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Ils ont fait la technologie en 2014 : en mars, Pierre Calleja de Fermentalg met les algues en bourse

Jean-François Preveraud

Mis à jour le 30/12/2014 à 13h59

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Ils ont fait la technologie en 2014 : en mars, Pierre Calleja de Fermentalg met les algues en bourse

Pierre Calleja est un passionné de la première heure de la vie marine

© DR

Pierre Calleja a consacré toute sa carrière à l'optimisation de la culture des microalgues. Aujourd'hui, il est bien décidé à en écrire l'avenir l'industriel. La société Fermentalg, qu'il a créée en 2009, devrait commercialiser ses premiers produits en 2015.

Pour cela la société est entrée en Bourse sur Euronext jeudi 27 mars. Elle s’apprête à lever au moins 20 millions d’euros pour industrialiser sa technologie.

Passionné de la première heure par la vie marine, adepte de plongée dans sa jeunesse, Pierre Calleja fait partie des pionniers qui dans les années 1970 inaugurent la pratique de l'aquaculture marine - la production animale ou végétale en milieu aquatique. Dans la première station de recherche dédiée à cette spécialité en Europe, près de Montpellier (Hérault), il travaille dès la sortie de ses études sur la culture des microalgues marines. Il y consacrera toute sa vie professionnelle, bien avant que les grands groupes industriels ne s'y intéressent pour leur potentiel comme source de carburant de troisième génération. Investi à 100 % dans son activité, Pierre Calleja se définit comme un créatif : mi-entrepreneur, mi-biologiste. Défricheur avant tout, il a posé les bases d'une nouvelle compréhension des microalgues, pour lesquelles il a inventé un modèle de production original au sein de sa société Fermentalg.

Des débuts semés d'embûches

Pour en arriver là, l'homme qui décrit l'aquaculture comme « faisant partie de sa vie » a dû affronter en solitaire les infortunes auxquelles les inventeurs entreprenants doivent parfois faire face. Lorsqu'il crée sa première société, Kurios, en 1992, il veut optimiser les techniques d'élevage en proposant une gamme innovante de produits destinés aux larves de poissons. Celles-ci sont nourries par des crustacés, eux-mêmes nourris par les microalgues, dont il améliore les techniques de production. Dans son bureau à Libourne, plusieurs photos encadrées témoignent encore de sa première aventure industrielle. On y voit les bateaux de pêche recueillir les œufs de crustacés dont Pierre Calleja avait besoin pour son activité. C'était alors un de ses amis, dont l'entreprise était actionnaire de Kurios, qui le fournissait avec cette ‘‘matière première’’. Jusqu'à ce qu'un groupe international concurrent de Kurios ne rachète le fournisseur. « J'avais alors le choix entre vendre Kurios ou faire la guerre. Mais faire la guerre avec un de vos actionnaires, qui peut vous bloquer vos imports de matières premières, était voué à l'échec… ». Obligé de vendre sa société, Pierre Calleja est en outre empêché par une clause de non-concurrence de travailler dans le domaine de l'aquaculture marine pendant sept ans. Une période d'ennui pour le biologiste, pendant laquelle il se rabat sur les poissons d'aquarium. Ce qui n'empêche pas l'entrepreneur de racheter Aquatyca, un grossiste en matériel et fournitures pour les aquariums.

Une compréhension nouvelle des microalgues

2007 : fin de la clause de non-concurrence. Pierre Calleja retourne à ses premières amours. Il dépose deux brevets dans la droite ligne de son travail sur la culture des algues dont un sur la technique de ‘‘mixotrophie à dominante hétérotrophe’’. Derrière ce nom barbare, se cache une nouvelle technique de production. Le biologiste a en effet compris que pour booster la croissance des microalgues, il faut agir sur les deux vecteurs qui sont indispensables : la lumière et le carbone. Les cellules de ces plantes marines contiennent en effet des chloroplastes grâce auxquels elles se nourrissent par photosynthèse (autotrophie), et des mitochondries grâce auxquelles elles absorbent le carbone (hétérotrophie). Seule la deuxième caractéristique hétérotrophe est généralement utilisée pour produire les microalgues, dans un fermenteur en présence d'un substrat organique. La technique ‘‘Calleja’’ consiste à y ajouter une composante lumineuse de faible intensité et de courte durée qui active les chloroplastes et les photo-récepteurs des cellules. La cellule est ainsi plus productive mais peut surtout synthétiser une palette plus large de molécules.

La R&D continue pendant l'industrialisation

C'est sur les bases de cette innovation que Fermentalg verra le jour en 2009. La start-up ayant pour vocation de fabriquer, à partir de la biomasse de microalgues produites à haut rendement, des huiles riches et variées ainsi que des protéines valorisables ensuite sur les marchés de la nutrition humaine, l'alimentation animale, la cosmétique, la chimie verte ou encore dans les biocarburants. Depuis, la jeune pousse libournaise est entrée en Bourse au début de l'année 2014 et entame la construction de sa première unité pilote, d'une capacité de production de 500 tonnes par an. « J'ai envie que Fermentalg fonce, confie le Montpelliérain. Si nous suivons le modèle de Solezal, une entreprise américaine semblable à nous, nous pourrions avoir une usine de 100 000 tonnes dans trois ou quatre ans ».

L'avenir de l'entreprise, qui possède déjà à son actif vingt-deux familles de brevets, se joue pourtant encore et surtout sur les paillasses. Au sein des laboratoires, l'activité fourmille autour des précieuses microalgues pour en extraire le maximum de molécules d'intérêt. Tandis que forts d'une ‘‘souchothèque’’ de près de 1 500 souches différentes, les biologistes de Fermentalg continuent sans relâche à chercher dans tous les océans de nouvelles algues qui leur permettent d'améliorer et d'étendre leurs offres à l'ensemble du terrain occupé aujourd'hui par les huiles végétales. « Cultivées en trois dimensions dans des fermenteurs, les microalgues présentent une productivité 1 000 fois supérieure à celle du végétal. Quant à leurs qualités, les huiles issues des microalgues sont aux huiles végétales ce qu'est le Carlton face à un hôtel Formule 1 ».

Philippe Passebon

Utiliser tout le potentiel des microalgues

Fermentalg produit des molécules d'intérêt sans passer par les voies classiques de la pétrochimie ou de la pêche grâce à la technologie dite de « mixotrophie à dominante hétérotrophe ». Elle résulte d'une compréhension nouvelle des microalgues, dont une cellule se nourrit aussi bien par absorption de la lumière (autotrophie) grâce aux chloroplastes, que par absorption de matière organique (hétérotrophie) grâce aux mitochondries. Fermentalg utilise les deux moyens. Les microalgues sont mises en présence d'un substrat organique dans un fermenteur pour être produites en grande quantité tandis que des sources d'énergie lumineuses permettent la synthèse de molécules d'intérêt particulières.

 

 

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