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Huit logiciels de CAO mécanique

LUDOVIC DE SAINT MAIXANT / AGENCE TCA
Malgré la concentration des éditeurs de CAO 3D mécanique, le choix d'une solution reste un vrai casse-tête. Notamment en ce qui concerne les formats d'échange. Certes, les versions d'évaluation et les offres à la demande sur Internet se développent. Mais, pour l'heure, acheter une licence revient à s'engager sur le long terme. Des éditeurs alternatifs tentent de s'engouffrer dans la brèche.

Dans la CAO (Conception assistée par ordinateur) 3D, la guerre des prix fait rage. Les premiers tarifs de solutions professionnelles commencent à 400 euros chez Alibre. Comptez 6 000 à 8 000 euros pour ''Pro/E'' (Pro/Engineer) de PTC ou encore Inventor d'Autodesk. Chez Dassault Systèmes (DS), on commence à 6 600 euros par licence pour SolidWorks pour culminer à plusieurs dizaines de milliers d'euros avec Catia (DS n'a pas pour politique de communiquer ses prix pour Catia). Bien sûr, ces prix, collectés et recoupés dans les forums utilisateurs sur Internet, baissent en fonction des volumes. À côté de cela, dans le sillage d'Intelliplus Premium On Demand à 30 euros par mois, la CAO 3D se met timidement à l'heure du SaaS (Software as a Service ; logiciel loué à la demande sur Internet). Même Dassault Systèmes : « Le SaaS permet de faire face à un ''rush'' sur une durée d'un mois », ajoute Daniel Pyzak, directeur Europe, Moyen-Orient, Afrique de l'activité du centre de compétence Catia chez DS.

Dimensionner ses besoins

On s'en doute, ces différences de prix sont justifiées. « D'où la nécessité, de bien analyser ses besoins en fonction de la complexité des pièces à concevoir », conseille Alain Artige, responsable d'Usicad, société qui distribue Alibre Design. Avec ce dernier, on conçoit de petits assemblages mécaniques. Grand avantage, on peut faire ses premiers pas en CAO à peu de frais. Tandis que Catia (DS), Pro/Engineer (PTC) ou NX (Siemens PLM Software) ont une envergure technologique assez large et des fonctionnalités assez profondes pour supporter la conception d'un paquebot, d'un avion de ligne ou d'une gamme d'automobiles.

Le bénéfice des versions d'évaluation

Par ailleurs, une fois qu'on choisit son logiciel de CAO, on est engagé (certains disent ''pieds et poings liés'') au contrat de maintenance de l'éditeur. Les coûts peuvent atteindre 1 200 euros par an et par licence. D'où l'intérêt, face à l'ampleur de l'investissement, de recourir à un conseil spécialisé pour faire son choix. « Notre accompagnement couvre l'analyse des besoins, la méthodologie de conception et la formation », précise Laurent Dousset, directeur marketing du cabinet Ares. Reste à s'assurer que la société de conseil n'est pas inféodée à un éditeur... Pour pallier cette éventualité, autant télécharger sur Internet des versions d'évaluation d'un mois comme le proposent officiellement Alibre, Autodesk, Solid Edge ou YellowCAD... « Difficile de se faire une opinion en si peu de temps. Sans compter que la formation reste indispensable », analyse toutefois Richard Comte, responsable commercial d'Autodesk. « En revanche, la démarche est intéressante pour découvrir les fonctionnalités d'une nouvelle version ou pour tester des modules externes. »

Les limites de l'interopérabilité

Il n'y a pas si longtemps, les sous-traitants étaient obligés de s'équiper de la solution de CAO de chacun de leurs clients. Inconvénient : autant de clients, autant de solutions, autant d'investissements et de solutions à maintenir... Principale raison : les formats de fichiers issus de Catia, NX, Pro/E, Inventor, Solid Edge ou SolidWorks n'étaient que partiellement compatibles. Une manière de garder les clients captifs malgré les formats d'échange "standard'' comme STEP (Standard for the exchange of product model data), le plus utilisé, DXF (Drawing exchange format) créé par Autodesk, ou Iges (Initial graphic exchange standard). Tout n'est pas si noir : « Au-delà des géométries 3D, qu'il faut souvent réparer, on conserve quand même des annotations, des calculs ou encore des simulations », rassure Christophe Iffenecker, responsable de Siemens PLM Software France.

