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GOOGLE RELANCE LINUX DANS LE MOBILE

Ridha Loukil

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L'arrivée des premiers téléphones équipés d'Android, le système d'exploitation à base de Linux développé par le géant de l'Internet, donne une nouvelle dynamique aux logiciels libres dans les terminaux portables.

Disponible depuis quelques mois aux États-Unis auprès de l'opérateur T-Mobil, le premier téléphone mobile sous Android vient de débarquer en France en deux versions : Dream chez Orange et Magic chez SFR. Le taïwanais HTC, qui le fabrique, promet d'introduire, d'ici à la fin de l'année, au moins trois autres modèles avec la plate-forme logicielle à base de Linux de Google. Son compatriote Acer, un nouveau venu sur le marché des smartphones, devrait lui emboîter le pas. Huawei et Samsung sont également sur les rangs. Cette déferlante, hypermédiatisée en raison de l'aura médiatique du géant de l'Internet, donne une visibilité inespérée à Linux dans la téléphonie mobile et relance les logiciels libres dans les terminaux portables. D'autant plus qu'Android n'est pas la seule plate-forme en lice. Deux autres initiatives, menées l'une par la fondation LiMo (Linux Mobile) et l'autre par Intel, participent au mouvement.

Android fait voler en éclats le Yalta des OS mobiles

Depuis dix ans, Linux suscite beaucoup de fantasmes dans l'industrie des mobiles sans toutefois s'imposer réellement. Ni dans les téléphones courants, bastion des systèmes propriétaires. Ni dans le segment des téléphones évolués (les Smartphones) que se disputent âprement les systèmes Symbian de Nokia, Windows Mobile de Microsoft, BlackBerry de RIM et plus récemment iPhone OS (dérivé de Mac OS X) d'Apple.

Motorola a été le premier grand fabricant de terminaux à oser commercialiser, en 2003, un téléphone équipé de Linux. D'autres constructeurs ont suivi. « Mais ces tentatives ont eu une portée limitée. En raison de son image de faible coût, Linux a été utilisé surtout pour des marchés émergents comme la Chine », rappelle Michel Piquemal, le vice-président développement d'Access Systems, un éditeur japonais de logiciels, membre de la fondation LiMo. Le monde était d'ailleurs perçu à l'époque comme divisé en trois zones : Windows pour l'Amérique du Nord, Symbian pour l'Europe, Linux pour l'Asie. Android, en débarquant d'abord aux États-Unis puis en Europe, fait voler en éclats ce Yalta des systèmes d'exploitation pour mobiles.

Ces initiatives utilisant Linux avaient aussi le défaut de ne pas en respecter l'objectif originel. « Le système était le produit et la propriété du fabricant du terminal, explique Michel Piquemal. Il n'était pas mis à la disposition de la communauté des logiciels libres pour le développement de nouvelles applications. C'était contraire à l'esprit même de Linux qui veut que le système reste ouvert à tout le monde. »

L'arrivée de Google et la montée en puissance de LiMo remettent les pendules à l'heure en replaçant le développement collectif et partagé au centre du jeu et ce, via des consortiums rassemblant des éditeurs de logiciel, des fabricants de puces, des constructeurs de terminaux et des opérateurs mobiles. Chaque plate-forme s'appuie ainsi sur un écosystème vertueux de développement censé l'aider à s'imposer sur le marché. Malgré sa jeunesse, Android bénéficie déjà, selon Orange, d'une base de 10 000 applications (25 000 pour l'iPhone). Même Intel, qui ne dispose pas aujourd'hui de consortium autour de sa plate-forme MobLin, tente de faire émerger un écosystème similaire via le Web.

