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Intelligence artificielle : de l’Ars Magna de 1270 aux machines à penser actuelles

Intelligence artificielle : de l’Ars Magna de 1270 aux machines à penser actuelles

Dès le XIIIe siècle Raymond Lulle proposa une méthode et une machine à raisonner.

© DR

Alors que l’intelligence artificielle, qui s’immisce de plus en plus dans notre vie quotidienne à travers les voitures autonomes, les robots adaptatifs ou les systèmes d’aide à la décision, nous semble de la dernière modernité, certains savants du Moyen-Age s’intéressaient déjà à cette approche et créaient des machines à raisonner.

L’intelligence artificielle (IA) est la faculté donnée à certains programmes informatiques d’imiter le raisonnement humain et d’apprendre de l’expérience. Pour beaucoup les prémices de l’IA sont à rechercher dans l'article du mathématicien britannique Alan Turing ‘‘Computing Machinery and Intelligence’’ paru en octobre 1950. Ce précurseur de l’informatique y proposait notamment son fameux test de Turing permettant de qualifier une machine électronique de consciente. L’IA devint alors un domaine de recherches universitaires, notamment aux Etats-Unis, dès le milieu des années 50, et n’a depuis cesser de progresser.

Mais bien avant cela des savants ont essayé de comprendre et de modéliser la réflexion humaine, voire de l’inclure dans des ‘‘machines à raisonner’’. L’un des premiers ayant œuvré dans ce sens et laissé des traces écrites de ses travaux est l’érudit majorquin Ramon Llull (Raymond Lulle). Tout à la fois philosophe, écrivain, théologien franciscain et missionnaire, c’est l’une des personnalités importantes du Moyen-Age qui nous a laissé une œuvre écrite importante.

L’Ars Magna de Lulle

Afin de convaincre aux points de vue chrétiens les musulmans, qu’il considérait comme une civilisation avancée notamment dans le domaine des mathématiques, il utilisa dans ses raisonnements la logique, la symbologie et l’algèbre des savants arabes. Et il consigna le tout dans un livre. L’objectif était de disposer d’une méthode pour défendre et propager ses convictions de la manière la plus limpide possible.


       L'Ars Magna de Raymond Lulle
Il alla même plus loin en concevant et fabriquant sur ces bases une ‘‘machine logique’’ dérivées des Zairja qu’utilisaient les astrologues arabes. Dans cette ‘‘règle à calcul’’ les théories, sujets et prédicats théologiques étaient représentés sous forme de figures géométriques sur des cadrans concentriques, dont on déplaçait certains de manière aléatoire, tandis que d’autres se positionnaient automatiquement en fonction de la nature vraie ou fausse que l’on attribuait aux informations qu’ils portaient. Lulle affirmait que cette machine démontrait automatiquement la véracité ou l’inexactitude d’un postulat. Il baptisa cette ‘‘machine à penser’’ Ars Magna et écrivit plusieurs livres pour en expliquer la logique combinatoire et le fonctionnement.

Toutefois, il apparaît que cette théorie s’appuyait sur l’assimilation de la théologie à une philosophie, mettant sur un même plan vérités naturelles et surnaturelles, ce qui élimine toute ‘‘action divine’’ expliquant certains mystères de la religion. Cette mise sur un même niveau de la raison et de la foi, lui valut à l’époque de nombreuses critiques, tant du côté chrétien que musulman. De plus, cette machine n’utilisait que de la logique déductive ne lui permettant aucun apprentissage ou remise en cause des principes de base.

Cela n’empêcha pas Raymond Lulle de consigner vers 1275 tous ses savoirs sur la recherche et la démonstration de la vérité, dans un ouvrage baptisé Ars magna : compendiosa inventendi veritam (Le grand art : découverte concise de la vérité). Il y rassemble les préceptes exposés dans ses livres précédents pour faciliter la propagation de sa méthode pour convertir les musulmans. De fait, cette méthode est proche celles de Saint Augustin, de Thomas d’Aquin et de Roger Bacon. Elle s’apparente à la scolastique, enseignée dans les universités du Moyen-Age, qui combinait la philosophie grecque avec la théologie chrétienne.

Vers les machines à penser

En dehors de ce cadre religieux, la démarche combinatoire qui était derrière intéressa au XVIIe siècle le philosophe, scientifique et mathématicien allemand Gottfried Wilhelm Leibniz qui jeta les bases de la logique à l’origine de l’informatique. Une science qui a su tirer parti des fabuleuses augmentations des capacités de calcul des machines, capables aujourd’hui de traiter le big data ou de faire tourner des algorithmes de deep learning, qui permettent à la machine d’apprendre.

On est ainsi passé en 8 siècles de la logique déductive de l’Ars Magna à de véritables machines à penser, pouvant dans certains cas se substituer à l’homme. Ce qui n’est pas sans inquiéter nombre de spécialistes.

Et ça, c’est nouveau !

Jean-François Prevéraud

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