Cependant, cette interopérabilité a ses limites. « On perd des métadonnées qui enrichissent le fichier tout au long de son circuit de traitement. De même, on ne peut pas lire les parties qui ont été créées à partir des fonctionnalités spécifiques, notamment avec les modules métiers parfois développés par des partenaires », poursuit Christophe Iffenecker. À cet égard, la plupart des logiciels incorporent un grand nombre de modules spécialisés venant de développeurs tiers pour la tôlerie, la mécanosoudure, le routage de tuyaux et de faisceaux... Des modules qui, par ailleurs, intéressent les sous-traitants.

Autre type de besoin : pouvoir modifier des modèles CAO dont on n'est pas l'auteur. Que le concepteur originel ait quitté l'entreprise, que l'on soit partenaire d'étude ou sous-traitant, voire partenaire pour le marketing, le design ou la communication, il faut pouvoir intervenir sur un modèle sans être au fait de la méthode de construction utilisée. L'approche ''Explicite'' ou Free Form Modeling fait ici recette.

« Je peux modifier de façon très simple un assemblage conçu par une autre personne. Même si j'ignore l'historique de sa conception », affirme Richard Comte. Il n'est donc plus obligatoire de respecter le même choix de logiciel que son client. Qui plus est, la majorité des offres Free Form intègre désormais des modules permettant la lecture de fichiers d'autres éditeurs.

Le Graal de l'intégration

Autre question, faut-il s'engager dans une approche PLM (Gestion du cycle de vie des produits) avec le même éditeur que celui de la solution de CAO ? DS, PTC et Siemens PLM vont évidemment recommander à leurs clients un ''One Stop Shoping'' (on achète tout chez le même vendeur). Efficace : « Nous nous sommes équipés de Pro/Engineer pour la CAO et de Windchill pour le PLM, tous les deux de chez PTC. Cela nous garantit une certaine cohésion dans nos circuits de décision », confie Wilfried Cadiou, responsable de la filière numérique chez Construction navale de Bordeaux (CNB). De son côté, Laurent Dousset d'Ares préfère assembler des outils de PLM à des logiciels de CAO provenant d'éditeurs différents : « Nous obtenons ainsi les meilleures combinaisons du marché. Par exemple, Windchill avec Catia. Mais toutes ne sont pas possibles. »

Autre critère de sélection, l'intégration des différents modules de la chaîne de conception : CAO, IAO (calcul), simulation, FAO (fabrication), travail collaboratif, GDT et PLM. Deux géants y parviennent jusqu'à l'usine numérique : DS avec la suite Catia/Simulia/Enovia/Delmia et Siemens PLM Software avec NX/Nastran/Teamcenter/Tecnomatix. De son côté, Autodesk est en bonne voie grâce au rachat d'Algor pour le calcul et la simulation lui permettant de parler de "Digital Prototyping''- mais pas encore jusqu'à l'usine numérique et il lui manque encore un maillon FAO propriétaire. Le problème est de taille : « Dans l'univers du PLM, les industriels se confrontent à une trentaine d'éditeurs majeurs dont ils ont à intégrer les logiciels. De la CAO à la simulation en 3D, en passant par la gestion documentaire, le travail collaboratif ou la CAO électronique. C'est très cher et pas forcément très efficace... », estime James Heppelmann, directeur général de PTC. Enfin, reste la question de l'intégration avec des ERP (Enterprise ressource planning ; PGI : Progiciel de gestion intégré). L'intérêt : déterminer le coût du produit dès l'étape de conception. Sescoi y réussit dans le domaine de la conception des outillages. Mais le français Missler Software est le seul généraliste à y parvenir pour tout type de conception. Un cas unique au monde.

