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Il faut tourner le dos à l'incinération

THIBAUT DE JAEGHER tdejaegher@industrie-technologies.com
Brûler ses déchets en France, c'est un sport national. Contrairement à nos voisins européens, plus portés sur le tri et la valorisation matière, nous incinérons des millions de tonnes de détritus chaque année (11 exactement). Un gâchis, selon Pascale Naquin, codirectrice de Polden, qui milite pour extraire de nos poubelles toutes les matières qui s'y trouvent.

IT-On parle beaucoup de tri sélectif mais, en fin de compte, ne serait-il pas plus simple de brûler nos déchets pour les valoriser en énergie ?

Pascale Naquin. Brûler les déchets, c'est souvent contre-productif. Notamment en ce qui concerne les matières organiques. Quand on les met dans l'incinérateur, c'est surtout de l'eau que l'on brûle ! Ces déchets font donc baisser le bilan énergétique global d'une usine. En France, contrairement à nos voisins européens, nous avons historiquement beaucoup développé l'incinération et la mise en décharge. Ainsi, 60 % de nos déchets sont traités de cette manière. À l'inverse, la valorisation des matières n'a été que peu utilisée, mais cet état de fait est en train de changer. Nous constatons qu'il y a de plus en plus d'attentes autour de la valorisation. Dans ce domaine, nous avons fait le plus facile. Le bois, les métaux, le papier sont désormais bien valorisés. Mais il faut maintenant nous attaquer au plus difficile, les différents types de plastiques notamment.

IT-Les technologies sont-elles prêtes pour nous permettre de réaliser un tri efficace de ces matières ?

P. N. Globalement, oui. Il y a bien sûr quelques améliorations à apporter aux technologies pour que ces filières soient économiquement viables. On ne pourra pas mettre en place durablement ces activités et les rentabiliser en s'appuyant uniquement sur les taxes. Mais aujourd'hui des solutions efficaces existent. Les usines à compost sont des procédés éprouvés. Les machines de tri automatiques se sont aussi beaucoup améliorées. Le vrai blocage n'est pas là en fait.

IT-Le poids des habitudes constitue le frein le plus important...

P. N. Le facteur bloquant est plutôt à chercher du côté des populations qui peinent encore à adhérer au tri et du côté des collectivités qui tardent à changer leurs anciennes installations de traitement. L'agglomération lyonnaise, par exemple, dispose majoritairement aujourd'hui, pour valoriser ses déchets, d'incinérateurs. Il faudra changer les habitudes et les équipements. Si les déchets sont mieux triés, ils vont arriver dans les incinérateurs avec un pouvoir calorifique plus fort et les installations actuelles ne sont pas dimensionnées pour cela. Il y aura donc un travail à refaire sur la conception de ces équipements.

IT-Et les industriels, sont-ils préoccupés par la valorisation des déchets en matière ?

P. N. À leur demande, nous développons de plus en plus de procédés de valorisation. Ils nous interrogent aussi pour mieux caractériser leurs déchets ou connaître les matières premières disponibles dans ce cadre. En fait, nous nous rendons compte qu'ils sont en attente d'informations et de solutions pour trouver, près de chez eux, des solutions de valorisation. Et ce, plus qu'en quête de nouvelles technologies. Sur ce plan, ils mènent généralement leurs propres travaux de recherche.

LA SPÉCIALISTE DES DÉCHETS

Pascale Naquin est codirectrice de Polden, une structure, issue d'Insavalor (la filiale valorisation de la recherche de l'Insa de Lyon), qui mène des études à caractère scientifique et technique autour de la dépollution et du traitement des déchets. Depuis 1988, elle travaille sur des projets de recherche menés sous contrat avec les collectivités ou les industriels.

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