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La semaine de Jean-François Prevéraud

Ingénierie : Ausy prépare l'avenir

Jean-François Preveraud
Ingénierie : Ausy prépare l'avenir

Jean-Marie Magnet (à gauche) et Philippe Morsillo

© DR

J’ai rencontré à l’occasion de la présentation de leurs résultats les dirigeants d’Ausy, l’un des spécialistes français de l’ingénierie et du conseil en hautes technologies. Cela m’a permis d’évoquer avec eux les grandes tendances de ce marché : réduction des panels ; pression sur les prix ; délocalisation ; etc.

« Malgré la crise, nous pouvons annoncer des résultats de bonne facture dont nous sommes très satisfaits », se réjouit Jean-Marie Magnet, PDG du groupe Ausy, l’un des spécialistes de l’ingénierie et du conseil en hautes technologies en France. « C’est un exercice qui n’a pas du tout été défensif pour Ausy, avec une croissance organique qui est parmi les plus fortes des sociétés cotées du secteur. Nous avons aussi poursuivi notre politique de croissance externe en 2009 avec pas moins de cinq acquisitions ».

Le groupe Ausy, c’est aujourd’hui un groupe de 2 060 personnes, dont 90 % d’ingénieurs et de Bac+5, qui a réalisé un chiffre d’affaires de 153,8 millions d’Euros en 2009, en croissance de 11,4 % par rapport à 2008, dont 4,4 % de croissance organique. Il réalise 89,6 % de son chiffre d’affaires en France, le reste provenant de Belgique et du Luxembourg, zone qui a connu une croissance de 177,8 % en 2009. Son activité est équilibrée entre la R&D externalisée et le management des systèmes d’information.

« Ces résultats sont en ligne avec ce que nous attendions du plan CAP 2009 lancé fin 2006. D’un chiffre d’affaires de 86,8 M€ nous voulions atteindre 150 M€, nous sommes à 154 M€. Nous voulions dans le même temps passer de 1 200 à 2 000 collaborateurs, nous sommes à 2 060. Ce qui constitue un tremplin pour un nouveau plan volontariste de trois ans baptisé Avenir ».

Les tendances du marché

Mais au-delà des chiffres, cette présentation des résultats d’Ausy a été l’occasion d’analyser les grandes tendances du marché de l’ingénierie. « L’année 2009 a été marquée par un renforcement, dû à la crise, du mouvement engagé voici cinq ans vers un resserrement du panel des prestataires chez les grands donneurs d’ordres. Un exemple, EADS a décidé il y a deux ans avec son programme European Strategic Suppliers de rationaliser son panel européen, pour un budget colossal de 1,9 milliards d’euros, autour d’une vingtaine de sociétés d’ingénierie et de conseil, dont nous faisons partie », constate Philippe Morsillo, directeur général du groupe. « Autres tendances, l’augmentation de la pression sur les prix, une demande accrue de ‘‘work packages’’, une pression vers l’off-shore ».

Pour répondre à ces attentes du marché, Ausy entend monter dans la chaîne de valeur, maintenir un recrutement important et qualitatif pour garantir la meilleure réponse aux appels d’offres, enfin étendre sa couverture géographique et métier en poursuivant une politique d’acquisitions sélectives.

Afin de pouvoir monter dans la chaîne de valeur, Ausy a obtenu en 2009 la certification CMMI niveau 3 (évaluation de la maturité des entreprises sur leur capacité à gérer des projets) et la certification EN9100 propre à l’aéronautique (évaluation de la capacité des entreprises à développer un système dans un contexte aéronautique avec les normes propres à ce secteur). Autre élément favorable à la montée dans la chaîne de valeur, la logique permettant d’intégrer plusieurs compétences dans une architecture commune (mécanique, électronique, matériel, logiciel…). « Peu d’acteurs sont aujourd’hui capables d’intégrer dans un seul et même système la totalité de ces corps de métier, pour livrer un système complexe entièrement packagé et donc se positionner avec une création de valeur différente par rapport à la concurrence », estime Philippe Morsillo.

Cela permet d’avoir accès à des marchés peu concurrentiels avec des projets longs, ce qui donne une forte visibilité commerciale à long terme et conduit souvent à d’autres affaires récurrentes (maintien en condition opérationnelle, maintenance évolutive…).

Une baisse des salaires à l’embauche de 5 %

Le recrutement est aussi un axe important. « Alors que la plupart de nos confrères ont bloqué les embauches en 2009, notamment celles faites par anticipation avant d’avoir un projet, nous avons poursuivi notre politique d’embauche avec 450 recrutements. Une tendance qui se poursuivra cette année ». Des recrutements qui, vu le marché de l’emploi, ont permis de ‘‘rééquilibrer le salaire moyen de l’ordre de 1,3 à 1,4 %’’. Ce qui veut dire en clair que les salaires d’embauche ont chuté de plus de 5 % en 2009.

