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Ils supportent les très hauts débits

J.-C. G.

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- Le cuivre, que l'on dit condamné par l'optique, survit à l'explosion des débits. Avec l'arrivée de nouveaux polymères à très faible atténuation, la fibre pourrait toutefois bientôt tenir sa revanche.

Cela fait au bas mot quinze ans que l'on prédit l'avènement des réseaux "tout optique" dans les entreprises... et que l'on ne voit pas venir grand-chose. Patience, leur tour viendra. Mais en attendant, ce sont surtout les câbles à paires de cuivre torsadées, étonnants de vivacité, qui prennent racine. Grâce à l'évolution des techniques de codage et de correction d'erreurs, mais aussi à celle des câbles eux-mêmes, les débits possibles sont en effet passés, l'air de rien, de 10 Mbit/s (produits de catégorie 3) dans les années 1980, au 100 Mégabit Ethernet (catégorie 5) dans les années 1990, et enfin au Gigabit Ethernet (catégorie 5 ou 6) actuellement. Largement de quoi satisfaire la demande lorsque l'on sait que 95 % des postes sont connectés à 100 Mbit/s au maximum aujourd'hui.

Et pourtant, cette accélération paraît loin d'être terminée tant est grande la demande d'anticipation des utilisateurs, soucieux d'amortir des systèmes de câblage censés durer deux fois plus longtemps (dix ans) que les matériels informatiques qu'ils raccordent. Avec les produits de catégorie 7, c'est carrément le 10 Gigabit Ethernet (au moyen de quatre paires torsadées) qui est visé, et cela sur des distances de 100 mètres (au lieu de 55 mètres en principe pour les câbles de catégorie 6 à ce débit).

Dans quelques mois, ce sera le nouveau standard, baptisé 10 GBase-T et sur lequel planche le groupe de travail IEEE 802.3an.

Des paires torsadées avec ou sans blindage

Pour tenir la cadence, les câbliers doivent déployer des trésors de savoir-faire afin d'augmenter la bande passante (qui passe de 250 MHz à 625 MHz) tout en maîtrisant les interférences entre conducteurs et en réduisant l'affaiblissement linéique du signal.

Mais il y a paire torsadée et paire torsadée. Certaines sont blindées paire par paire (SSTP pour Shielded Shielded Twisted Pair), d'autres disposent d'un écran général (FTP pour Foiled Twisted Pair) tandis que d'autres encore ne disposent d'aucun blindage (UTP pour Unshielded Twisted Pair).

A priori, pour le 10 GBase-T, c'est le blindage paire par paire qui semble le plus à même de régler tous les problèmes. C'est en tout cas la solution retenue par Axon (système Axolan 7 avec câble Giagacapil et connecteur Gigascore) entre autres.

Quelques fournisseurs s'accrochent toutefois aux vertus du non-blindé, comme Siemon (offre 10 G6) ou ADC (acquéreur de Krone). Ce dernier affirme pouvoir offrir un débit supérieur à 10 Gbit/s grâce au système UTP nommé CopperTen (testé à 18 Gbit/s) et rentrant dans la catégorie dite 6 augmentée. « Nous sommes partis du principe que l'essentiel des installations dans le monde reposait sur le câblage UTP et sur les standards de la catégorie 6. La solution CopperTen permet de mettre en place dès aujourd'hui une installation qui fonctionnera avec les équipements actifs 10/100/1 000 Mbit/s existants, et qui possédera en plus la capacité 10 Gbit/s lorsque les composants actifs correspondants (commutateurs et cartes réseaux) seront introduits, c'est-à-dire en 2005 », explique ADC.

Comment la société est-elle venue à bout de la paradiaphonie (interférences entre paires adjacentes) sans blindage ? « En optant pour une section de câble elliptique plutôt que circulaire, de façon à garantir un espace suffisant entre chaque paire torsadée », explique-t-elle.

