Nous suivre Industrie Techno

Il a inventé le papier haute sécurité

LUDOVIC FERY
Après un démarrage dans la publicité, la société Hologram Industries s'est reconvertie dans la sécurité. Billets de banque, passeports et documents d'identité internationaux portent désormais la marque reconnaissable - et surtout infalsifiable - du Français.

Un temps, ils ont été la lubie des directeurs de communication, omniprésents sur les supports de communication institutionnels. Mais les hologrammes n'ont plus la cote dans la publicité. L'effondrement de ce marché a bien failli entraîner dans sa chute Hologram Industries, qui a vu son chiffre d'affaires sur ce secteur réduit à zéro en moins d'un an. Une situation à laquelle son PDG, Hugues Souparis, a brillamment fait face. Avant la crise, l'ingénieur a en effet eu le flair de se tourner vers la sécurité. Une stratégie plus que payante vingt ans plus tard, puisque l'entreprise est non seulement profitable, mais continue à conquérir de nouveaux marchés partout dans le monde.

L'INNOVATEUR : Un créateur dans l'âme

Hugues Souparis a été très tôt intéressé par la création de produits technologiques. Étudiant à l'École centrale de Marseille, il a 23 ans quand il monte avec ses camarades Kréops, une petite société de design d'objets publicitaires innovants, qui gagne la confiance de plusieurs marques (Kickers, Radio Monte Carlo, Caisse d'Épargne). C'est par le biais d'un article de presse qu'Hugues Souparis découvre les hologrammes, au début des années 1980. Ayant accès à du matériel pour les fabriquer dans le cadre d'un cours pratique de l'École normale supérieure de Marseille, il s'y met sur son temps libre. L'élève ingénieur produit ses premières images holographiques sur des plaques de verre enduites. L'idée de monter Hologram Industries lui vient en 1984, lorsqu'il rencontre son associé Denis Lachaud, alors qu'ils sont tous deux consultants pour monter des expositions à la future Cité des sciences et de l'industrie. La start-up a dès le départ l'ambition d'exploiter tout le spectre d'application des hologrammes. C'est pourquoi Hugues Souparis regarde avec intérêt le marché de la sécurité, dès l'apparition des premiers hologrammes sur les cartes de crédit aux États-Unis, au milieu des années 1980. Le soutien de plusieurs investisseurs, convaincu par un plan financier de cinq millions de francs (760 000 euros), lui permet de se doter de sa propre chaîne de fabrication, élément indispensable pour s'exporter sur ce marché stratégique. Les premiers contrats en sécurité sont signés au début des années 1990 avec Cofinoga et le groupe Accor. Depuis, une soixantaine de pays dont l'Égypte, la Chine ou le Mexique ont adopté une ou plusieurs solutions du Français.

LA TECHNOLOGIE : Des hologrammes infalsifiables

Pour sortir du lot, Hologram Industries mise tout sur l'innovation, quitte à ce que le temps de développement dépasse la durée de vie commerciale du produit lui-même. C'est cette prise de risque qui lui fait remporter, en 1998, devant des concurrents plus gros que lui, le marché des billets de 50, 100 et 200 euros auprès de la Banque centrale européenne. Ou encore celui des passeports biométriques français en 2005. Sur les documents d'identité, l'hologramme baptisé DID a la particularité de permuter ses couleurs lorsqu'on l'incline de 90 degrés. Un effet visuel a priori simple, facile à contrôler sur le terrain, mais extrêmement délicat à fabriquer. « Les technologies que cela implique ne sont pas aujourd'hui dans les mains des contrefacteurs. À ce jour, le DID est la seule technologie d'authentification visuelle à n'avoir jamais été contrefaite », se félicite Hugues Souparis. L'industrialisation a posé plusieurs défis, depuis l'invention de l'effet visuel au Centre d'électronique et de microtechnique de Neuchâtel (Suisse) jusqu'à la duplication à haute vitesse des motifs sans dégrader l'empreinte initiale sur le moule négatif, en passant par la maîtrise de la pulvérisation sous vide et de l'épaisseur des dépôts, qui ne doit pas varier de plus de 10 %.

LE SUCCÈS : L'importance de la première référence

« Vingt-cinq pays ont adopté notre solution DID », souligne Hugues Souparis, qui pointe l'importance de la première référence dans le domaine de la sécurité. La Slovaquie a ainsi été pionnère en adoptant le DID pour ses passeports en 2003. Sept ans plus tard, la même technologie a été sélectionnée pour protéger les billets de monnaie philippins. Un marché bien plus intéressant en volume que celui des documents d'identité. À terme, le dirigeant espère même réaliser l'essentiel du chiffre d'affaires de la société sur les billets de banque. Pour rester dans la course, la PME mise sur la R&D, en réunissant des profils pointus et variés, d'opticiens, de designers ou même de chimistes. « Il est intéressant pour une entreprise comme la nôtre d'avoir plusieurs technologies à son arc ; plus une équipe est interdisciplinaire, plus elle a de chances de faire de l'innovation de rupture ». Dernière compétence acquise par Hologram Industries : l'informatique, avec le rachat en 2010 de la société hollandaise Keesing Reference Systems. Ce sont ainsi huit doctorants qui travaillent à la conception de solutions d'authentification en ligne pour les professionnels et d'applications pour le grand public. Le PDG ambitieux rêve du jour où le client lambda pourra contrôler lui-même l'authenticité et l'origine d'un produit, en lisant sur son smartphone l'hologramme qui lui est attaché. Les puces RFID n'ont qu'à bien se tenir.

L'HOLOGRAMME À PERMUTATION DE COULEUR

Produit phare d'Hologram Industries, le DID est inclus dans un film de protection recouvrant les données du document d'identité. Impossible d'enlever ce film sans détruire l'hologramme associé. Comme un miroir, il diffuse sous la lumière une Marianne rouge sur une carte de France verte (1). Si on tourne la pièce d'identité à 90 degrés, les couleurs s'inversent, et représentent une Marianne verte sur un fond rouge (2). Pour produire cet effet visuel, il combine deux phénomènes optiques : la diffraction de la lumière par un microréseau et, lorsque le passeport est pivoté d'un angle droit, par une couche mince superposée à ce microréseau. L'hologramme est ainsi contrôlable rapidement à l'oeil nu par les douaniers ou les services d'ordre.

HUGUES SOUPARIS

Ingénieur diplômé de Centrale Marseille, Hugues Souparis est le PDG d'Hologram Industries depuis la création de la société en 1984. En 2012, il a reçu du gouvernement le prix de l'audace créatrice, qui récompense l'action d'une PME productive en France. Le PDG siège en tant qu'administrateur au sein d'Oséo Innovation. Il est membre de l'association d'entrepreneurs Croissance plus.

vous lisez un article d'Industries & Technologies N°0953

Découvrir les articles de ce numéro Consultez les archives 2013 d'Industries & Technologies

Bienvenue !

Vous êtes désormais inscrits. Vous recevrez prochainement notre newsletter hebdomadaire Industrie & Technologies

Nous vous recommandons

Il ouvre les portes de la troisième dimension

Dossiers

Il ouvre les portes de la troisième dimension

Pionnier des jeux vidéo, de la réalité virtuelle et des objets connectés, Sylvain Huet est l'incarnation du[…]

Il rend la vue aux aveugles

Il rend la vue aux aveugles

Il a inventé les nanomédicaments

Il a inventé les nanomédicaments

Il sait anticiper vos désirs

Il sait anticiper vos désirs

Plus d'articles