Nous suivre Industrie Techno

Inhalez, vous êtes soigné

L. F.

Sujets relatifs :

,
S'administrer des antibiotiques, des vaccins et d'autres thérapies aussi facilement qu'on respire un arôme ? L'idée, séduisante sur le papier, manquait encore d'un outil de délivrance réellement efficace. Jusqu'à ce que la physique s'en mêle.

Placez l'embout dans votre bouche, pressez le bouton, inspirez. Ces gestes, omniprésents dans le quotidien des personnes asthmatiques, pourraient bientôt s'étendre à tous les patients concernés par des injections : personnes touchées par des infections pulmonaires, diabétiques... Même l'épreuve du vaccin deviendrait aussi peu douloureuse qu'une bouffée d'air.

Une finesse de fabrication proche de la microélectronique

Paradoxalement, ce ne sont pas les progrès de la médecine qui vont le permettre, mais le recours à un principe bien connu de la physique, la piézoélectricité : le médicament liquide est disposé au-dessus d'une membrane qui vibre en réponse à une impulsion électrique. Percée en son centre d'une multitude de trous, elle tamise à chaque déplacement le produit en autant de fines particules. Pour la société Aerogen, l'un des pionniers de cette nouvelle génération d'appareils appelés nébuliseurs, le coeur du dispositif est un disque de titane qui vibre 130 000 fois par seconde.

Les applications concernent majoritairement l'hôpital. En unité de soins intensifs, les nébuliseurs servent à administrer, à un patient ventilé, un antibiotique ou un autre traitement pulmonaire. Voyant l'opportunité d'un développement hors des structures médicales, la société irlandaise a orienté sa recherche vers le nébuliseur jetable. Un patient peut l'utiliser plusieurs fois par semaine pendant un mois, ou plusieurs dizaines de patients peuvent être traités avec un seul appareil en une journée. Il suffit d'y adapter un masque et un disque de papier jetable. C'est une des solutions envisagées par l'Organisation mondiale de la santé pour vacciner la population des pays émergents : plus d'aiguilles, ni de problème de contamination ou d'élimination des déchets. Une firme pharmaceutique mène actuellement un essai vaccinal contre la rougeole en Inde. Son vaccin par aérosol pourrait être commercialisé dès 2013.

Le savoir-faire d'Aerogen réside dans son procédé de fabrication, l'électroformage. Une résine photochimique et un masque aux emplacements des futurs trous sont appliqués à un substrat de titane. Sous l'action de la lumière, la résine non protégée par le masque est dissoute, comme dans les procédés de fabrication des circuits intégrés. L'ensemble est placé dans un bain électrolytique, en présence de nickel-palladium. Sous l'effet d'un courant, les particules métalliques migrent partout où la résine a disparu. Un mélange chimique sépare enfin le tamis de nickel-palladium ainsi créé de son support. « Sans atteindre les niveaux de précision de la microélectronique, l'électroformage a une finesse nettement supérieure à la découpe laser et à la photolithogravure », explique Declan Slemon, directeur R&D de la société.

Une diffusion homogène sans dégradation des molécules

Suivant l'application, Aerogen peut usiner des trous de diamètre variable, entre un et cinq microns. Ce calibre détermine la taille des gouttelettes nébulisées. Plus elles sont fines, plus la quantité de médicament qui rejoint les alvéoles pulmonaires, puis la circulation sanguine, est élevée. Ce qui n'est pas vraiment le cas des technologies concurrentes. Pour les nébuliseurs pneumatiques, qui diffusent le médicament grâce à un gaz comprimé, la quantité qui atteint le tissu pulmonaire est au mieux de quelques pour-cent. Quant aux nébuliseurs à ultrasons, reposant sur la vibration d'un quartz, si l'efficacité est meilleure, ils produisent un échauffement de la solution, ce qui dégrade certaines molécules sensibles.

Aujourd'hui, Aerogen vend quelque 300 000 dispositifs chaque année dans le monde, et prévoit de monter en puissance sur les solutions à domicile (asthmatiques, insuffisants respiratoires, etc.). L'entreprise a aussi conclu récemment un partenariat avec une société de biotechnologies américaine pour développer un nébuliseur adapté à l'administration de l'insuline.

AUTORISATION

Seule une quarantaine de molécules est autorisée pour une délivrance sous la forme d'aérosols.

DES TECHNOLOGIES CONCURRENTES PEU EFFICACES OU INADAPTÉESNÉBULISEUR PNEUMATIQUE

Relié à un compresseur ou à une bouteille de gaz comprimé (oxygène), il envoie sous pression l'antibiotique ou le bronchodilatateur dans l'arbre respiratoire. Bien que moins coûteuse, cette technique est limitée par sa faible efficacité.

DES TECHNOLOGIES CONCURRENTES PEU EFFICACES OU INADAPTÉESNÉBULISEUR À ULTRASONS

Un générateurs d'ultrasons fait vibrer un quartz qui transforme la solution médicamenteuse en aérosol. Le dépôt pulmonaire est aussi important qu'avec un nébuliseur à membrane, mais certains composés sensibles peuvent être dégradés par les ultrasons.

vous lisez un article d'Industries & Technologies N°0939

Découvrir les articles de ce numéro Consultez les archives 2011 d'Industries & Technologies

Bienvenue !

Vous êtes désormais inscrits. Vous recevrez prochainement notre newsletter hebdomadaire Industrie & Technologies

Nous vous recommandons

RGPD : les technos pour respecter la réglementation

RGPD : les technos pour respecter la réglementation

C'est un tournant majeur pour bon nombre d'entreprises ayant des activités numériques. Plus aucune fuite de données[…]

CYBERSECURITE : LE SECTEUR ÉNERGÉTIQUE SOUS TENSION

CYBERSECURITE : LE SECTEUR ÉNERGÉTIQUE SOUS TENSION

Enedis se mobilise après le passage d'Irma

Enedis se mobilise après le passage d'Irma

Le quantique entre dans l'ère industrielle

Le quantique entre dans l'ère industrielle

  • Nous suivre