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Prix des ingénieurs de l'Année

Il a greffé des yeux et un cerveau à la ville de Mexico

SOPHIE EUSTACHE
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Il a greffé des yeux et un cerveau à la ville de Mexico

© Pascal Guittet

Olivier Flous a reçu le Prix de l'ingénieur de l'année pour un Projet industriel

Il a mis en place pour Thales, en collaboration avec l'opérateur Telmex, le projet Ciudad Segura, un système de sécurité intégré à la ville de Mexico. Doté de 8 000 caméras et de cinq centres de contrôle, ce système traite l'ensemble des incidents et gére les ressources humaines en temps réel.

Comment sécuriser Mexico, une des mégalopoles les plus grandes du monde où vivent 22 millions d'habitants ? L'équipe de Thales menée par Olivier Flous et composée de 400 ingénieurs, en collaboration avec l'opérateur latino-américain Telmex et la ville de Mexico, a mis quatre ans à construire sa réponse. Il s'agit d'un réseau de vidéosurveillance constitué de plus de 8 000 caméras et d'un système de contrôle et de commandement intégré (5 centres de 100 opérateurs), 5 600 bornes d'appel, des drones, ainsi que deux centres mobiles. Pour alimenter ce système, Thales s'est appuyé sur des fondations spartiates. « Ce qui existait à Mexico ? » Olivier Flous, chef du projet Ciudad Segura chez Thales, fait semblant de réfléchir avant de répondre : « Le système de communication radio de la police. Nous nous sommes intégrés dans ce système de communication et nous avons ajouté le reste des technologies »;

Et ce « reste » n'est pas un détail. Il a fallu, tout d'abord, installer 8 000 caméras. « Nous avons fabriqué des mâts munis de caméras de surveillance et de haut-parleurs, que Telmex a déployés. L'opérateur se charge aussi du flux vidéo et audio. Nous ne développons cependant pas tout nous-mêmes. Nous avons acheté les caméras sur le marché, mais nous avons développé les logiciels du système de vidéosurveillance ». Avec 40 000 appels collectés par jour, la gestion du big data est l'un des éléments clés du système. « Sa complexité va augmenter puisque nous aurons bientôt 15 000 caméras connectées. Il faut gérer la volumétrie des informations remontées. L'outil principal utilisé est un outil de Business Intelligence qui s'appelle Qlikview, ainsi que des outils qui nous sont propres pour la fouille de données dans les enregistrements vidéo. Nous avons aussi totalement conçu et installé ces infrastructures informatiques et de traitement des données, il s'agit de gros data centers. Ils sont protégés de manière physique et logique, et capables d'assurer une gestion en mode dégradé - le système permet une reconfiguration si un centre de contrôle est endommagé. [Mexico est une ville sujette aux catastrophes climatiques, séismes et glissements de terrains, ndlr] », explique Olivier Flous. Pour rendre ces infrastructures intuitives aux opérateurs, Thales a dû développer des interfaces entre ces sous-systèmes pour que la boucle entre la détection de l'incident et l'intervention des forces de police soit la plus courte possible. Le délai moyen d'intervention, de 15 minutes en 2009, est passé à moins de 4 minutes aujourd'hui.

Traiter les informations pour en tirer des services

« Une des premières difficultés du projet a été de comprendre comment le système allait être opéré, et comment il serait utilisé. Par exemple, pourquoi la ville avait besoin d'un système de vidéosurveillance ? Pour détecter des incidents ? Pour enquêter ? Nous avons passé beaucoup de temps à écrire les procédures d'opérations », détaille Olivier Flous. À travers ses différents capteurs et moyens de surveillance (reconnaissance des plaques d'immatriculation, capteurs de coups de feu, capteurs sismiques, détection de coupure de courant), le système remonte une quantité d'informations, qu'il faut traiter et mettre en forme pour en tirer des services. « Les logiciels de cartographie et d'analyse du big data permettent de voir l'évolution de la criminalité et de faire du renseignement », précise Olivier Flous, qui espère développer des services au-delà de la sécurité. « On veut faire de Mexico une ville intelligente et connectée. Une idée serait de développer une application pour smartphone afin que les citoyens puissent signaler des incidents. Le système pourrait aussi permettre de développer des services dans le secteur des transports. Il n'y a pas d'équivalent au monde aujourd'hui de système aussi complet et aussi intégré que celui que nous avons fourni à Mexico. Cependant, sur cette base technologique, nous fournissons des grands systèmes de surveillance de sites critiques, tel celui que nous développons actuellement pour la mosquée de La Mecque (plusieurs milliers de caméras également) ou le nouvel aéroport de Doha. Nous sommes en discussions avancées avec certaines villes pour fournir des parties de la solution déployée à Mexico ».

D'après les résultats relayés par Thales, le système de surveillance a fait ses preuves. Depuis sa mise en place, la criminalité a baissé de 32 %, et plus d'un million d'incidents ont été traités par le système, débouchant sur 102 000 arrestations. Mexico ouvre la voie des futures villes connectées et intelligentes. Cauchemar orwellien ou sérénité citoyenne ? En signant des pétitions pour l'installation de caméras dans leur quartier, les habitants de Mexico ont tranché.

PRIX DE L'INGÉNIEUR POUR UN PROJET INDUSTRIEL

OLIVIER FLOUS a commencé sa carrière chez Dassault comme ingénieur traitement de signal, puis est devenu chef de projet avant de rejoindre Thales en 2002. Alors responsable des développements logiciels du Système tactique des frégates Horizon, il rejoint les activités civiles de Thales en 2006. En 2013, il devient directeur de l'ingénierie du groupe.

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