Au-delà de ces tendances, Ausy considère aussi qu’il se doit d’avoir une stratégie intégrant le near-shore et l’off-shore. « Nous disposons depuis deux ans et demi d’une équipe d’une centaine d’ingénieurs en Roumanie, qui travaille essentiellement pour des clients français. C’est une solution qui permet d’avoir une logistique souple, notamment si vous devez faire de l’intégration de logiciel sur du matériel. Nous sommes aussi présents en near-shore en Moldavie, en Pologne et au Maroc. Concernant l’off-shore nous sommes présents, directement ou via des partenaires, en Inde et au Vietnam. Cela permet d’être très compétitif en terme de coût, mais avec des contraintes logistiques importantes ».

Délocaliser ou non ?

Une délocalisation qui a bien évidemment un impact fort sur les coûts. « En terme de facturation, il y a 20 % d’écart entre le near-shore et l’off-shore et il y a entre 30 et 35 % d’écart entre le near-shore et les prix français », confie Philippe Morsillo. « Mais attention, c’est un miroir aux alouettes, car tout ne peut pas être délocalisé. Les clients imposent de nombreuses contraintes sécuritaires. Il faut aussi trouver des personnels qualifiés ayant une réelle connaissance des secteurs pour lesquels ils vont travailler. Autant d’écueils auxquels il faut ajouter les barrières culturelles et linguistiques qui ne facilitent pas la tache ».

Alors la délocalisation est-elle une menace à terme ? « Ce n’est pas ce qui est entrain de se dessiner à cause des besoins de proximité et de connaissance de l’environnement de travail. Nous ne sommes pas très inquiets par rapport à cela ».

Ausy ‘‘off-shore’’ tout ce qui est à faible valeur ajoutée et répétitif comme le test unitaire. « Mais nous ‘‘n’off-shorons’’ pas la conception ou le codage, car les essais faits montrent qu’il y a beaucoup trop de reprises derrière. L’off-shore est un mal nécessaire pour répondre au attentes des clients. Sans capacités off-shore vous ne restez pas dans les panels. C’est pourquoi nous préférons le piloter plutôt que de le subir en ayant nos propres capacités et en choisissant ce que nous allons confier au near-shore ou à l’off-shore. De plus, c’est un challenge interne qui nous force à progresser ici en terme de productivité et de qualité. Et en fin de compte, l’expérience montre que la délocalisation marche bien lorsqu’elle est pilotée et garantie par un ‘‘front-office’’ français travaillant dans un cadre CMMI. Il faut donc jouer la complémentarité entre le meilleur des deux mondes. Il ne faut ni aller à l’envers du marché, ni aller au devant de problèmes en terme de délai ou de qualité. Nous pensons avoir trouvé le bon dosage entre qualité et équilibre économique ».

Doubler de taille en trois ans

Ausy est aujourd’hui dans une situation favorable pour préparer l’avenir. « Avenir qui se décline suivant 6 lignes directrices qui se traduisent par les mots : Ambition ; Vision ; Engagement ; Notoriété ; International ; Rigueur », explique Jean-Marie Magnet.

« Ambition, car on veut être perçu dans une position de leader ; Vision, qui exprime notre capacité à nous projeter et à anticiper les évolutions de notre marché ; Engagement, vis-à-vis des clients et de la communauté financière pour montrer qu’Ausy rime avec promesses tenues ; Notoriété, en créant une image forte qui nous aidera à atteindre nos objectifs ; International, avec des développements permettant de diversifier nos positions sectorielles et géographiques ; Rigueur, un élément indispensable pour garantir une bonne rentabilité. La première étape de ce plan est fixée à 2012, date à laquelle nous espérons doubler de taille et atteindre un chiffre d’affaires de 300 M€ avec 4 000 collaborateurs. C’est un plan très ambitieux, mais la réussite du plan CAP 2009 et notre position actuelle, nous rendent très confiants dans l’atteinte de cet objectif dans 3 ans », conclut Jean-Marie Magnet.

Une lueur d’espoir dans un monde bien sombre !

A la semaine prochaine

Pour en savoir plus : http://www.ausy.fr

Jean-François Prevéraud, journaliste à Industrie & Technologies et l’Usine Nouvelle, suit depuis plus de 28 ans l’informatique industrielle et plus particulièrement les applications destinées au monde de la conception (CFAO, GDT, Calcul/Simulation, PLM…). Il a été à l’origine de la lettre bimensuelle Systèmes d’Informations Technologiques, qui a été intégrée à cette lettre Web hebdomadaire, dont il est maintenant le rédacteur en chef.

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