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Ils ont fait la technologie en 2014 : en octobre, Bruno Uzzan de Total Immersion, met des lunettes à tout le monde

Jean-François Preveraud
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Ils ont fait la technologie en 2014 : en octobre, Bruno Uzzan de Total Immersion, met des lunettes à tout le monde

Bruno Uzzan, de la finance à la technologie grâce à la réalité augmentée

© DR

Bruno Uzzan 'est un économiste séduit par la technologie qui cofonde Total Immersion, une société autour de la réalité augmentée. Il s'approprie la technologie et la fait basculer du monde du PC vers le Saas pour suivre les évolutions du marché et trouver un business model plus récurent.

Total Immersion remporte un grand succès avec son application d’essayage de lunettes en ligne au Salon de l’optique Silmo 2014.

Absolument rien ne prédestinait Bruno Uzzan à devenir zélateur de la réalité augmentée, puisqu'il était en 1996 expert-comptable dans un cabinet d'audit.

C'est là qu'il rencontre le mari d'une collègue, Valentin Lefèvre, ingénieur chez Thales Training et Simulation où il développe des simulateurs militaires. Mais ce jeune ingénieur, geek avant l'heure, se passionne surtout pour une technologie émergente, la réalité augmentée (RA) qui permet d'insérer en temps réel des modèles 3D dans un flux d'images vidéo.

Le personnage, brillant, impressionne Bruno Uzzan qui lui glisse : « Si un jour tu montes ta société, ça m'intéresse ». Doté de la fibre entrepreneuriale, il pense que c'est le bon moment pour se lancer, avec en backup un retour dans l'audit. « Les simulations immersives que l'on fait aujourd'hui dans l'industrie sur de grosses stations de travail fonctionneront un jour sur de simples PC ou Mac », martèle Valentin Lefèvre, sûr de sa technologie.

Jeunes, prêts à prendre des risques, ils créent Total Immersion le 31 décembre 1998 dans l'euphorie de la bulle Internet. Ayant convaincu des business angels d'investir 2 millions de francs avec Visio Training (un système de défilement de paysages au rythme du coureur pour salles de sport), ils débauchent des ingénieurs chez Thales et dans le monde de l'image pour peaufiner la technologie.

« On se retrouve à une dizaine et au bout de 6 à 8 mois on sort une première image mélangeant de la 3D avec de la vidéo en temps réel sur un PC ». Cette innovation est au cœur du brevet déposé en 2001 (voir encadré).

Valentin Lefèvre crée la boîte à outils D'Fusion et quelques démos percutantes qui, présentées au salon Micad, convainquent PSA et Renault, qui disposent pourtant d'installations immersives lourdes, pour valider des concepts. Puis viennent BMW pour du design ou EADS GDI pour de la balistique.

Des succès qui attirent iSource et Partech Ventures, qui mettent 1,5 million d'euros dans un nouveau tour de table fin 2001. Bruno Uzzan part alors aux États-Unis, où la technologie est remarquée par Disney, Fedex et GM. Les mondes de l'entertainment et du marketing sont plus réactifs que l'industrie. En 2004, le Futuroscope teste une application de RA autour de sabres lasers, avant de confier à Total Immersion la maîtrise d'œuvre informatique de son attraction Les animaux du futur, un contrat de 2 millions d'euros.

Savoir rebondir avec des idées neuves

Après un nouveau tour de table de 4,5 millions d'euros, la société ouvre un bureau à Los Angeles, pour suivre ses clients américains. La société emploie alors 30 personnes. Et la technologie continue d'évoluer. « Valentin Lefèvre développe la première application de RA fonctionnant sur un ordinateur lambda. Un progrès, car il fallait jusque-là connaître la machine cible pour maximiser les performances ». Ce sera sa dernière innovation, car plus attiré par celle-ci que par l'industrialisation, il forme son successeur et quitte la société.

Bruno Uzzan, seul aux commandes, s'installe mi-2007 à Los Angeles. « C'est un pays où tout est possible. Quelques mois après mon arrivée je négocie avec James Cameron, Coca Cola, Mattel et McDonald's pour la promotion marketing du film Avatar ». Total Immersion atteint un effectif de 55 personnes et un chiffre d'affaires de 14 millions d'euros - dont 45 % aux États-Unis - au bout de trois ans. Une réussite qui éveille les appétits maintenant que le marché a été évangélisé. « En contournant un de nos brevets, Qualcomm lance des logiciels de RA assez performants et surtout gratuits », raconte Bruno Uzzan.

Dans le même temps, les marques utilisant la RA s'en lassent car l'engagement des consommateurs n'est pas à la hauteur des attentes. Le côté magique est difficile à rentabiliser. Total Immersion, déficitaire en 2012, doit réduire la voilure.

« Nous en avons profité pour réinventer notre offre et notre business model en trouvant une application qui aide nos clients dans la durée, afin de justifier un retour sur investissement ». Si D'Fusion reste basée sur les mêmes briques technologiques, elle a été réécrite pour le mode Saas et elle se focalise maintenant sur l'essayage virtuel avec Try Live. Atol fut le premier à lancer l'essai de lunettes interactif en ligne en 3D.

« Avant on vendait la licence de la boîte à outils de développement et du service autour d'un coup marketing, maintenant on vend l'adaptation de notre outil vertical à une application donnée et l'on se rémunère sur chaque utilisation pendant une longue période ».

Des caméras 3D pour trouver un nouvel élan

Une trentaine de clients utilisent Try Live et le cap des 2 millions d'utilisateurs par mois a été franchi. Mais Bruno Uzzan veut aller plus loin. La technologie actuelle sait bien ‘‘tracker’’ un visage en analysant jusqu'à 140 points spécifiques en temps réel avec une seule caméra, car c'est une zone réduite et homogène. En revanche, pour un individu complet, la géométrie de la zone varie beaucoup si les membres s'écartent du corps. Il faut alors placer des marqueurs physiques aux points clés.

« Mais l'arrivée de caméras 3D intégrables dans une tablette, telle celle de PrimeSense aujourd'hui dans le giron d'Apple, ou Tango, le projet de Google, vont changer la donne. Cela va nous ouvrir les marchés très demandeurs de l'essayage de vêtements ou de meubles, pour lesquels nous lancerons des applications en 2015 ». L'expert-comptable est bien devenu un technologue !

Jean-François Prevéraud

Une appli pour trouver ce qui vous va

La technologie D'Fusion consistait en 1998 à faire fonctionner dans un PC une carte d'acquisition et une carte vidéo en assurant une fluidité parfaite et un traitement à la milliseconde près, pour que la 3D arrive au bon moment dans la vidéo. Cette technologie a depuis été portée en mode Saas et fonctionne avec un client léger sur de multiples plates-formes nomades. Elle est au cœur de l'application d'essayage en ligne Try Live, utilisée par une trentaine de clients pour des produits tournant autour du visage (lunettes, bijoux, perruques...). L'arrivée de caméras 3D sur les mobiles permettra d'aborder dès 2015 les essayages de vêtements ou de mobilier dans un intérieur.

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