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Ils donnent sa vraie mesure à l'hydratation de la peau

Jean-Charles Guézel
À l'origine, l'objectif était scientifique : mettre au point un instrument de mesure basé sur un nouveau capteur ultraprécis, le SkinChip. Le tandem pourrait aborder prochainement un volet plus commercial.

Cela a commencé par un article de presse. Le descriptif d'une famille de capteurs... Un sujet qui, bien qu'a priori éloigné de l'univers de la beauté, a littéralement captivé l'un des principaux responsables R&D de L'Oréal. Cela pour une raison simple. En tant que directeur de la prospective de cette prestigieuse maison, Jean-Luc Lévêque - le lecteur dont il s'agit - est en permanence à l'affût de moyens d'investigation susceptibles de faciliter la mise au point des crèmes et autres onguents. Or dans cette quête, les capteurs d'empreintes digitales - ceux décrits dans l'article - semblaient idéals pour l'analyse et l'observation de la peau.

Au départ, un détecteur d'empreintes

C'est avec cette idée en tête que Jean-Luc Lévêque contacte tout d'abord l'entreprise Atmel. Rapidement, il s'avère que les capteurs thermiques au format "barrette", dans lesquels Atmel s'est spécialisé, n'étaient pas les meilleurs pour l'application visée. « Obtenue en déplaçant le capteur sur la zone étudiée, l'image peut en quelque sorte onduler si la peau est autre que le bout d'un doigt ; par ailleurs, l'hydratation de l'épiderme, l'une des principales préoccupations en cosmétique, ne peut être déduite facilement d'une mesure thermique », explique Jean-Luc Lévêque.

Par chance, ces deux inconvénients étaient totalement balayés avec l'autre technologie utilisée en capture d'empreintes, à savoir les réseaux capacitifs. C'est donc vers STMicroelectronics, l'un des spécialistes reconnus de cette technologie, que se tourne alors Jean-Luc Lévêque.

Comment fonctionne un détecteur capacitif ? « Le principe consiste à dresser une cartographie du microrelief de la peau en mesurant la capacité électrique au niveau de chaque pixel », explique Patrick Bouju. Celui-ci fut le principal interlocuteur de Jean-Luc Lévêque chez STMicroelectronics, dans un premier temps, avant de le devenir en tant que vice-président d'Upek, le spin-off récemment créé par le fondeur dans le domaine des systèmes biométriques. « Cette capacité est maximale pour les parties de la peau en contact avec le capteur, c'est-à-dire les bosses, et minimale dans le cas inverse, autrement dit pour les creux. La mesure étant capacitive, le résultat obtenu dépend fortement de la quantité d'eau présente, et donc de l'hydratation », poursuit Patrick Bouju.

Au final, un instrument de laboratoire unique

Simple. Restait toutefois à apprivoiser cette technologie et à l'adapter aux besoins spécifiques de la cosmétologie. C'est là-dessus que s'est véritablement opéré le partenariat entre les deux entreprises.

Baptisé SkinChip, le capteur en question est dérivé d'un produit standard mis au catalogue d'Upek sous le nom de TouchChip. Doté de plus de 92 000 pixels (360 x 256) sur une surface de 18 x 12,8 mm, il affiche une résolution de 508 dpi, ce qui correspond à un pas de 50 micromètres. C'est au niveau des logiciels applicatifs que les deux produits se distinguent : « L'adaptation du dispositif aux sites cutanés moins hydratés que le bout des doigts a nécessité un important travail collaboratif, tout particulièrement pour ce qui concerne l'optimisation des logiciels de traitement d'images », précise le responsable d'Upek.

Si le développement du SkinChip se poursuit encore aujourd'hui, c'est d'ores et déjà un instrument de laboratoire unique en termes de facilité d'emploi et de précision. Tellement précis, même, qu'il a permis à L'Oréal de définir tout un ensemble de nouveaux paramètres cosmétologiques très utiles pour mieux caractériser l'efficacité des produits et ainsi distancer la concurrence. « Mais certains de ces paramètres pourraient aussi très bien, à l'avenir, être exploités dans une approche nettement plus commerciale », admet Jean-Luc Lévêque. C'est le cas notamment de l'examen des directions privilégiées prises par les sillons de la peau, ou encore du nombre de croisements par unité de surface : deux excellents indicateurs de vieillissement. « Pour l'instant, nous lançons de nouveaux cosmétiques : l'hydratant Thermal Fix de Vichy, il y a de cela quelques semaines, et bientôt un rouge à lèvres traitant chez Lancôme... Demain, si ce capteur est diffusé ailleurs, hors de nos laboratoires, il pourrait être question d'un portail esthétique sur Internet ou de l'optimisation des soins en instituts », estime le chercheur.

C'est bien sûr dans cette seconde phase qu'Upek, qui s'est jusque-là contenté de vendre quelques dizaines de capteurs à son partenaire, espère tirer profit de cette alliance. « Nos détecteurs d'empreintes sécurisent déjà des milliers de téléphones portables au Japon. Grâce au SkinChip, ces téléphones pourraient devenir capables de capturer et de transmettre l'image de la peau des utilisateurs directement aux spécialistes qui en prennent soin », imagine pour sa part Patrick Bouju. Pour les fabricants de téléphones haut de gamme, ce serait alors, évidemment, une raison supplémentaire de choisir Upek.

L'apport de L'ORÉAL

- Expertise dans le traitement des images dermatologiques Les gains - En laboratoire : mise au point de nouveaux produits cosmétiques - Au plant commercial : applications possibles en institut, ou même chez le particulier

L'apport de STMICROELECTRONICS/UPEK

- Le capteur, la technologie associée Les gains - Validation du capteur dans une application ultra-exigeante - Retombées en matière d'image - Marché significatif si applications commerciales

LES PARTENAIRES

L'ORÉAL - Spécialiste des produits cosmétiques et dermatologiques, parfums, shampooings, avec des marques comme Biotherm, Garnier, Lancôme, La Roche-Posay, Vichy... Son chiffre d'affaires est de 14 milliards d'euros pour un effectif de 50 000 personnes. STMICROELECTRONICS/UPEK - STMicroelectronics fabrique des semi-conducteurs (circuits intégrés, composants de puissance, capteurs...). Le chiffre d'affaires est de 7,2 milliards de dollars et l'effectif est de 45 000 personnes - Upek est spécialisé dans les systèmes biométriques (capteurs et logiciels).

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