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La semaine de Jean-François Prevéraud

HP se lance dans l’impression 3D

Jean-François Preveraud
HP se lance dans l’impression 3D

HP signe un accord OEM avec Stratasys, mais impose ses critères de qualité.

© DR

HP avait annoncé de manière laconique le 19 janvier sa volonté d’aller sur le marché de l’impression 3D. Il a présenté aujourd’hui 19 avril sa gamme de machines Designjet 3D, issue d’un partenariat OEM avec Stratasys. Rencontre avec les dirigeants de la Division Imagerie et Impression qui nous ont expliqué la genèse du projet.

« Les arts graphiques, c’est une diversification qui est intervenue il y a 7 ans chez HP, suite au rachat d’Indigo. Nous sommes maintenant présents avec nos machines à la fois sur les marchés grand public et professionnels, où elles impriment du timbre-poste à la bâche. L’annonce que nous faisons aujourd’hui est une nouvelle étape importante de notre stratégie dans le domaine de l’impression, puisqu’il s’agit du lancement de l’impression 3D », explique d’entrée de jeu Antoine Vivien, vice-président de la Division Imagerie et Impression de HP France.

« HP, c’est 115 milliards de dollars et les arts graphiques en représentent plus de 21 %. Mais ne nous voilons pas la face la fin de l’année 2008 et 2009 ont été difficiles. Nous avons connu des baisses de vente dans les traceurs allant jusqu’à 50 % d’un trimestre sur l’autre. Nous avons surmonté cette crise et nos ventes repartent à la hausse, mais cela nous a incité à trouver de nouveaux marchés et d’autres poches de croissance via des diversifications ».

Ainsi la division Imagerie et Impression estime que dans 5 ans, plus de 50 % de ses revenus proviendront des services. Progressivement, HP passe ainsi de la vente de machines, à celle de consommables et de services. Mais cette crise l’a aussi obligé à trouver de nouvelles approches matérielles. Et l’impression 3D en fait partie.

« Notre entrée dans le marché de l’impression 3D est quelque chose de très important pour nous. Notre ambition est d’y réaliser 10 à 20 % de notre chiffre d’affaires traceurs Designjet à horizon 18 mois. Nous ne sommes donc pas là pour faire de la figuration, mais pour prendre des parts de marché. Ce qui représentera quelques milliers de machines sur l’Europe dès cette année ».

Un accord OEM avec Stratasys

Mais HP n’a pas décidé de se lancer dans l’impression 3D sur un coup de tête, pressé par la crise. « Nous y avons pensé, pour la première fois, il y a une dizaine d’années, puis il y à 5 ans et finalement les premières discussions sérieuses ont débuté avec Stratasys, constructeur avec lequel nous annonçons aujourd’hui un accord OEM, il y a deux ans et demi », révèle Eric Ericson, responsable marketing de la gamme Designjet 3D. La crise n’a donc servi que de catalyseur à la prise d’une décision qui était déjà bien avancée.

De fait, HP va commercialiser sous sa marque des machines de prototypage rapide par dépôt par extrusion d’un fil fusible (Fused Deposition Modeling) construites par Stratasys sur la base de ses machines uPrint Plus, mais avec des spécifications et des caractéristiques techniques propres à HP, ainsi que les processus de qualité propres au leader de l’informatique.

HP veut recommencer avec l’impression 3D ce qu’il a fait avec l’impression 2D il y a 25 ans. C’est à dire la démocratiser et la rendre suffisamment simple pour que les personnels de bureaux d’études puissent s’en servir seuls et dans leur environnement de travail. HP avait réussi à faire passer l’impression des plans du reprographe au bureau d’études, il entend maintenant faire passer la production des maquettes et prototype 3D du prototypiste au bureau d’études.

Faire disparaître les freins

« Il faut faire sauter les barrières qui freinent l’adoption de ces technologies d’impression 3D et les faire fonctionner dans un environnement bureautique », explique Eva Saez, responsable de l’activité Imprimantes Grand Format. Et d’évoquer les locaux dédiés, l’expertise approfondie d’opérateurs spécialisés, les coûts d’exploitation élevés, le post-traitement nécessaire des modèles, la fiabilité et la précision des machines, ainsi que la faiblesse de l’assistance technique fournie par les constructeurs actuels de machines. « Nous avons pris chacun de ces problèmes et apporté une réponse digne du niveau traditionnel de performances offert par HP ».

La principale innovation porte sur la station de retrait, le HP Designjet 3D Removal System, qui complète les machines de prototypage Designjet 3D, pour retirer automatiquement toute la matière en surplus, ainsi que les supports nécessaires à la construction des pièces. Cette machine très simple d’emploi fonctionne en environnement de bureau en employant uniquement de l’eau et du détergent, alors que les stations de nettoyage classiques utilisent de la soude caustique. 