Une fibre optique révolutionnaire

Loin de se limiter aux besoins du tertiaire, l'expertise des câbliers en matière de haut débit se diffuse aujourd'hui dans le résidentiel. Chez Acome notamment, on trouve Acohome, une offre VDI (voix-données-images) dans laquelle un câble unique et polyvalent (quatre paires torsadées) en remplace jusqu'à cinq. Il se décline en trois gammes : deux de grade 1 (performances garanties jusqu'à 100 MHz pour le téléphone, l'Internet à haut débit et les transmissions de données jusqu'à 100 Mbit/s), à savoir l'Acohome 298 (sans écran) et l'Acohome 299 (avec écran) ; une troisième de grade 3 (performances garanties jusqu'à 900 MHz avec télévision et vidéo), l'Acohome 900.

On le voit, le cuivre n'a pas dit son dernier mot face à l'optique, d'autant moins d'ailleurs avec l'explosion du Power Over Ethernet (standard IEEE 802.3af), technologie qui fait cohabiter signaux et alimentation électrique sur le même conducteur (ce que ne permet évidemment pas une fibre).

Cela dit, si le marché du câblage optique a, jusqu'ici, eu du mal à décoller, c'est surtout pour des raisons de coût. Et là aussi, les cartes se redistribuent. Ainsi la fibre optique plastique, économique mais en principe cantonnée aux applications de bas de gamme en raison de sa trop forte atténuation (par rapport à la silice), est-elle sur le point de changer de statut. La révolution se nomme fibre optique plastique multimode à gradient d'indice (FOP-GI).

Connexions à moindre coût

Alors que son équivalent à saut d'indice affiche une atténuation de 130 dB/km à 650 nm de longueur d'onde, la fibre à gradient d'indice (ce dernier diminue depuis le coeur jusqu'à la gaine en suivant une loi parabolique) descend à environ 10 dB/km, et cela à 650, 850 ou 1 310 nm. D'où possibilité de multiplexage en longueur d'onde, technologie courante avec les fibres en silice mais délicate à mettre au point avec le plastique en l'absence de matériaux appropriés.

C'est au Japon, et plus précisément chez Asahi Glass, qu'a enfin été repéré le plastique ad hoc : un polymère perfluoré amorphe baptisé Cytop et caractérisé par une très faible atténuation du fait de l'absence des très pénalisantes liaisons carbone-hydrogène dans sa composition. Ses performances sont étonnantes : 10 Gbit/s sur 100 mètres à 850 ou 1 300 nm. Une concurrente très sérieuse, donc, pour la classique fibre silice multimode à gradient d'indice. Mais avec de nombreux avantages : dotée d'un coeur trois à cinq fois plus gros, sa connexion est grandement facilitée et fait appel à des composants à bas coût ; par ailleurs, le dénudage est supprimé et le polissage plus simple, voire inutile ; sa flexibilité également est supérieure (pas de risque de casse). Au final, un produit très séduisant qui a déjà fait l'objet d'une soixantaine d'installations LAN au Japon.

En Europe, c'est Nexans qui s'est emparé de la fibre miracle. Dans les prochains mois, le groupe prévoit de commercialiser trois familles de fibres Cytop dotées de coeurs de 200 microns, de 120 microns et de 62,5 microns de diamètre.

Dans le même temps, les fibres silice multimodes progressent elles aussi, comme le prouve l'arrivée sur le marché des câbles dits OM3 (coeurs de 50 microns). Là encore, c'est le 10 Gigabit Ethernet qui est en ligne de mire avec, en l'occurrence, des longueurs de transmission allant jusqu'à 300 mètres à 850 nm de longueur d'onde au lieu de 100 mètres seulement en OM2. Un atout de taille pour le câblage des bâtiments étendus.

LES EXIGENCES

- Pousser le cuivre jusqu'au 10 Gigabit Ethernet - Faire enfin accéder les fibres plastiques au "haut débit" - Améliorer les performances de la fibre silice multimode

LES SOLUTIONS

> Des paires torsadées "superblindées" ou à espacement optimisé > Des fibres plastiques en polymère amorphe perfluoré > Les produits OM3 (à débit triplé par rapport aux fibres OM2)

Câble réseau CopperTen d'ADC

- Débit supérieur à 10 Gbit/s - Technologie paire torsadée (cuivre) - Blindage : néant

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