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Ingénieur risques industriels : le bouclier anticatastrophe

ANA LUTZKY redaction@industrie-technologies.com

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Boues rouges toxiques en Hongrie, explosion d'une plate-forme pétrolière dans le Golfe du Mexique... Dans toutes les usines risquant de polluer ou de voir leurs travailleurs soumis à des accidents, l'ingénieur des risques industriels est aux avant-postes.

LE CONSEIL DU PRO

« J'ai passé 13 années sur un site industriel en commençant par être responsable de la sécurité dans une unité de phosgène en Hongrie. Ma formation est là. Avoir été 8 ans directeur d'usine m'a ensuite conduit à gérer à la fois les coûts et l'environnement. C'est bien d'avoir une liste d'actions à mener, encore faut-il pouvoir les financer et les réaliser techniquement. Mon conseil de carrière est de passer par des fonctions de terrain, pour bien connaître l'industrie dont on va gérer les risques. »

SA MISSION

Au quotidien, il mobilise toutes les ressources. Il guide l'entreprise pour qu'elle maîtrise les risques qu'elle fait peser sur ses travailleurs ou son environnement. Il joue aussi un rôle de médiateur entre l'industriel et l'autorité de contrôle (inspection du travail, mairie, médecine du travail, Dreal...).

L'ingénieur risque industriel doit en général choisir entre deux grands domaines : les travailleurs ou l'environnement. Il évalue les risques, les hiérarchise, et établit un plan d'action remis à jour tous les ans. Pour les travailleurs, cela se fait par exemple au travers d'un document fondamental, le document unique.

En parallèle, il surveille la conformité réglementaire. À lui les longues recherches à travers le code du travail ou de l'environnement pour lister quels textes sont imputables à l'entreprise. Un préalable indispensable pour voir si les actions nécessaires pour être en conformité sont mises en place.

Enfin, il réalise des audits, pour des analyses de risque liées à un process ou à une machine précise.

ET LE SALAIRE DANS TOUT ÇÀ ?

Le salaire médian de ce métier est de 2 735 euros bruts/mois. Un jeune diplômé commence entre 33 000 et 35 000 euros bruts annuels. Avec plus de bouteille, ce brut annuel monte à 50 000 euros, voire 70 000 euros.

Ingénieur risques industriels

QUELLES COMPÉTENCES ?

De la rigueur. Non pas la rigueur administrative ennuyeuse, mais le courage d'aller au fond des choses pour le bien des deux parties (l'autorité de contrôle et l'entreprise). Comme un avocat, il faut inviter l'industriel à balayer les zones d'ombre.

Être un bon médiateur. À l'heure d'expliquer au patron éperdu la dernière circulaire environnementale, ou de négocier avec l'autorité ce que l'entreprise peut faire pour ne pas passer la ligne rouge, mieux vaut avoir le goût des conciliations.

Être pédagogue. Il faut savoir animer des groupes de travail en interne, former l'encadrement aux risques chimiques, aux atmosphères explosives ou au maniement des extincteurs, depuis le patron jusqu'au terrain.

Le goût du droit. Non pour potasser le code du travail ou de l'environnement toute la journée dans son bureau ! Mais pour trouver facilement l'information tout en se laissant du temps pour être à l'écoute des autres et sur le terrain.

QUELLES FORMATIONS ?

Des mastères spécialisés en maîtrise des risques industriels existent dans des écoles d'ingénieurs (Mines ParisTech, Ensib...) ou à l'université (Paris-Est Créteil Val de Marne...).

Il est très courant de passer par un diplôme d'ingénieur généraliste en mécanique ou en chimie. Le savoir-faire industriel s'obtiendra sur le terrain. Il facilitera ensuite une spécialisation en gestion des risques. Comme le confie notre témoin, c'est la meilleure école !

Passer par la filière droit de l'environnement ou du travail est une autre voie possible. Beaucoup de juristes se spécialisent sur les risques industriels. Mais ils ne sont pas en entreprise ou seulement dans de grands groupes, leur orientation est plutôt celles de ressources humaines, avec la mise en place de chartes sur la politique de sécurité environnement.

OÙ EXERCER SES TALENTS ?

Dans l'industrie, toutes les entreprises ont besoin d'ingénieurs en sécurité environnement. Un gros pôle d'activité concerne les installations classées : il s'agit d'une liste d'usines aux risques environnementaux particuliers, considérées comme les plus dangereuses, et soumises à des contrôles par l'État.

L'expérience de terrain est ici essentielle : pour pouvoir « malmener » l'exploitant et par ailleurs patron dont la première réaction sera de ne rien dévoiler, mieux vaut bien connaître les rouages des sites de production. En interne, les ingénieurs sont d'ailleurs parfois gênés aux entournures par leur statut de salarié, et recourent à des ingénieurs conseil externes pour « appuyer là où ça fait mal ».

Rentrer dans un cabinet ou un bureau d'études est donc l'autre possibilité. En junior, il est possible d'aller dans de gros cabinets de conseil tels qu' Apave, Bureau Veritas ou Socotec. En binôme avec un senior, le diplômé est pris dans une grosse machine mais attention, il risque de manquer à la longue du contact du terrain.

ET APRÈS ?

Autant être franc : le métier d'ingénieur risques industriels exercé en début de carrière ne débouche pas sur grand-chose. Cantonnés à des tâches administratives, à la gestion des gants, des casques ou du document unique, les responsables risques industriels sont éloignés du terrain et perçus comme tels par leur encadrement. Ils risquent de ne pas réussir à garder le lien avec l'usine et n'évoluent pas vers d'autres postes.

En temps et en heure, il faut savoir négocier un virage ! À vous de « vendre » l'intérêt de repartir mettre les mains dans le cambouis, vers des fonctions de production. Votre argument choc ? « J'ai aujourd'hui de précieuses connaissances réglementaires. Je dois pouvoir les appliquer ».

En savoir plus ? L'Institut national de recherche et de sécurité (INRS). On y trouve l'intégralité de la réglementation des risques pesant sur les travailleurs. www.inrs.fr/

L'Institut national de l'environnement industriel et des risques (Ineris). Moitié public moitié privé, c'est la bible pour l'environnement. www.ineris.fr/

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