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Intelligence artificielle : A Paris, Facebook collaborera avec l'Inria, dans une logique d'Open Innovation

Intelligence artificielle : A Paris, Facebook collaborera avec l'Inria, dans une logique d'Open Innovation

"L’idée de Facebook n’est pas d’assécher le vivier et de prendre tous les meilleurs chercheurs", assure François Sillion, directeur général délégué à la science d'Inria.

© INRIA

Facebook a choisi Paris pour installer son troisième centre de recherche dédié à l'intelligence artificielle. Cette nouvelle cellule planchera sur des problématiques d'apprentissage automatique, de traitement du langage naturel et de reconnaissance d'images. Le réseau social entend s'inscrire dans une logique d'Open Innvovation et entretenir des liens étroits avec la communauté scientifique locale. Un partenariat a d'ailleurs d'ores et déjà été noué avec l'Inria. Les détails de cette collaboration avec François Sillion, directeur général délégué à la science de l'institut de recherche.

Mardi 2 juin, Facebook a annoncé l'ouverture d'un centre de recherche dédié à l'intelligence artificielle à Paris. Dirigé par le français Yann LeCun, le département FAIR, pour Facebook Artificial Intelligence Research, comptait jusqu'à présent deux pôles basés en Californie et à New-York. Le centre parisien, qui à terme devrait compter 15 collaborateurs permanents, sera piloté par Florent Perronnin, qui a longtemps travaillé pour le XRCE de Xerox à Grenoble. En déployant cette nouvelle cellule à Paris, Facebook entend entretenir des liens étroits avec la communauté scientifique. Un premier partenariat a d'ailleurs été noué avec l'Institut national de recherche en informatique et en automatique (Inria). François Sillion, directeur général délégué à la science de l'institution publique, revient pour Industrie & Technologies sur les détails et les enjeux de cette collaboration. 

I&T : Concrètement quelle forme va prendre votre collaboration avec Facebook ?

F.S : L’objectif n’est pas de développer de nouveaux produits. Nous allons collaborer avec Facebook dans le cadre de sujets de recherche scientifique de relativement long terme, typiquement pour l’encadrement de thèses. Certaines pourront éventuellement être financées par Facebook. Pour l’instant, nous n’avons signé qu’une déclaration selon laquelle nous avions envie de travailler ensemble. Il faut encore que nous définissions plus précisément certaines clauses, notamment celles liées à la propriété industrielle et à la propriété intellectuelle, comme nous avons l’habitude de le faire avec d’autres partenaires. Il faut également que nous définissions des sujets précis de recherche. Nous allons lancer des appels à projets pour recruter des doctorants.

I&T : Pourquoi ce partenariat est-il intéressant pour l’Inria ?

F.S : Ce genre de partenariat donne à nos équipes une ouverture sur le monde réel avec une vraie dimension des problèmes concrets que se posent aujourd’hui les entreprises du monde du numérique. Cela leur permet de travailler en prise avec la réalité. Nos chercheurs pourront, par exemple, se rendre au centre de recherche de Facebook pour tester leurs algorithmes sur les données du réseau social.

I&T : L’intelligence artificielle est un vaste domaine. Sur quels sujets allez-vous travailler ensemble ?

F. S : Nous avons défini trois pistes. La première concerne les techniques d’apprentissage. Ici, l’objectif pour Facebook est de pouvoir trouver des informations pertinentes pour mettre en relation ses membres. Pour l’Inria, les applications sont extrêmement variées. Dans tous les secteurs d’activité, on accumule et on produit des quantités de données. Ces techniques d’apprentissage doivent apporter une véritable aide à la décision, dans le secteur de la médecine, par exemple, où il est possible de trouver du sens en croisant les données individualisées des patients. La deuxième piste est directement liée aux images et à la vidéo. Facebook veut être capable de reconnaître des objets, des personnes, des comportements dans des vidéos et des images. Le dernier axe, enfin, concerne le traitement et la reconnaissance de la langue naturelle. Aujourd’hui, les performances des assistants comme Siri d’Apple ou Now de Google sont encore limitées. On les prend assez facilement en défaut. L’objectif est d’aller au-delà de la syntaxe et de la description des choses pour comprendre le sens qu’il y a ailleurs.

I&T : Aujourd’hui, quels sont les principaux défis de l’intelligence artificielle ?

F. S : C’est d’arriver à s’éloigner du niveau le plus basique. Au niveau du texte, l’idée est de se décoller des mots pour atteindre des niveaux d’abstraction plus élevés, afin qu’un ordinateur puisse comprendre une métaphore, des illusions. L’autre défi est davantage technologique. Aujourd’hui, le super ordinateur Watson d’IBM requiert une puissance de calcul gigantesque, ce qui a un prix. Il faut pouvoir arriver à ce niveau-là mais avec un coût raisonnable. On ne peut pas simplement compter sur la progression des capacités d’un ordinateur, il faut également faire des progrès assez fins en termes algorithmiques.

I&T : Facebook va-t-il entrer en compétition avec les autres laboratoires français spécialistes du sujet ?

F.S : Facebook publiera ses résultats de recherche donc forcément il y aura une compétition avec les autres laboratoires, mais cette compétition ne sera pas plus vive que la compétition qui existe déjà entre tous les laboratoires de recherche du monde entier. Les chercheurs veulent toujours faire les découvertes en premier. Il y a, à la fois de la compétition et de la collaboration. Le monde de la recherche est basé sur ce mélange.

I&T : Ne craignez-vous pas que Facebook vous "pique" vos chercheurs ?

F.S : Je ne peux pas dire que nous avons peur, leur approche est assez saine. L’idée de Facebook n’est pas d’assécher le vivier et de prendre tous les meilleurs chercheurs. Plutôt que de faire une sorte d’OPA sur des chercheurs dans un domaine en particulier, ils préfèrent collaborer, être dans une démarche d’Open Innovation afin de conserver des interactions fructueuses avec le reste de la communauté.

I&T : Ce n’est pas la première fois que l’Inria collabore avec un géant américain…

F. S : Non, avec Microsoft, par exemple, nous avons même défini un laboratoire commun dans le cadre d’un engagement pluriannuel. Il s’agit d’un partenariat plus structuré où les chercheurs des deux parties s’engagent à travailler sur des projets pendant plusieurs années. On partage alors une vision stratégique avec l’entreprise.

I&T : Espérez-vous arriver à une telle collaboration avec Facebook ?

F. S : Très clairement ce type de partenariat nous intéresse car cela permet de motiver plus facilement des chercheurs qui sont extrêmement sollicités et qui peuvent avoir l’impression de faire de la prestation de services intellectuels lorsqu’ils ne travaillent que quelques mois sur un projet. Donc oui, évidemment cette relation de partage nous intéresse, mais il faut d’abord nouer des relations de confiance et cela passe par des échanges humains.

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