Enfin, notons un timide début de prise en compte de l'écoconception dans les logiciels de CAO. Pour le moment seuls PTC et SolidWorks intègrent dans leur offre des modules capables de déterminer et de comparer le coût écologique de différentes variantes d'un projet. Une approche novatrice qui devrait se généraliser rapidement.

REPRISE

Après plus de 20 % de baisse en 2009, le marché mondial de la CAO devrait progresser de 5 % en 2010. (Sources : Cimdata...).

LE PLUS INTÉGRÉ

TOPSOLID MISSLER SOFTWARE Missler Software intègre CAO, IAO, FAO, SGDT et ERP (Enterprise ressource Planning ou progiciel de gestion intégré). Intérêt : constituer un modèle unique de données de référence à la fois pour la CAO et la gestion. De quoi satisfaire des modèles économiques d'entreprises travaillant à la commande, sur prévisions commerciales, à l'affaire ou au négoce. En couplant les aspects industriels avec les aspects économiques, on simplifie grandement la création de produits en phase avec le marché et la gestion d'une PMI. FICHE TECHNIQUE Type de CAO : Paramétrique 3D solide et surfacique ainsi qu'hybride. Interfaces : DXF, DWG, STEP, Iges, VDA, STL, Acis, Parasolid, HPMe, Medusa, Solid Edge, SolidWorks, Catia V4/V5, Pro/Engineer, NX. Systèmes d'exploitation : Windows 7, Vista, XP. Prix : 5 000 à 7 500 euros (estimation).

LE PLUS CRÉATIF

ALIAS DESIGN AUTODESK Esquisses, illustrations, édition d'images pour la visualisation et la communication... Issu des besoins du style automobile, Alias Design facilite l'innovation et l'expérimentation en amont de la CAO. Son jeu étendu d'outils et de fonctionnalités, notamment les outils de création de surfaces de classe A, permet d'explorer des concepts et de réaliser des études de style efficaces. Qui plus est, grâce à sa capacité d'échange de données rapide avec Autodesk Inventor ainsi qu'avec pratiquement toutes les autres applications de CAO, il aide à résoudre facilement les problèmes d'intégration entre Design et CAO. FICHE TECHNIQUE Type de CAO : explicite 3D. Interfaces : DX, Iges et STEP. Systèmes d'exploitation : Windows 7, Vista, XP, Mac OS. Prix estimé entre 4 000 et 4 500 euros.

LE MOINS CHER

ALIBRE DESIGN STANDARD ALIBRE C'est incontestablement le moins cher du marché : 449 euros. Il s'adresse tout particulièrement aux entreprises dont le besoin est d'effectuer de petites modifications ou encore de lire un fichier numérique. En effet, il est possible d'importer ou d'exporter sa conception dans les formats de fichiers les plus utilisés. Autre atout, la mise en page PDF 3D. L'assemblage peut ainsi être lu par un public plus large. En revanche cet outil ne possède pas les mêmes possibilités de conception que ceux des autres éditeurs, d'où son prix. FICHE TECHNIQUE Type de CAO : Paramétrique 3D solide et surfacique. Interfaces : DXF, DWG, STEP, Iges. Systèmes d'exploitation : Windows 7, Vista, XP. Prix : de 449 à 2 349 euros.

La formation et le matériel comptent autant que le logiciel

WILFRIED CADIOU RESPONSABLE DU NUMÉRIQUE CHEZ CONSTRUCTION NAVALE DE BORDEAUX

« Si le choix du logiciel de CAO est important, la formation et le matériel informatique le sont d'autant plus. Et pour cause ! La majorité des formations portent sur des projets qui n'ont aucun rapport avec l'activité de l'entreprise. « Nous avons donc opté pour une approche personnalisée du logiciel autour de projets que nous avons fournis. Les logiciels de CAO sont de plus en plus performants et les nouvelles versions exigent au fil des ans, le recours à un matériel informatique récent (alors qu'il est généralement amortissable sur 3 ans). Nous avons donc décidé, suite à des calculs financiers, de louer nos machines chez un prestataire. Celui-ci nous garantit une évolution de nos machines en fonction des besoins et assure l'installation des logiciels, ainsi que leur mise en réseau. »

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