de fraisage 3 axes et l'intégration de la technologie de Tecnomatix pour l'usinage par reconnaissance de formes dans le module de FAO Cam Express V6, qui lui aussi intègre la Synchronous Technology.

Et la concurrence ?

Cette idée de garder "l'intelligence de la matière" et de lui appliquer le "paramétrage juste nécessaire", nous rappelle les travaux fait dès 1999 par l'équipe d'Attilio Rimoldi qui avaient abouti à la création d'ImpactXoft et de la IX SPeeD Suite. Mais depuis la prise de participation de Dassault Systèmes fin 2002 et la prise de licence de la technologie par Autodesk fin 2006, nous n'en entendons plus guère parler. Gageons que les équipes de R&D de ces éditeurs travaillent toujours dessus. Notons pour la petite histoire qu'UGS Thaïlande avait pris en avril 2005 la distribution de IX SPeeD Suite pour ce pays. Siemens PLM Software Thaïlande va maintenant distribuer Solid Edge with Synchronous Technology. L'histoire a de ces raccourcis !

A la semaine prochaine

Pour en savoir plus : http://www.ugsplm.fr/products/solidedge/

Jean-François Prevéraud, journaliste à Industrie & Technologies et l'Usine Nouvelle, suit depuis plus de 26 ans l'informatique industrielle et plus particulièrement les applications destinées au monde de la conception (CFAO, GDT, Calcul/Simulation, PLM...). Il a été à l'origine de la lettre bimensuelle Systèmes d'Informations Technologiques, qui a été intégrée à cette lettre Web hebdomadaire, dont il est maintenant le rédacteur en chef.

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