Les initiatives en faveur de Linux ont d'autant plus de chance de percer que l'évolution technologique s'annonce favorable. « Les terminaux mobiles actuels disposent de ressources en traitement et en mémoire autrement plus puissantes que par le passé, estime Michel Piquemal. Ils peuvent, désormais, embarquer sans problème une plate-forme Linux, connue pour être plus gourmande en ressources que les systèmes propriétaires. »

Selon Enea, éditeur suédois de logiciels, membre du consortium Open Handset Alliance (mené par Google), Android inaugure un modèle inédit de développement. Elle constitue une plate-forme prête à l'emploi, qui impose quand même d'utiliser les applications de Google. La marge de développement laissée au fabricant du terminal est donc réduite. Ce qui explique pourquoi les premiers à l'utiliser sont des intégrateurs (tous asiatiques) comme HTC. Au contraire, la plate-forme LiMo laisse au fabricant du terminal la liberté de développer ses propres applications et de décider de la stratégie à adopter vis-à-vis des opérateurs.

Il devrait s'imposer aussi dans les netbooks

L'enjeu est de taille. Les services mobiles en ligne sont au coeur de la grande bataille de la téléphonie mobile. Naguère apanage des opérateurs, ils sont de plus en convoités par d'autres acteurs, tel Nokia, qui lance Ovi, sa propre plate-forme de services. Avec Android, Google entre de plain-pied dans cette bataille en devenant un fournisseur de services mobiles.

Selon Laurent Lachal, analyste au cabinet Ovum, le système Android est tellement attractif qu'il devrait s'imposer aussi dans les Netbook, les mini-PC portables(comme l'EeePC d'Asus), et plus généralement dans les futurs terminaux mobiles Internet. Une extension qui se ferait au détriment des distributions Linux génériques actuelles telles que Ubuntu ou Xandros. Asus devrait donner l'exemple cette année.

l'impact

Chasser les systèmes d'exploitation propriétaires du segment moyen de gamme des téléphones portables Contrecarrer les ambitions hégémoniques de Microsoft dans les terminaux mobile Internet Déplacer la bataille de la téléphonie mobile sur le front des services Faire tomber la frontière entre les smartphones et le mini-PC portables

L'ARRIVÉE FRACASSANTE D'ANDROID...

- Plate-forme logicielle à base de Linux développée par Google - Annoncée en novembre 2007 - Soutenue par l'Open Handset Alliance, un consortium de près de 50 membres, dont les fabricants de terminaux Asus, HTC, Motorola, Samsung, Sony Ericsson et Toshiba - Accepte toutes applications écrites en langage Java - Un seul smartphone, construit par HTC, est disponible aujourd'hui

...CONFORTE LES INITIATIVES ANTÉRIEURES

LiMo (Linux Mobile) - Lancée en janvier 2007 par NEC, Panasonic, Samsung, NTT DoCoMo, Vodafone et Orange - Soutenue par Linux Mobile Foundation, un consortium de 54 membres dont les fabricants de terminaux LG, Motorola, NEC, Panasonic et Samsung - Exécute des applications écrites en C, C++ ou Java - Une vingtaine de terminaux disponibles aujourd'hui, la plupart chez Motorola, NEC et Panasonic MobLin (Mobile Linux) - Lancée par Intel en juillet 2007 - Plate-forme complète matérielle-logicielle dédiée aux terminaux mobiles Internet - Version MobLin 2.0 introduite en août 2008 - S'appuie pour la partie matérielle sur le processeur Atom d'Intel et pour la partie logicielle sur la distribution Linux Fedora de Red Hat - Équipe aujourd'hui des Netbook chez Asus, Acer, Dell et MSI

OBJECTIF TRAFIC

Pourquoi Google se lance dans la téléphonie mobile. Ce n'est certainement pas pour devenir vendeur de terminaux ou de logiciels. L'objectif est plutôt d'étendre l'usage de ses services en ligne (recherche, messagerie Gmail, cartographie Google Maps, YouTube...) au-delà du PC, comme il le fait aussi vers les navigateurs GPS ou les téléviseurs. La téléphonie mobile lui offre une base d'extension phénoménale : selon l'association GSMA, le parc serait de plus de 4 milliards de mobiles dans le monde aujourd'hui et de 6 milliards en 2013. Le but ultime étant de gonfler le trafic sur son site Web et de capter ainsi davantage de publicité.

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