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Il y a 100 ans les taxis de la Marne sauvaient Paris

Jean-François Preveraud

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Il y a 100 ans les taxis de la Marne sauvaient Paris

Le taxi de la Marne de la collection Renault

© JF Prevéraud

On va célébrer ce week-end le centenaire de la Bataille de la Marne qui sauva Paris de l’invasion allemande. Plus que les 5 000 soldats acheminés, c’est l’effet psychologique provoqué par l’utilisation de simples taxis qui remotiva les troupes et la population dans un élan de résistance qui brisa l’élan de l’ennemi. La guerre de mouvement céda alors la place à la guerre de position pour quatre longues années.

Un mois après de début de la Grande-Guerre l’avant-garde de l’armée allemande bivouaque le 3 septembre au Plessis-Belleville à 50 km au nord-est de la capitale. La situation est grave et il faut d’urgence amener des troupes fraiches au-devant de l’ennemi pour arrêter sa progression rapide.

Sous les ordres du commandant en chef Joffre, le général Galliéni, gouverneur militaire de Paris, donne l’ordre le 4 septembre à la 6e Armée française de se redéployer entre le nord-est de Paris et de marcher vers l’est entre l’Ourcq et la Marne. Elle rencontre les avant-gardes de la 1e armée allemande de Von Kluck du côté de Nanteuil-le-Haudouin, à une quarantaine de kilomètre de Paris.

Le taxi de la Marne

La Renault type AG est née au cours de l’été 1905, et son procès-verbal de réception par le service des Mines pour une puissance de 8 cv est daté du 26 septembre 1905. Il est équipé d’un moteur Renault 2 cylindres de 1 060 cm3 (75x120 mm) qui propulse ce véhicule de 1 050 kg à près de 40 km/h. Après une année d’essais la Compagnie française des automobiles de place, séduite par sa simplicité et sa robustesse, le retient comme véhicule de base, ce qui le popularisera auprès des nombreuses autres compagnies de taxis parisiennes. Il y avait à l’époque une quarantaine de taxis automobiles à Paris qui faisait la part belle aux fiacres.

Ce véhicule, comme tous les modèles 1905, verra les tubes traditionnellement utilisés pour les châssis remplacés par des profilés en tôles embouties. De même, la suspension arrière est dorénavant assurée par deux ressorts à lames longitudinaux reliés par un troisième ressort à lames transversal situé tout à l’arrière. Enfin, le radiateur de refroidissement est vertical et placé derrière le moteur, il est refroidi par un ventilateur calé sur le volant moteur. Le châssis nu vaut alors 5 700 francs.

La cylindrée du moteur sera à 1 205 cm3 (80x120) en 1908 et passe ainsi dans la catégorie 9 cv. En 1911, le modèle prendra un peu d’embonpoint pour donner plus d’espace aux clients. En 1912, à la demande de la Compagnie générale des voitures (G3) les modèles qui lui étaient destinés furent équipés d’une direction à gauche, une première chez Renault. La fabrication cessa en 1916.

 

Pour faire face, l’envoi de troupes fraiches est crucial, mais l’Etat-major français qui avait déjà largement mobilisé les réseaux ferroviaires, se trouvait à cours de moyens de transports rapides pour une armée alors très faiblement motorisée. Le général Galliéni, le général Clergerie et le comte André Walewski, fondateur et directeur de la Compagnie française des automobiles de place, dont les véhicules étaient tous immatriculés G7, eurent conjointement l’idée d’utiliser ce moyen de locomotion pour transporter des troupes dès le 1e septembre.

Réquisitionner les taxis

Ainsi 150 taxis devaient être tenus en permanence à disposition de l’armée par les trois compagnies parisiennes, la plus importante la G7, mais aussi la Compagnie générale de voitures (G3) et Kermina métropole (G2). Et 500 devaient être disponibles dans les 12 heures. Dès le 2 septembre 180 de ces véhicules réquisitionnés alimentent en vivres et munitions les forts de Gonesse et Stains protégeant Paris au Nord-Est. Le 3 septembre 62 taxis transportent avec armes et bagages la brigade de fusiliers marins devant défendre le fort de Pierrefitte.

Des répétions générales en quelques sorte, car dans la nuit du 6 au 7 septembre ce sont 600 taxis et quelques autobus qui furent rapidement réquisitionnés pour cette fois monter au front.

Rassemblés en pleine nuit sur la Place des Invalides, 350 taxis, essentiellement des Renault AG1 carrossés en Landaulet décapotable, partent à vide à 20/25 km/h vers Tremblay-Lès-Gonesse. Quelques heures plus tard, un deuxième convoi de 250 taxis part dans la même direction. Ils seront déroutés vers Villeneuve-sous-Dampierre, à 15 kilomètres de là, puis vers Nanteuil-le-Haudouin où ils arrivent à l’aube. Ils devront y patienter jusque dans l’après-midi pour être ravitaillés en vivres et voir arriver un convoi de camions-ateliers avec des mécaniciens leur apportant essence, huile et pièces de rechange.

Vers 17h00, on fait revenir les taxis vers Sevran-Livry où les attendent deux bataillons du 104e Régiment d’infanterie. A la nuit tombée, ils embarquent alors chacun 5 fantassins en armes avec leur paquetage, direction Nanteuil-le-Haudouin où ils débarquent à l’aube leurs ‘‘clients’’.

Peandant ce temps, la réquisition s’est poursuivie à Paris et 700 autres taxis partent toujours à vide dans la matinée du 7 septembre vers Gagny, où ils chargeront trois bataillons du 103e Régiment d’infanterie à destination de Silly-le-Long, à quelques kilomètres de Nanteuil-le-Haudouin.

Une course de 70 000 Francs

Ainsi plus de 5 000 hommes auront été transportés par les taxis parisiens vers le front. Et l’Etat paiera la facture rubis sur l’ongle en fonction des sommes indiquées sur les compteurs des véhicules, soit un total de 70 000 Francs de l’époque, dont 27 % pour les chauffeurs. Certains taxis effectuèrent par la suite des transports ponctuels, notamment pour rapatrier des blessés.

Les historiens restent mesurés sur l’impact militaire de ces transports, car le nombre de soldats transportés est très faible vis-à-vis de l’ensemble des effectifs engagés, d’autant qu’il s’agissait de soldats fourbus ayant déjà été étrillés au combat dans les jours précédents. D’ailleurs ils n’occuperont que des positions défensives en seconde ligne. En revanche, l’effet psychologique provoqué par l’utilisation de simples taxis remotiva les troupes et la population dans un élan de résistance qui brisa l’avancée de l’ennemi. La guerre de mouvement fit alors place à la guerre des tranchées pour quatre interminables années.

Par contre, l’Armée avait découvert la motorisation et les taxis de la Marne cédèrent la place aux camions ainsi qu'aux chars d’assaut dont le char léger Renault FT 17. Mais c’est une autre histoire.

Jean-François Prevéraud

Pour en savoir plus : On consultera le livre Essor de la motorisation 1914 - 1918 aux Editions ETAI

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