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Industrie du futur : l'approche "techno push" ne va pas suffire

Aurélie Barbaux
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Industrie du futur : l'approche

© Aurélie Barbaux

Ce n'est pas aux technologies de l'usine du futur de trouver leur débouché. C'est à l'industrie de savoir ce qu'elle veut être demain et ce dont elle a besoin pour y arriver. Et ça c'est, peut-être moins un travail d’ingénieur que de désigner, non ?

Lancement du fablab de l'Alliance Industrie du Futur, FactoryLab, ouverture d’une usine-école pour l’industrie du futur par le Boston Consulting Group de l'autre, conférence Smart Manufacturing… Cette dernière semaine de septembre 2016, les initiatives pour promouvoir les technologies de l'industrie du futur (industrie 4.0 chez les Allemands) ont foisonné sur le site de Paris-Saclay. Mais chercher à faire entrer de force (ou presque) réalité virtuelle et augmentée, robotique collaborative et autres machines connectées intelligentes, via des vitrines technologiques,  comme s’en est donnée mission l’Alliance Industrie du futur lancée en juillet 2015, par les fédérations industrielles françaises…  Est-ce vraiment la bonne manière de faire ?

L'impasse des vitrines technologiques

Chercher coûte que coûte, à grand frais publics (l'Etat a encore investit 820 000 euros dans 4 projets du FactoryLab a déclaré le secrétaire d'Etat à l’industrie, Christophe Sirugue, lors de l'inauguration de la plate-forme), des usages industriels aux technologies sorties des labos du CEA, est-il vraiment le meilleur moyen de (re)construire une industrie française et européenne compétitive, efficace, adaptée aux besoins, « attractive et respectueuse de ses salariés », comme l’espère Christophe Sirugue ? 

Certes, ces technologies promettent de réduire la pénibilité des tâches, de mieux former les opérateurs, de les assister, d'apprendre aux machines à s'autocontrôler... Mais la quête (un peu désespérée) de scénarios d'usage autres que les tireurs au râteau de nos routes de Colas pour les exosquelettes du CEA (RB 3D) ou des technologies d'apprentissage du geste de peinture de voitures en réalité virtuelle hyperréaliste - que PSA testait déjà dans son Technocentre il y a cinq ans ! - montrent les limites d'une politique basée sur le « techno push ». 

La technologie au service de l'usage, pas l'inverse

C'est en repensant l'usage du téléphone intelligent qu'Apple a révolutionné nos modes de communication. C'est en réinventant le design de nos mobilités, de nos modes d'information, de consommation, que les géants du numériques chamboulent nos économies et nos sociétés. La technologie n'est pour eux qu'un moyen. Pas une fin. 

L’industrie 4.0 doit remettre l’homme au centre de ses préoccupations avance Tommaso Pardi, sociologue à ENS Cachan. Selon lui «  La nouveauté dans cette version 4.0 de l'industrie du futur, c'est que ce paradigme (le remplacement de plus en plus important des hommes par des machines imposantes) semble remis en question car l'homme reprend sa place. Nous ne concevons plus la production standardisée comme une économie d'échelle mais comme une production de moindre qualité. », explique–t-il dans une interview accordée au organisateur de la conférence Smart Manufacturing Paris-Saclay.

Pour un design industriel humaniste

Et parce que  « les ordinateurs ne savent pas encore créer ou innover seuls sur l'ensemble des étapes de la conception à la production en passant par le marketing », Tommaso Pardi croit « en l'opportunité d'une inversion de la tendance historique, celle du remplacement des Hommes par des machines ».

Si l'industrie veut se dessiner un futur compétitif et humaniste, la technologie seule ne suffira donc pas. Sans repenser ses besoins et objectifs, sans revisiter ses usages, l'usine risque de n'évoluer que de manière incrémentale, pas en rupture.  Mais qui de mieux placés que les designers pour aider les industriels à repenser la place de l’homme dans l’industrie ?…  Sans l’avènement d’un vrai design industriel, l’industrie du futur ne sera pas.

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