                             

                                                    Le système de nettoyage 
                                              HP Designjet3D Removal System



Autre avancée l’intuitivité des machines qui les rend très facile à utiliser par des néophytes. Le logiciel livré avec l’imprimante récupère les modèles CAO dans la plupart des formats standard du marché et les prépare automatiquement, notamment en créant les supports nécessaires à la construction.

Le premier marché visé sera celui de la mécanique au sens large, mais HP entend aussi aller vers les marchés de l’éducation, de la construction, du médical, des systèmes d’information géographique et pourquoi pas à terme de la production de pièces pour le grand public.

Deux imprimantes et une station de parachèvement

La gamme d’imprimantes 3D se compose pour le moment de deux modèles. La HP Designjet 3D, qui produit des modèles en résine ABS couleur ivoire, et la HP Designjet 3D Couleur qui produit des modèles unicolore en ABS avec un choix 8 couleurs. Les supports de construction sont réalisés dans un matériau plus tendre que l’ABS qui est facilement éliminable. La machine monochrome peut traiter des objets jusqu’à 203 x 152 x 152 mm avec une épaisseur de couche de dépôt de 0,254 mm, alors que la machine couleur va jusqu’à 203 x 203 x 152 mm avec une épaisseur de couche de dépôt de 0,254 ou 0,33 mm. La machine monochrome est tarifée à 12 500 €, alors que la machine couleur est à 16 200 €. La station de nettoyage vaut quant à elle 1 720 €. Le pack de 5 bobines couleur est proposé à 725 €. Une bobine représente 655 cm3, ce qui permet de réaliser en moyenne de 8 à 10 pièces. Selon HP, ces machines seraient rentabilisées en un an par des bureaux d’études produisant de 5 à 10 modèles par mois.

Pour le moment, HP n’entend proposer que de l’ABS recyclable, ce qui selon lui répond à 80 à 90 % des besoins des bureaux d’études. Mais Stratasys sachant aussi travailler avec le polycarbonate, HP devrait rapidement proposer ce matériau.

HP va donc maintenant commercialiser en exclusivité ces machines d’entrée de gamme, Stratasys se repositionnant sur le milieu et le haut de gamme. La commercialisation va se faire dans un premier temps en France, en Grande-Bretagne, en Allemagne, en Espagne et en Italie. La commercialisation au niveau mondial dépendra des résultats de ce premier test.

La commercialisation se fera en France via 4 partenaires : CAD Vision, le partenaire historique de Stratasys dans l’hexagone ; Keonys, issu de Dassault Systèmes ; Team Solutions, issu de la fusion fin 2009 de Cad Center, Picad et Carbone Studio, très présent dans le monde Autodesk ; Pidancet 3D Evolution, très présent sur le Sud de la France.

Démocratiser et développer le marché

« Nous rentrons sur ce marché de l’impression 3D grâce à cet accord OEM avec Stratasys. Nous allons maintenant écrire cette histoire. Nous amenons, sur un marché qui n’est pas encore volumique, la puissance de commercialisation de HP et on va rendre ce marché plus significatif », espère Antoine Vivien. Pour le moment, c’est Stratasys qui va produire ces machines mais, suivant le développement du marché, il n’est pas exclu que HP profite de sa puissance industrielle pour se lancer dans la fabrication. Le prix des machines pourraient alors fortement baisser.

En signant cet accord OEM avec Stratasys, HP se lance dans le marché de l’impression 3D à moindres frais, sans véritablement innover, si ce n’est en apportant ses exigences de qualité, de fiabilité et de précision, ainsi qu’en proposant une station de parachèvement fonctionnant en environnement de bureau. Cela devrait suffire à crédibiliser l’offre auprès des bureaux d’études et à développer le marché.

A terme, il est probable que HP entendra aussi appliquer à ce marché ce qu’il a réussi à faire dans le domaine de l’impression 2D : à savoir prendre en charge l’ensemble de la fonction impression dans l’entreprise en outsourcing et facturer ses clients à la page imprimée ; ici il le fera au kilo de modèle produit.

A la semaine prochaine

Pour en savoir plus : http://www.hp.com

Jean-François Prevéraud, journaliste à Industrie & Technologies et l’Usine Nouvelle, suit depuis plus de 28 ans l’informatique industrielle et plus particulièrement les applications destinées au monde de la conception (CFAO, GDT, Calcul/Simulation, PLM…). Il a été à l’origine de la lettre bimensuelle Systèmes d’Informations Technologiques, qui a été intégrée à cette lettre Web hebdomadaire, dont il est maintenant le rédacteur en chef.

 

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