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Loi Economie circulaire : « Il faut aborder la question des plastiques avec un esprit scientifique », lance le député écologiste François-Michel Lambert

Alexandre Couto
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Loi Economie circulaire : « Il faut aborder la question des plastiques avec un esprit scientifique », lance le député écologiste François-Michel Lambert

La loi Economie Circulaire, qui a été définitivement adoptée le 30 janvier par le Parlement, introduit des mesures fortes concernant les plastiques. François-Michel Lambert, député écologiste des Bouches-du-Rhône et président de l'institut de l'économie circulaire, déplore que la loi mette l'accent sur des « interdictions aux allures de coup de com' » et « rate l'essentiel sur le plan de l'économie circulaire ».

La loi sur l’Economie circulaire a été définitivement adoptée hier par le Parlement. Quel est votre avis sur ce texte ?

Il est frustrant. Si la loi se penche sur la question de la pollution plastique, elle rate l’essentiel sur le plan de l’économie circulaire. Au-delà des annonces, très médiatiques, comme l’interdiction des emballages plastiques à usage unique en 2040 ou encore l’objectif de recycler 100% des matières plastiques à l’horizon 2025, rien n’a été mis en place pour faire entrer notre économie dans l’ère du circulaire. Notre modèle actuel est celui de l’hyper gaspillage des ressources, toutes matières confondues, et nous devons trouver un modèle de développement en accord avec les limites de notre planète. L’interdiction du plastique et sa substitution par d’autres matériaux n’est pas forcément la meilleure solution si nous voulons mettre en place un modèle vertueux.

La notion d’économie circulaire est-elle une nouveauté du point de vue législatif ?

Non, loin de là. Elle a été introduite dans l’article 74 de la loi dite de Transition énergétique pour la croissance verte en 2015. Celui-ci vise un découplage progressive de la croissance de l’économie française de sa consommation de matières premières. Le texte fixait même une feuille de route : une réduction de 30% de la consommation des ressources par rapport au PIB d’ici à 2030, par rapport à 2010, ainsi qu’une diminution de la consommation intérieure de matière par habitant. A aucun moment, la nouvelle loi ne rappelle ces objectifs et aucune feuille de route n’a été définie pour les atteindre. A minima, on pouvait dire « ces objectifs ne sont plus les nôtres » ou alors, « nous les changeons », mais il n’y a pas eu de débat.

La question des matières plastiques a polarisé l’attention lors des discussions

Effectivement, les débats se sont focalisés rapidement sur la question du plastique. Bien que nous devions avoir une approche plus raisonnée sur notre consommation de cette matière – j’ai moi-même fait interdire certains produits à usages uniques comme les gobelets, les couverts, les touillettes – il faut être lucide sur notre manière de sortir du tout plastique. Nous nous retrouvons maintenant avec différentes interdictions étalées sur plusieurs années et avec cette annonce, aux allures de coup de com', d’une interdiction en 2040 de tous les emballages plastiques à usage unique. Pour avoir des connaissances techniques dans le domaine de l’emballage alimentaire, je sais de quoi je parle : il s’agit de 100 000 références et 100 milliards d’unités à faire disparaître en 20 ans. C’est une chantier… pour ne pas dire une utopie.

Les industriels pointent des interdictions qui vont réduire le gisement de matière recyclée. Etes-vous d’accord avec cette critique ?

Même si les industriels des plastiques sont souvent restés sur un modèle ancien, linéaire plutôt que circulaire, je ne leur donne pas tort sur ce point. Encore une fois, le texte manque de visibilité sur une stratégie centrée sur l’économie circulaire. A mon sens, il faudrait revoir l’objectif en ces termes : zéro plastique d’origine fossile en 2030. Pour y arriver nous avons trois possibilités : soit l’objet disparaît, comme pour les pailles ou les touillettes, soit on substitue le plastique par un autre matériau, ce qui n’est pas toujours la solution la plus écologique ni économique, soit enfin on utilise du plastique recyclé à 100%. Dans ce cadre, nous continuerons à avoir de la croissance, sans prélever les ressources naturelles. Il faut que chaque gramme de plastique usagé devienne l’équivalent d’une goutte de pétrole.

Les technologies actuelles permettent-elles un recyclage à 100% ?

Pour le moment non, car le recyclage mécanique est limité. Des experts du chimiste LyondellBasell ont annoncé qu’ils atteindraient un niveau industriel dans le domaine du recyclage chimique du plastique en 2025. Cette technologie permet de retourner au monomère, brique de base pour produire de nouveaux plastiques. Ils ont déjà présenté leurs premières sorties de laboratoire. On peut alors imaginer qu’à partir de 2030 l’industrie sera capable de produire des plastiques uniquement à partir des déchets.

Il y a pourtant de nombreux types de plastiques. Pourrons-nous tous les traiter chimiquement ?

Non, mais nous pouvons réduire l’éventail des plastiques que nous allons devoir recycler. Il faut aborder la question des plastiques avec un esprit scientifique, et être transparent sur les raisons de l’interdiction ou du maintien de certains produits. Pour aller dans ce sens, je propose la création d’un outil : une agence nationale des plastiques. Celle-ci disposerait d’un budget, de permanents, d’un conseil scientifique… elle permettrait d’évaluer les stratégies à adopter en fonction des besoins et des produits.

Les plans quinquennaux, prévus par la loi pour évaluer quels produits devront quitter le marché d'ici 2040, ne sont-ils pas adaptés ?

Pour le moment, nous avons peu d’informations sur ces plans. Nous devons attendre les décrets d'application. Comment seront-ils mis en œuvre ? Dans quels délais ? Avec quelle acceptation par les citoyens ? Il n'y a rien de concret. Ces plans quinquennaux devront rassembler industriels, ONG, représentants des consommateurs, scientifiques et collectivités… sous peine de voir les décisions systématiquement critiquées. Il faudra redéfinir un objectif commun.

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