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Ils ont converti leur usine à l'écologie

THOMAS BLOSSEVILLE tblosseville@industrie-technologies.com

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Ils ont converti leur usine à l'écologie

60 % d'économie d'énergieDe larges baies vitrées apportent une lumière naturelle dans l'atelier de Deléage. En été, l'éclairage n'est allumé que 1 h 30 par jour.

© D.R.

Des industriels se sont emparés de la démarche Haute qualité environnementale, inventée pour les bâtiments tertiaires, pour l'adapter à leur usine. Leur obsession ? Minimiser l'impact écologique de leurs lignes de production. Énergie, eau, déchets... Pénétrez dans l'usine modèle en matière environnementale.

Alimentée en eau par la pluie et en énergie par le soleil, une usine recycle ses déchets sur ses propres lignes de production. Utopie écolo ? Plus maintenant. Une poignée d'industriels s'inspire en effet de la démarche Haute qualité environnementale (HQE), inventée pour les bâtiments tertiaires, pour construire des usines vertueuses. Même si aucune certification n'existe pour les sites industriels, ces pionniers posent les premières pierres d'une future usine HQE. « Par préoccupation environnementale, mais aussi pour anticiper de nouvelles réglementations », témoigne Didier Margerand, président d'Enag, un spécialiste en électronique de puissance et en électromécanique engagé dans cette démarche. Industrie et Technologies a poussé la porte de ces industriels précurseurs et en a retenu cinq leçons. Tour d'horizon des chantiers prioritaires pour rendre votre usine respectueuse de l'environnement.

1-Énergie : priorité à la sobriété

Solaire, éolien, pompe à chaleur... Pour débuter le chantier de l'usine HQE, les économies d'énergie constituent une entrée en matière facile à mettre en oeuvre. Grand classique, la gestion intelligente des éclairages associe capteurs de luminosité dans les ateliers, et détecteurs de présence dans les vestiaires, les couloirs, les sanitaires, les salles de réunion... Encore plus simple, une autre astuce consiste à enlever les néons superflus.

Mais ces mesures - nécessaires - ne suffiront pas. Le fabricant d'équipements sanitaires SAS a été plus loin et mis en oeuvre un zonage thermique. Au lieu d'être homogène, le chauffage de sa nouvelle usine en construction est adapté à chaque espace de travail. Dans la zone de stockage, peu fréquentée, SAS se contentera d'une température de 13 à 14 °C. À la production, l'énergie récupérée par une pompe à chaleur (chargée de refroidir les presses à injection) réchauffera les ateliers. Côté montage, des diffuseurs seront placés au-dessus des postes de travail et raccordés à la pompe à chaleur (PAC). Ils concentreront le chauffage sur les opérateurs.

Après la diète énergétique, penchez-vous sur la source d'approvisionnement. Comme chez SAS, la PAC est souvent retenue pour sa maturité technologique. Deléage, spécialiste du plancher chauffant, a opté pour une pompe eau/eau dans ses bureaux. Mais pour ses ateliers, il a privilégié la version air/air avec soufflage par des manches perforées. « La puissance nécessaire de 400 kW était trop grande pour une pompe eau/eau, limitée par le débit de la nappe phréatique », justifie Bruno Guérin, responsable qualité, sécurité et environnement chez Deléage.

Le photovoltaïque est intéressant malgré un retour sur investissement très long, de l'ordre d'une quinzaine d'années. Alors, pour s'équiper, l'idéal est de profiter de la construction d'un bâtiment neuf ou de la rénovation d'une toiture. Vous investirez dans des travaux qui, de toute façon, auraient eu lieu. Choisissez un fournisseur qui puisse présenter de solides références. Et, surtout, gardez un oeil sur le projet. En particulier, surveillez qui sera propriétaire de l'installation. L'eau chaude solaire est plus simple à mettre en oeuvre. Chez le fabricant de mobilier de cuisine Salm, elle couvrira l'intégralité des 1000 litres de consommation quotidienne.

2-Architecture : un bain de soleil

Désormais, le bâtiment contribue à la productivité de l'usine en réduisant sa soif énergétique. Le choix des matériaux de construction est un premier pas. Le béton possède une meilleure inertie thermique que le métal. Les dimensions du bâtiment ne sont pas non plus choisies au hasard. Vous pouvez minimiser son volume pour réduire les besoins de chauffage. Mais le principal objectif de l'architecte sera de capter les rayons du soleil.

Tout l'enjeu consiste à trouver la proportion de surface vitrée optimale. Suffisante pour disposer d'un maximum de lumière naturelle... mais pas trop grande pour éviter d'avoir à rafraîchir les locaux, ce qui impliquerait une surconsommation d'énergie. Plus que leur surface totale, la disposition des baies vitrées s'avère essentielle. Salm a orienté ses verrières au nord pour bénéficier d'un éclairage naturel constant en hiver, sans surchauffe en été. Autre solution, chez Enag : « Notre hauteur de plafond variait d'une zone de travail à l'autre. La différence de niveau est construite avec un matériau translucide, qui laisse passer la lumière », évoque Didier Margerand, son président.

3-Eau : au compte-gouttes

Comme l'énergie, l'eau est à consommer avec modération. Commencez par une analyse globale de votre process pour connaître vos consommations d'eau... et vos besoins réels. « Pour réduire sa soif, mieux vaut associer différentes solutions parmi le recyclage, le forage et la récupération d'eau de pluie », préconise Cédric Fontaine, le directeur développement d'Inovaren, spécialiste de la gestion de l'eau.

C'est la nature de vos effluents qui déterminera vos possibilités de recyclage et son coût. « Tandis que les hydrocarbures et les matières en suspension sont facilement récupérables, l'ammoniaque et certains métaux lourds sont plus coûteux. Leur traitement est plus dangereux et/ou énergivore », prévient William Maufroy, président du bureau d'études Ingeneo.

Le forage est la solution d'approvisionnement en eau à bas coût, mais suppose des autorisations administratives. Quant à la récupération d'eau de pluie, destinée aux opérations d'arrosage ou de lavage, trois points sont à surveiller : le niveau de filtration, le pH et les conditions de stockage. Mais à la clé, les économies ne sont pas négligeables. En récupérant l'eau de pluie, Salm espère ainsi économiser 1 000 m3 par an, soit 40 % de ses besoins. Deléage, lui, les a divisés par trois.

4-Rebuts : vers le zéro déchet

Dans l'usine HQE, le tri sélectif ne suffira pas. Une véritable organisation interne doit être mise en place pour tendre vers le zéro déchet. Comprenez : 100 % de déchets valorisés. Pour y parvenir, commencez par réduire leur quantité. Pour vos achats, faites vous livrer dans des emballages réutilisables. Vos fournisseurs récupéreront les caisses vides en apportant les pleines. Pour ne pas générer de déchets sur les lignes de production, centralisez le déballage des marchandises dans le magasin de réception.

Le principal défi portera plutôt sur les chutes de la fabrication. Essayez d'abord de les recycler en interne. SAS réinjecte, après broyage, ses morceaux de plastique dans ses lignes de production. Chez Salm, le chauffage est assuré par les chutes de bois issues des ateliers et valorisées dans une chaudière de 5,5 MW. « À pleine puissance, en hiver, elle en consomme 30 tonnes par jour et couvre l'intégralité des besoins de chauffage », assure Bernard Muller, le directeur industriel de Salm.

5-Bruit : le silence est d'or

La démarche HQE passe également par le confort et la santé des salariés, notamment pour le bruit. Dans l'usine HQE d'Enag, le revêtement intérieur des murs est microperforé. Chez Salm, des panneaux d'absorption phonique sont apposés aux murs et le bardage du plafond est conçu pour absorber les sons. Au lieu d'être réverbérés, ils sont captés dans une chambre d'isolation. L'industriel alsacien a pris conseil auprès de la Caisse régionale d'assurance maladie pour, au final, une baisse du niveau sonore de 50 % dans ses ateliers, à 80 dB(A), soit l'équivalent d'une rue à gros trafic. « À ce niveau, l'oreille peut récupérer la nuit », garantit Jean-Claude Meyer, son responsable production. Ce n'est pas encore le calme bucolique de la campagne mais les fondations d'une usine respectueuse de l'environnement... et de ses opérateurs.

IMPACT

En France, l'industrie manufacturière émet 20 % des gaz à effet de serre.

Le HQE c'est quoi ?

L'association HQE (Haute qualité environnementale) réunit les acteurs du bâtiment pour établir des référentiels de performance environnementale. Fondée en 1996, elle a créé des certifications pour les immeubles de bureaux, hôtels, commerces, hôpitaux, plates-formes logistiques... Pas encore pour les usines. Ses référentiels portent sur quatorze critères, répartis en quatre thématiques : écoconstruction, écogestion, confort et santé.

60 % d'économie d'énergie

En reconstruisant son usine, détruite par un incendie en 2006, le spécialiste du chauffage au sol Deléage s'est fixé une priorité : la sobriété énergétique. Le résultat est au rendez-vous. L'industriel a réduit sa consommation de 60 % (85 kWh/m² par an contre 211 auparavant). Son secret ? Exit le gaz et le fioul. Deléage a supprimé tout ce qui n'était pas électrique. Il se chauffe avec une pompe à chaleur. Pour son bâtiment de 5 300 m², l'industriel a misé sur la domotique. Baies vitrées, capteurs de présence et de luminosité... « En été, entre 6 heures et 21 heures, nous n'avons besoin d'éclairer les ateliers que pendant 1 h 30 », évalue Bruno Guérin, son responsable qualité, sécurité et environnement. Deléage a aussi remplacé ses 800 néons par 52 lampes à iodure métallique de 250 W. Bilan global : neuf mois seulement avant retour sur investissement, 9 000 euros d'électricité économisés par an et 12 000 euros sur la maintenance.

ANNE LEITZGEN PRÉSIDENTE DE SALM« Oubliez la rentabilité à court terme »

« Un conseil pour vous inspirer de la démarche HQE : passez par un bureau d'études spécialisé. Verrières, isolation phonique, récupération des eaux de pluie... Chaque solution doit être étudiée séparément, mais oubliez la rentabilité à court terme. On ne choisit pas le photovoltaïque pour gagner de l'argent ! La décision d'investir, dans des solutions respectueuses de l'environnement ou le confort des opérateurs, se prend d'abord par conviction personnelle. Inutile, donc, de chercher à tout quantifier. Vous ne pourrez pas prévoir exactement l'impact de l'éclairage naturel sur la facture électrique. Mais, à terme, cette démarche va globalement dans le bon sens. Celui des économies d'eau, d'énergie et d'une meilleure productivité. »

TROIS SOURCES POUR S'INFORMER

1. Un architecte spécialisé s'impose pour les spécifications techniques qui échappent au domaine de compétence de l'industriel, en particulier les énergies renouvelables. 2. Les salons professionnels sont l'occasion de rester en veille sur l'efficacité énergétique et le niveau sonore des machines utilisées dans le process. 3. Les retours d'expériences des autres industriels sont une mine d'astuces pour réduire les consommations d'eau, d'électricité, la quantité de déchets...

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